Un dernier appel d'État d'urgence

Patrimoine canadien a annoncé qu'il n'allait pas reconduire... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Patrimoine canadien a annoncé qu'il n'allait pas reconduire le financement d'État d'urgence. L'ATSA a donc décider de présenter cette année sa dernière édition.

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Ils ont offert aux âmes poquées des plats chauds mitonnés par de grands chefs, réchauffé des mains frigorifiées avec leurs brasiers écologiques, rassemblé paumés, étudiants, curieux et simples fêtards à la place Émilie-Gamelin Annie Roy et Pierre Allard ont mené à bout de bras État d'urgence depuis 12 ans. Les problèmes liés à l'itinérance demeurent. Mais l'Action terroriste socialement acceptable (ATSA) tourne la page et présente ce week-end pour la dernière fois ce festival de rue pas comme les autres.

Depuis 1998, l'ATSA fait entendre sa voix discordante dans le faste festif d'avant Noël. Les Montréalais s'étaient habitués aux frasques émotives et vivantes ainsi qu'à la beauté pas propre de l'événement État d'urgence, où le spectacle le plus intéressant se déployait davantage dans le public que sur la scène. Dans quel autre festival montréalais croise-t-on un sans-abri qui fraternise pendant un show avec un simple fêtard?

Rencontrée dans les bureaux de l'ATSA, sur le Plateau Mont-Royal, Annie Roy annonce que le temps est venu de «tirer la plogue» sur l'événement phare de l'ATSA. «On a beaucoup donné à cet événement qui a grossi. De sorte qu'on a désormais du mal à faire d'autres oeuvres: État d'urgence nous occupe toute l'année», explique Annie Roy, qui lors de notre entretien un peu avant État d'urgence, parlait surtout d'argent, de subventions et de budgets.

Et pour cause: à quelques jours d'État d'urgence, l'ATSA a appris que Patrimoine canadien n'allait pas reconduire son financement. Résultat: l'ATSA compte ces jours-ci sur la générosité citoyenne pour renflouer ses coffres. «C'est triste de le laisser tomber parce que la citoyenneté est vraiment au rendez-vous», confie Annie Roy, qui ne tarit cependant pas d'enthousiasme pour parler de l'ultime État d'urgence.

«Le thème de cette année est le «tout inclus» parce qu'on en est un, d'une certaine manière. On offre un dortoir, trois repas par jour et des activités plus festives les unes que les autres. Le sens du divertissement se manifeste dans un sens de rencontre sociale et de recherche artistique», explique la cofondatrice de l'ATSA.

Club Med de la rue

Le thème du «tout inclus», poursuit Annie Roy, se veut aussi une réflexion sur la pauvreté que l'on ne veut pas voir, dans un contexte où les pôles entre nantis et démunis s'éloignent. «La pauvreté doit être présentée de façon à montrer un monde sans nuages, fait de beaux paysages, de peau sans ride. Une attitude qui occulte probablement de gros problèmes», soutient Annie Roy.

La place Émilie-Gamelin, depuis hier, est donc le théâtre de nombreuses rencontres artistiques et humaines. Tout le week-end, on pourra admirer les oeuvres des artistes visuels Dominique Blain et Patrick Bérubé, entendre le tintamarre joyeux de l'Orchestre d'hommes-orchestres, applaudir Jérôme Minière...

«On a aussi de «gentils organisateurs» qui organisent des karaokés, des matchs de volleyball, des tournois de mini-putt et de suffleboard», annonce Annie Roy. On pourra aussi découvrir l'artiste de performance de Saskatoon, Cindy Baker, qui propose une réflexion sur l'image de soi à l'ère de la constante représentation et de la dictature de la minceur.

«C'est une fille corpulente qui avait de la difficulté avec son image personnelle. Elle a décidé de faire une mascotte d'elle-même en se dédoublant et se rendant plus grosse. Son travail est un beau regard sur Facebook et tout le faux qu'on envoie de nous.»

Une chose est sûre, c'est que la sincérité sera encore une fois l'invitée d'honneur de cet ultime État d'urgence, où pour une fois, les sans-abri sont bienvenus et tous inclus. «Quand tu côtoies ces gens, leur difficulté de vivre est tellement palpable qu'ils ne peuvent pas sonner faux. Tu ne peux pas faire semblant d'aller bien, rendu à un tel niveau de détresse.»

Au dernier État d'urgence, on pleurera ce qu'il y aura à pleurer et la grande famille artistique qui oeuvre hors du circuit du «tourisme culturel» montrera de quel bois (écologique) elle se chauffe. Le terrorisme n'aura jamais été aussi joyeux.

12e État d'urgence, jusqu'à dimanche à la place Émilie-Gamelin. Info: www.atsa.qc.ca




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