La Nouvelle-France dans le Plateau-Mont-Royal

Guillaume Drivierre travaille à la succursale Première Moisson... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Guillaume Drivierre travaille à la succursale Première Moisson de l'avenue du Mont-Royal. La moitié des employés de la boulangerie sont français.

Photo: Robert Skinner, La Presse

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Montréal accueille de plus en plus de jeunes Français... et pour cause: Ottawa a attribué aux Français de 18 à 35 ans un nombre record de 14 000 visas temporaires pour l'année 2010, dont 7000 permis de vacances-travail (PVT). Si bien que même les Français, qui choisissent en masse de s'installer dans le Plateau-Mont-Royal, sont étonnés d'entendre autant leur accent dans la rue Saint-Denis ou dans le métro. Mais pourquoi quitter la France? Et comment cela se passe-t-il une fois ici?

Samedi midi ensoleillé dans une boulangerie. L'employé qui nous dit bonjour est français, tout comme celui qui nous sert, la caissière et les clients qui nous précèdent et qui nous suivent derrière. On se croirait à Paris, mais nous sommes à la succursale Première Moisson de l'avenue du Mont-Royal.

«Le Plateau, c'est maintenant la Nouvelle-France», lance Pierre-Marc, serveur dans le quartier.

Les commerces du Plateau regorgent de jeunes employés français. Si Pierre-Marc a l'impression qu'ils sont plus nombreux que jamais, il n'a peut-être pas tort. Ottawa compte accorder 14 000 visas temporaires à des Français de 18 à 35 ans en 2010.

C'est un record, indique Pierre Robion, consul général de France à Montréal. «Nous sommes passés à 14 000 places par an. C'est énorme», souligne-t-il, en rappelant que le contingent était de 3000 en 2003.

Le permis de vacances-travail (PVT) est le visa le plus populaire. Tellement que les 7000 prévus pour 2010 sont tous attribués depuis un mois. «Ce visa permet de séjourner et de travailler ici pendant un an, explique M. Robion. De 80 à 85% des jeunes Français munis d'un PVT viennent au Québec, et les deux tiers, sinon plus, viennent à Montréal.»

Beaucoup de «pévétistes» - c'est ainsi qu'on les surnomme - choisissent de s'installer dans le Plateau. «C'est un quartier qui est très intéressant de par sa qualité de vie, confirme M. Robion. Il y a des cafés, des commerces... Il y a un mode de vie à l'européenne, mais c'est très montréalais en même temps.»

À la boulangerie Première Moisson, au coin de la rue Saint-André et de l'avenue du Mont-Royal, la moitié des employés sont nés en France. «Tous les CV que l'on reçoit actuellement viennent de Français qui ont un PVT, indique la gérante, Marie-Josée Servais, elle-même française. «Ça fait 40 ans que je suis là, quand même», souligne-t-elle.

Beaucoup de ses employés «pévétistes» aimeraient devenir résidents permanents. C'est le cas de Guillaume Drivierre, 28 ans, titulaire d'une maîtrise en production audiovisuelle. Son PVT arrive à échéance au mois d'avril. «Je n'ai plus qu'un mois, j'ai de gros soucis... j'ai peur de devoir partir», dit-il.

La copine de Guillaume, aussi française, a obtenu sa résidence permanente. Elle travaille pour le site d'AlloCiné. «Ma vie est ici, maintenant, et je vais peut-être être obligé de repartir en France», se désole son amoureux.

Le couple habite dans le Plateau. «Après, on s'est fait dire que c'était le quartier des Français», précise Guillaume.

«Nous, on ne trouve pas ça cher, le Plateau, explique-t-il. En France, il faut verser trois mois de loyer pour pouvoir signer un bail, et quelqu'un doit se porter garant.»

Jodie Sparapani, 21 ans, travaille un peu plus loin sur l'avenue du Mont-Royal, à la boutique de chaussures Mochico. Son copain, aussi «pévétiste», bosse juste en face, à Sport Dépôt.

«Pourquoi Montréal?

- La France part à la dérive aux points de vue de la politique et de l'immigration. Ici, c'est tranquille dans la rue, il n'y a pas de tensions sociales. Et c'est plus facile de trouver du travail», dit la jeune femme.

Jodie ne pensait pas croiser autant de ses compatriotes à Montréal. «Je les évite, les Français», lance-t-elle à la blague, en citant des bars comme L'Barouf et le Café Campus.

La gérante de la boutique où elle travaille dit aussi ne recevoir pratiquement que des CV de jeunes de l'Hexagone. «Les Français ont pris le territoire du Plateau!» plaisante-t-elle.

Un phénomène palpable

Marie-Christine Brault est directrice de la garderie privée Le Rendez-vous des lutins, avenue du Mont-Royal près de la rue Henri-Julien. «C'est vrai que la majorité de nos enfants sont de la France, mais aussi de la Belgique. Je dirais 60%», indique-t-elle.

Elle-même a quitté le nord de la France il y a 13 ans. Son conjoint et elle ont deux enfants. «On habite dans le Plateau, comme tous les Français! lance-t-elle. C'est peut-être parce que ça nous rappelle la vie de quartier en France.»

Jacques Perron est courtier pour RE/MAX du Cartier dans le secteur du Plateau-Mont-Royal. «Depuis deux ou trois ans, nous avons de plus en plus de clients français, confirme-t-il. Pour eux, le prix n'est pas problématique, et 900 ou 1000 pieds carrés, c'est une grande superficie. Ils sont moins hésitants. Les vieux bâtiments, ça ne leur fait pas peur.»

Après le PVT, la désillusion?

Tout n'est pas rose pour autant pour les Français qui veulent faire leur vie à Montréal. Guillaume Drivierre travaille chez Première Moisson, mais il a cogné à des dizaines de portes pour trouver un emploi dans le secteur des communications.

«Je veux rester, mais je dois avoir un emploi dans ma branche. Il faut que l'employeur ait besoin de toi au point qu'un Québécois ne pourrait pas faire le travail. Tu dois être le messie.»

Guillaume va peut-être tenter d'obtenir un visa de perfectionnement professionnel, mais il a peur que cela lui soit refusé.

De son côté, Caroline Dal'lin a sa résidence permanente, mais le processus a été «très compliqué». La jeune femme de 28 ans, qui habite dans le Plateau et qui travaille pour ATOUT France - l'agence de développement touristique de la France - parle d'un «parcours du combattant».

La jeune femme a eu un visa d'études, puis un visa de travail temporaire, un PVT, un visa de Ressources humaines Canada et, enfin, son permis de résidence. «C'est chaotique et ça coûte cher. Il faut vraiment être motivé pour rester», signale la Montréalaise d'adoption.

«Depuis deux ou trois ans, on voit que les Français se font beaucoup d'illusions avec le Québec, confirme Myriam Gagnon, coordonnatrice au bureau parisien de l'Association France-Québec. Les gens se rendent compte que ce n'est pas si simple une fois sur place.»

La Québécoise de 26 ans rencontre des Français qui n'ont jamais mis les pieds au Québec mais qui veulent y émigrer. «Ça me fait halluciner, cet engouement pour le Québec, dit-elle. Je dis à ces gens: allez-y d'abord en vacances... C'est un véritable eldorado.»

Le syndrome du «maudit Français»?

Les pévétistes et immigrants français reviennent vite sur terre lorsqu'ils apprivoisent leur nouvelle vie ici...

Avant d'arriver à Montréal, Guillaume Drivierre n'avait jamais entendu parler du «maudit Français». «Les Québécois ont une super image et une super réputation en France, mais on arrive ici et on se rend compte que ce n'est pas nécessairement le cas des Français au Québec, explique-t-il. Beaucoup de gens plus âgés ont eu une mauvaise expérience en France. Les Français se croient parfois les meilleurs. Le "maudit Français" vient de là.»

«Nos cousins» sont les premiers à se critiquer. «Les Français sont de grands râleurs», nous a dit d'emblée Marie-Christine Brault. «On a un côté chauvin quand on arrive», ajoute Caroline Dal'lin.

Quoi qu'il en soit, tous les Français que nous avons rencontrés adorent Montréal. Ils ne voudraient pas retourner dans la France «morose» qu'ils ont quittée, avec sa «bureaucratie lourde» et son «taux de chômage élevé». «Ici, les gens sont accueillants, les gens nous parlent, dit Guillaume. Il y a un sentiment d'insécurité en France qu'il n'y a pas ici.»

«La vie culturelle est animée, renchérit Caroline. Beaucoup de courants émergent ici en musique et en cinéma. Il y a toujours des expos super-intéressantes.»

Caroline ne sait pas si elle retournera dans son pays natal. Cela lui fait un peu peur. «Je n'ai jamais payé de loyer en France. C'est ici que j'ai vécu ma vie d'adulte.»

*****

Vacances-travail D'une durée de 12 mois, le permis vacances-travail offre beaucoup de souplesse aux visiteurs français. Il leur permet de faire «un séjour de découverte touristique et culturelle», tout en les autorisant à travailler. Les titulaires de PVT sont surnommés les «pévétistes». Il existe même un site web à leur intention: www.pvtistes.net. Les programmes de mobilité des jeunes Canada-France offrent trois autres types de séjour: stage pratique (4690 places), emploi d'été pour étudiants (210 places) et perfectionnement pour les jeunes professionnels (2100 places).

14 000 Nombre de places dans le cadre des programmes de mobilité des jeunes Canada-France, destinés aux jeunes Français de 18 à 35 ans en 2010. Il s'agit d'un record.

45 000 Le nombre de Français inscrits au consulat général de Montréal. Il y en aurait autant qui ne sont pas inscrits, selon le consulat.

17 500 Nombre de Français qui ont immigré au Québec de 2004 à 2008, selon le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles. C'est la deuxième source d'immigration au Québec, après l'Algérie.

 

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