La chasse est plus «in» que jamais

Considérée comme ringarde et barbare dans les années 90, la chasse sportive... (Photomontage La Presse)

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Simon Diotte
La Presse

Considérée comme ringarde et barbare dans les années 90, la chasse sportive connaît un nouvel essor. Le nombre d'adeptes augmente d'année en année, tandis que la vente de permis explose. La chasse serait-elle devenue branchée?

Régulièrement, les médias rapportent que la chasse serait une activité en déclin. Même des chasseurs et des pourvoyeurs tiennent ce discours. Or, les statistiques démontrent le contraire. En 2008 (dernière année disponible), un nombre record d'aspirants, soit près de 16 000 personnes (dont 30% étaient mineures), ont suivi le cours d'initiation à la chasse avec arme à feu, formation obligatoire pour obtenir un permis de chasse; de 1997 à 2001, le nombre était de 10 000 apprentis chasseurs par année.

 

Quant à la vente totale de permis de chasse, elle a augmenté de près de 10% en 10 ans (de 481 000 à 525 000 chez les résidants du Québec), avec des hausses marquées pour le cerf de Virginie, l'orignal et l'ours noir. La popularité de la chasse au gros gibier compense la baisse pour le petit gibier, la sauvagine et le caribou.

Selon Alain Cossette, directeur général de la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec, la chasse est devenue une activité in. «Avec le phénomène du retour à la nature et l'engouement pour la nourriture bio, la chasse devient un moyen intéressant de passer du temps en forêt et de s'alimenter plus sainement», dit-il. Même les écolos ne résistent plus à l'appel de l'orignal!

Chose certaine, la chasse semble plus acceptée socialement, un grand changement par rapport aux années 90, période durant laquelle l'opinion publique, surtout en ville, désapprouvait largement cette activité. Les panaches de cervidés sur les voitures provoquaient des haut-le-coeur chez les antichasseurs.

Et puis, la tuerie de Polytechnique et la fusillade de Concordia sont survenues. «Même si ces tragédies n'ont aucun lien direct avec la chasse, ça nous a grandement nui», explique M. Cossette.

Les chasseurs souffraient aussi de l'opposition à la chasse aux phoques. «Le problème, c'est que cette chasse associe les chasseurs à des personnes sanguinaires», déplore Jean Pagé, chroniqueur de chasse et pêche à RDS.

Dans les années 90, la réputation des chasseurs était si mal en point que le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a même songé à bannir l'utilisation du mot «chasse» de son vocabulaire. «On en était là!» rappelle M. Cossette. Fiez-vous aux fonctionnaires pour trouver un néologisme truculent !

Des chefs branchés à la chasse

Aujourd'hui, s'afficher comme chasseur n'est plus une tare. À preuve, le chef Martin Picard, du restaurant Au Pied de cochon, cuisine dans son émission de télévision du gibier sauvage qu'il a lui-même chassé ou trappé, et on le trouve super cool. L'inventeur de la poutine au foie gras a même éviscéré un orignal devant la caméra.

Au Québec, les groupes antichasseurs, peu organisés, se font également plus discrets. L'an dernier, la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec a lancé une vaste campagne, Pourquoi la chasse, dont la diffusion à grande échelle n'a généré aucune plainte. «Du jamais vu!» affirme M. Cossette. Les animalistes préfèrent combattre l'élevage industriel et la chasse aux phoques, plus problématiques à leurs yeux.

Patrick Paré, vice-président aux communications à l'Association des biologistes du Québec, attribue le changement positif de perception des chasseurs à l'amélioration de leur comportement. «Au Québec, on pratique cette activité dans le respect de la nature. La récupération de la viande s'avère aussi importante que la quête de trophées. On ne tue pas uniquement par plaisir, comme ça se voit ailleurs», dit-il.

Ce retour dans les bonnes grâces de la chasse n'est pas le fruit du hasard. Avec le temps, les chasseurs ont assimilé quelques notions de relations publiques. Fini le défilé de panaches sur les capots de voiture. Cette tradition a complètement disparu. «Les gens savent maintenant que ce n'est pas la chasse qui menace la survie des animaux, mais la pollution et la disparition de leur milieu de vie», dit M. Paré.

Les émissions de télé font aussi leur part pour en diffuser une image plus humaine. «On ne filme plus n'importe quoi. Notre code d'éthique stipule qu'on ne doit jamais montrer du sang à la télé», dit M. Pagé. Le vocabulaire du chasseur s'adapte aussi au «politically correct». Signe des temps, on ne tue plus des animaux, on fait de la récolte en forêt ou encore, on fait du prélèvement faunique.

Autre raison qui explique la hausse du nombre de chasseurs: le ministère des Ressources naturelles et de la Faune a mis en place des mesures pour faciliter la pratique de ce loisir. Depuis 2003, on peut chasser avec un permis d'initiation, sans avoir à faire le cours d'initiation à la chasse, qui dure deux jours. «Près de la moitié des gens qui goûtent à cette expérience suivent ensuite le cours d'initiation à la chasse», souligne Éric Santerre, porte-parole du MRNF. Une mesure qui rapporte.

Du gibier comme jamais

La chasse profite aussi de l'augmentation généralisée du cheptel de gros gibier. De mémoire récente, il n'y a jamais eu autant d'ours noirs, de caribous, d'orignaux et de cerfs de Virginie au Québec, grâce à l'adoption de plans de gestion bien rodés qui préservent les femelles reproductrices. Résultat: il se tue plus d'animaux aujourd'hui que jamais et, pourtant, les populations grandissent.

Prenons le cas du plus grand de nos cervidés. Les chasseurs récoltaient de 12 000 à 18 000 orignaux les années précédentes, alors qu'en 2007, la viande de 26 000 bêtes a garni les congélateurs.

«Dans les réserves fauniques, le taux de succès à la chasse à l'orignal dépasse maintenant les 60%, alors qu'il était dans les 30% il y a une dizaine d'années. Avec de telles statistiques, il est plus facile de vendre des forfaits», souligne Jean Pagé (le fils de l'autre), chef de la recherche à la SEPAQ.

Plus de bêtes, plus de civisme en forêt, un plus grand respect des animaux, en plus d'une stabilisation du nombre d'accidents de chasse (moins de deux accidents par 100 000 chasseurs au Québec), c'est ce qui fait dire à Alain Cossette que l'on vit présentement «une des plus belles époques pour la chasse».

Seul bémol, le vétéran Jean Pagé déplore les nouvelles techniques de chasse. «Dans mon temps, on connaissait les comportements des animaux comme le fond de notre poche. On faisait des battues en groupe pour rabattre les chevreuils. Aujourd'hui, les gens les appâtent avec des pommes, grimpent dans un arbre et attendent qu'ils se pointent pour les tuer. Moi, ce genre de chasse-là, ça ne m'intéresse pas du tout», dit-il.

 

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