S'envoyer en l'air sans compter

Nadielle Kutlu

Collaboration spéciale

La Presse

Combien de fois par semaine devrait-on avoir des relations sexuelles pour être heureux ? Les études et les sondages sur le sujet ne cessent de se multiplier... et de se contredire. On affirme tantôt une fois, deux fois ou encore trois fois par semaine. A-t-on un problème de désir sexuel ou de couple si on n'a pas envie de s'envoyer en l'air chaque semaine ? Pas du tout !

Le hic, c'est que ces chiffres sur la fréquence idéale ou « normale » des rapports sexuels ont tellement été surexposés dans les médias qu'ils font maintenant partie de la culture populaire, déplore la sexologue et psychothérapeute Caroline Doré, spécialisée en troubles du désir sexuel. « Les gens ne savent plus où ils ont entendu ça, mais ils ont des chiffres en tête », constate-t-elle. Et ces chiffres mettent souvent une pression sur les couples. En plus de faire sentir les gens « anormaux » si ces statistiques ne reflètent pas leur vie sexuelle. Or, ces statistiques ne tiennent pas compte de la réalité des gens, souligne la sexologue et psychothérapeute Lise Desjardins. Par exemple, une grossesse, une dépression, une maladie, un burn-out, l'arrivée d'un enfant, un deuil, une fatigue, un stress auront fort probablement un effet sur le désir sexuel, qui fluctue au cours d'une vie.

COMPATIBILITÉ ET PLAISIR

Et surtout : la fréquence des rapports sexuels a peu d'impact sur la satisfaction sexuelle.

« C'est vraiment la compatibilité avec le partenaire qui déterminera si on est satisfait ou pas. »

- Caroline Doré, spécialisée en troubles du désir sexuel

Ainsi, des couples qui ont des rapports sexuels une fois par mois, par exemple, peuvent être très satisfaits. Notamment si les deux partenaires ont simplement envie de s'envoyer en l'air une fois par mois, et pas forcément plus. « Les gens vont souvent entrer en relation de couple sans se soucier de la compatibilité en général et de la compatibilité sexuelle en particulier. Mais plus on a du désir sexuel, plus on risque d'être insatisfait », ajoute-t-elle.

Bien au-delà de la fréquence des rapports, éprouver du plaisir durant les ébats amoureux est une clé pour être sexuellement épanoui dans son couple. « Et le plaisir, ce n'est pas nécessairement l'orgasme », précise la sexologue Lise Desjardins. Se sentir bien ou amoureux durant ce moment d'intimité, c'est aussi des formes de plaisir, souligne-t-elle.

Par contre (et pour complexifier la chose !), ce n'est pas parce qu'on est satisfait de ses relations sexuelles et qu'on a des orgasmes et du plaisir qu'on aura forcément envie de répéter l'expérience rapidement. Car si le désir et le plaisir sont intimement liés, ils restent indépendants l'un de l'autre. « Ce n'est pas parce que c'est bon quand ça arrive qu'on aura nécessairement plus envie de le faire. Mais ça aide beaucoup », avise Caroline Doré.

LE PLAISIR CROÎT AVEC L'USAGE ?

Même si le chiffre de la fréquence des rapports n'a pas d'importance, « plus on fait l'amour, plus le corps se souvient que ça fait du bien. Quand on ne le fait pas souvent, on dirait que le corps et la tête oublient et tolèrent très bien de ne pas en avoir. Donc, la personne dans le couple qui n'a pas de désir le vit plutôt bien en comparaison de la personne qui a encore du désir, explique Mme Doré. Et c'est sûr que plus les relations sexuelles s'espacent, plus le désir diminue. »

Mais se forcer à avoir une relation sexuelle alors qu'on n'en ressent pas l'envie, dans le but de stimuler son propre désir ou pour faire plaisir à l'autre, est une mauvaise idée, selon les expertes interrogées. Car pour éprouver du désir sexuel, il faut ressentir du plaisir sexuel, c'est-à-dire une expérience sexuelle positive où l'on se sent bien. Si on se force, généralement, on n'a pas de plaisir. Et on se retrouve dans un cercle vicieux.

« Si je n'ai pas de plaisir, je ne vais pas avoir envie de répéter quelque chose qui n'est pas plaisant. »

- Lise Desjardins, sexologue et psychothérapeute

PÉRIODES SANS ACTIVITÉS SEXUELLES

À la suite d'une naissance, d'un stress ou d'une autre situation, devrait-on s'inquiéter de passer plusieurs mois sans rapprochements sexuels dans son couple ? « Non, je trouve ces périodes normales. Et ça ne laissera pas de séquelles », répond Caroline Doré. Comment doit-on réagir ? « Que ce soit par rapport à la fréquence, au désir ou à n'importe quel autre paramètre sexuel (par exemple l'homme qui n'a pas d'érection une fois), le meilleur moyen pour que ça ne devienne pas une difficulté qui s'installe, c'est de ne pas s'en inquiéter », affirme-t-elle. Par contre, lorsque ce n'est pas temporaire, qu'on laisse passer de longues périodes, voire des années, sans intimité sexuelle, Mme Doré souligne qu'il sera plus difficile de retrouver le désir et une vie sexuelle. Mieux vaut alors consulter une sexologue.




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