Apprendre à séduire... ou à harceler?

Le jeu Super Seducer du Britannique Richard La... (IMAGE TIRÉE DU JEU VIDÉO)

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Le jeu Super Seducer du Britannique Richard La Ruina ne fait pas l'unanimité. Pour certains, la vision de la séduction qui y est véhiculée peut avoir des airs de harcèlement.

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Un jeu-tutoriel sur l'art de la drague - Super Seducer - a relancé le débat sur la légitimité des coachs en séduction. Parle-t-on de séduction ou de harcèlement? Si le jeu du tombeur britannique Richard La Ruina s'est attiré de nombreuses critiques, des coachs québécois, eux, défendent leur pratique.

Super Seducer. C'est le nom d'un nouveau «jeu de séduction» qui devait sortir ce mois-ci sur PlayStation 4. Mais le caractère «macho» du jeu-tutoriel, dénoncé par de nombreux critiques, a plombé le projet, que Sony a finalement abandonné. La diffusion sur la plateforme Steam a tout de même eu lieu la semaine dernière. La Presse s'est prêtée au jeu.

Vous vous promenez dans la rue, en plein jour, et vous apercevez une jolie fille qui marche dans votre direction. Comment faites-vous pour l'aborder? Traduction libre: «A. Vous vous placez directement face à elle pour lui parler. B. Vous faites semblant d'être un non-voyant. C. Vous la sifflez. D. Vous marchez dans sa direction, à côté d'elle. Ou E. Vous lui lancez: «Yo, comment ça va, beauté?»

Le tombeur de ces dames (pick up artist) s'appelle Richard La Ruina, grand dragueur devant l'Éternel, Britannique de surcroît. Il fera ce que vous lui dites de faire. Après chacune de vos commandes, il commentera la scène: «Bien joué, mon gars, t'as eu la bonne approche.» Ou: «C'est peut-être drôle de faire semblant d'être aveugle, mais ça ne te mènera nulle part.» Et encore: «Marche pas à côté d'elle, tu vas lui faire peur!» Logique, mais peu instructif et surtout aucunement nuancé. 

On retiendra du maître ès séduction qu'il ne faut pas être insistant ou impatient. Ni trouver de vague excuse pour toucher la personne que l'on veut séduire. Plutôt tisser sa toile avec respect et humour, s'intéresser à l'autre, mettre la personne à l'aise, parler aussi de soi en faisant partager ses passions. Reste que dans Super Seducer, la femme est une proie et l'objectif est de l'attraper.

Le sexisme banalisé du jeu a été condamné par de nombreux utilisateurs de la plateforme Steam, ont estimé que M. La Ruina apprenait plutôt aux hommes à harceler les femmes. «Un mélange d'ineptie et de misogynie», selon le critique de Polygon, John Walker.

Les mises en situation, nombreuses (il y a 11 heures de contenu!), varient. Café, boîte de nuit, salon de thé. Pour chaque étape, vous faites un choix. Richard La Ruina s'exécute. Attablé au bar, après avoir échangé quelques futilités avec une autre jolie blonde, vous avez quatre options pour «conclure»: A. Dégagez ses cheveux pour découvrir une oreille et dites-lui qu'elle est mignonne. B. Fixez sa bouche pendant qu'elle parle. C. Dites-lui qu'elle vous allume et que vous voulez l'embrasser. D. Mettez-lui la main au cul.

La réponse est A. Si c'est ce que vous avez répondu, Richard La Ruina vous félicitera en vous expliquant pourquoi c'était la bonne chose à dire. Il sera entouré de deux filles en sous-vêtements : l'idée que le créateur se fait d'une «récompense». Si vous répondez D, Richard vous dira qu'il faut être respectueux des filles, qu'il n'est pas acceptable de leur mettre la main au cul. Merci de nous rappeler ce qu'est le gros bon sens... Ah, notez que les deux filles en sous-vêtements ont disparu.

Super Seducer est jeu qui n'en est pas vraiment un. Avec des choix de réponses parfois vulgaires (pour tenter de faire rire), mais en fin de compte assez impertinents. Certains diront même ennuyeux.

Leçons de séduction

N'empêche, ce besoin de trouver «LA» bonne réplique au «bon moment» pour séduire «LA» fille (ou le garçon) de ses rêves est bien réel. D'où le nombre impressionnant de «coaches en séduction» qui conseillent hommes et femmes dans leurs approches et leurs échanges intimes.

Oui, la ligne est mince entre séduction et harcèlement, convient Marie-France Archibald, coach et fondatrice de CoachSéduction depuis 2004, qui n'a toutefois pas fait l'expérience de Super Seducer

«L'abordage est d'ailleurs une étape délicate, que ce soit en personne ou sur le web, nous dit-elle. Il faut trouver le bon ton. Je constate que les hommes sont aussi nombreux à avoir peur d'être rejetés. Mais il n'y a pas de recettes, prévient-elle. On aide les gens à mieux communiquer et à mieux décoder le langage non verbal des personnes qu'ils abordent pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïtés.»

Évidemment, un homme qui dit à une jeune fille que ses oreilles sont mignonnes pourrait sortir gagnant de l'échange. Mais la même phrase dite par quelqu'un d'autre pourrait ne pas passer...

«C'est vrai, concède Marie-France Archibald. C'est pour ça que je dis que la séduction est un savoir-être, pas un savoir-faire. On n'enseigne pas des techniques de drague, on aide les gens à identifier leurs blocages, leurs peurs. C'est beaucoup une question de confiance. Parfois on répète des scénarios, on peut donner des conseils, aider les gens à visualiser des situations, mais ils doivent être eux-mêmes.»

Est-ce une bonne idée de se préparer un peu d'avance? Penser à des histoires, des anecdotes ou des tests psychologiques désopilants, comme le fait Richard La Ruina?

«Oui, bien sûr, ça peut aider à briser la glace et à créer un lien, répond la coach, mais il ne faut pas trop en rajouter, sinon on trouvera que vous manquez de spontanéité, nous dit Mme Archibald. Parfois, aussi, physiquement, on pense être avec la personne de nos rêves. Dans ces cas, on vous pardonnera (ou on aimera) à peu près tout ce que vous direz.»

Est-ce qu'aujourd'hui les hommes sont plus prudents dans leurs approches auprès des femmes (ou des hommes) qu'avant? «Je dirais que oui, répond Marie-France Archibald. À preuve, de plus en plus de femmes viennent me consulter parce qu'elles savent que les hommes ne feront pas les premiers pas. Il y en a beaucoup qui craignent d'être perçus comme des harceleurs.»

Paul James Echenberg... (Photo tirée du site Séduction514) - image 2.0

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Paul James Echenberg

Photo tirée du site Séduction514

Conseils de coachs

Trois experts s'expriment sur l'art de séduire

Paul James Echenberg

Par l'entremise de son entreprise Séduction514, Paul James Echenberg conseille les hommes dans leurs efforts de séduction depuis trois ans. Selon ce policier de formation, la majorité des personnes qui viennent le voir ont un manque de confiance ou sont timides. «Le pire conseil qu'on puisse leur donner, c'est d'être eux-mêmes, dans le sens où s'ils viennent te voir, c'est parce qu'ils n'arrivent pas à se mettre en valeur.» Ses meilleurs conseils: «L'attitude. Avoir une énergie positive. Essayer d'établir une connexion avec la personne qui nous intéresse. L'écouter, lui poser des questions, créer une interaction. Une rencontre amoureuse, c'est émotionnel, donc c'est important d'avoir une bonne énergie.» Selon Paul James, l'humour est une clé importante dans la séduction, mais ça peut être une arme à double tranchant. «C'est une habileté qui se développe, mais il faut toujours s'ajuster à son public.»

Régine Coicou

Régine Coicou est coach de séduction auprès des femmes. Avec sa société ABC Séduction, elle offre des ateliers individuels ou de groupe. Son conseil: éviter d'avoir des attentes. «Il faut dédramatiser, sortir pour avoir du plaisir, pour découvrir autre chose, tout simplement. Il y a beaucoup de femmes qui sont déçues, elles se présentent à des rendez-vous en se disant que ce sera une perte de temps. Par conséquent, elles ne sont pas disposées à faire des efforts.» Ses conseils sont variés: «Sourire est primordial, c'est un signe d'ouverture. La tenue vestimentaire aussi, la communication. Il y a beaucoup de gens qui ont tendance à l'oublier.» Est-ce qu'elle encourage les femmes à faire les premiers pas? «Non, répond Régine Coicou. Jusqu'à preuve du contraire, les hommes intéressés feront toujours les premiers pas. Sauf s'ils ne vous ont pas vue.»

David Paré

Fondateur de LCodeséduction, David Paré a conseillé plus de 800 personnes dans leurs relations amoureuses depuis 2013. Des gens de tous les horizons. «Les relations amoureuses sont un champ d'études infini, croit-il. Il y a toujours quelque chose à apprendre. Je dis souvent: "Pourquoi Roger Federer ou Carey Price ont un coach? C'est pareil en matière de séduction."» Selon David Paré, les hommes et les femmes doivent faire preuve d'ouverture d'esprit. Ils doivent maîtriser l'art de la communication, avoir le bon langage corporel, une démarche attirante. Les hommes qui sont déjà en relation doivent apprendre à connaître la psychologie féminine. «Les femmes en général ont besoin de parler et d'être entendues, affirme-t-il. Si elles évoquent une situation difficile, la plupart des hommes leur proposeront des solutions. Mais à ce stade-ci, elles veulent juste être écoutées. C'est le genre de conseil qu'on donne.»




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