Tinder ou vérité?

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Vous avez l'impression que tout le monde ment, dans le merveilleux monde de la drague virtuelle? Vous n'avez pas tout à fait tort. Mais sur certains sujets clés, mieux vaut quand même opter pour la vérité.

Une omission particulière

C'était il y a quatre ou cinq ans. Dans l'ère pré-Tinder. Jean-Sébastien*, ténébreux quadragénaire, se cherche une aventure. «Pas sûr que je me cherchais une blonde», résume-t-il pudiquement. En un mot: il cherche à s'amuser.

Or voilà qu'il tombe, par l'entremise d'un site de rencontres, sur le profil d'une fille qui a l'air d'avoir un certain potentiel. «Une fille cute, se souvient-il. En lisant son profil, je me suis dit: "Il y a du plaisir à avoir ici." Ce n'était pas une fille standard.»

Qu'est-ce qui l'a accroché? Le souvenir est flou. Mais quelque chose sous-entendait qu'elle était un brin «tannante» et «ouverte d'esprit». «Il y avait quelque chose», croit-il.

Ils se sont écrit quelques fois, et comme Jean-Sébastien n'aime pas étirer la sauce («Je préfère vraiment les rencontres, pour ne pas trop échanger et se monter un bateau»), ils se sont rapidement donné rendez-vous.

Il se revoit encore, attablé au Bily Kun, face à la porte d'entrée. Souvent, en un coup d'oeil, le tour est joué: ça passe ou ça casse. Et... ça a cassé. «Je ne suis pas catégorique comme ça, se défend Jean-Sébastien, mais je me souviens qu'elle ne m'attirait pas.»

Pour plusieurs raisons. D'abord: elle ne ressemble pas vraiment à sa photo. Mais ce n'est pas tout: la chimie ne passe pas.

«Elle n'était pas allumée. Il n'y avait pas d'énergie. Ce n'est pas quelqu'un qui se vendait bien.»

Au fil de la conversation, elle dévoile que son ex est une femme, qu'ils ont eu un enfant et qu'elle a déjà été... un homme! «Elle m'a tendu des perches pour que je pose des questions», se souvient-il, toujours aussi bouché par le dénouement de la soirée. Il faut dire qu'en bon célibataire, il croyait être un dragueur aguerri. Erreur.

«J'ai été déçu et surpris de l'apprendre là, et non avant...»

À noter: ce n'est pas tant qu'elle était transsexuelle, le problème, mais plutôt qu'elle lui ait caché quelque chose de fondamental, précise-t-il. Tout comme il aurait été déçu de rencontrer une fille qui lui aurait finalement annoncé être mariée et chercher un amant. «Ce n'est pas la fin du monde, mais c'est un détail important qui doit se dire», croit-il.

Fait cocasse: il a ensuite rencontré une fille qui lui a annoncé au deuxième rendez-vous qu'elle avait, léger détail, quatre enfants. Il a éclaté de rire avant de comprendre que non, ce n'était pas une blague. Pour lui, tout cela relève de la même «tactique»: «J'ai quelque chose qui peut surprendre ma date. Alors je vais essayer de me mettre de l'avant en premier pour voir s'il y a une chimie potentielle...»

L'importance de l'honnêteté

Les recherches en ce sens sont catégoriques. S'il y a une chose qui peut faire avorter sinon une relation, du moins un début de quelque chose, c'est précisément ce sentiment d'avoir été floué. Catalina Toma est professeure de communications à l'Université du Wisconsin-Madison et mène des recherches depuis des années sur la question des mensonges et des rencontres en ligne. «Mentir sur quelque chose qui définit notre identité, c'est risquer de se tirer dans le pied, dit-elle en entrevue. Le mensonge, c'est vraiment très, très mal perçu.» Pourquoi? «Parce qu'on risque d'être perçu comme un trompeur et un manipulateur.»

Mais contrairement aux idées reçues, les gens mentent finalement bien peu sur les sites et applications en ligne, dit-elle. «Il y a beaucoup moins de tromperie qu'on pourrait le croire.» En fait, presque tout le monde ment, mais sur des questions finalement sans importance, nuance-t-elle.

«Les mensonges sont plutôt bénins.»

Il y a quelques années, elle a mené une recherche avec son équipe sur les mensonges en ligne pour mesurer à quel point, et surtout sur quels sujets, les gens mentaient. Comme d'autres études du genre l'ont démontré, 80 % des utilisateurs embellissent la réalité. Ainsi, trois éléments reviennent tout le temps : la photo (toujours prise sous un angle flatteur), la taille (les gens ont tendance à se grandir, mais de quelques centimètres à peine), le poids (de manière générale, tout le monde se retranche quelques kilos).

«Cela rejoint la recherche sur les premiers rendez-vous: c'est tout à fait fréquent d'essayer d'embellir un peu la réalité, histoire de faire une bonne impression», explique la chercheuse. Et il n'y a pas vraiment de mal à ça.

De là à changer son métier, cacher son statut matrimonial ou omettre son changement de sexe, il y a un pas, croit-elle. «Ce sont des informations qui, cachées, peuvent saboter une relation.»

Les gens ne veulent pas avoir le sentiment d'avoir été trompés, répète-t-elle. La confiance est ici la clé. Un conseil d'ami? «Demandez-vous ce que l'autre pourrait bien vouloir savoir. C'est toujours un bon test...» D'ailleurs, les gens qui écrivent les plus longs profils sont aussi généralement perçus comme les plus dignes de confiance...

* Prénom fictif. Pour se confier en toute liberté, Jean-Sébastien a requis l'anonymat.

En finir avec les photos trompeuses

Tout le monde affiche des photos flatteuses sur Tinder. Un mouvement amusant a été lancé plus tôt cette année sur les réseaux sociaux: #onTinderatTinder. Les courageux participants ont publié une photo d'eux au naturel à côté de celle utilisée sur l'application. Grimaces, cheveux ébouriffés et autres airs de lendemain de veille: les résultats sont à la fois éloquents et mourants.

Trois cas délicats

Si, en théorie, mieux vaut être honnête, sincère et franc, ce n'est manifestement pas toujours évident. Trois cas particulièrement délicats.

La personne trans

On ne compte plus les douloureuses histoires de rejet vécues sur Tinder par des personnes trans. Ce sera peut-être bientôt chose du passé, puisque les dirigeants de l'application ont annoncé récemment plancher sur différentes fonctions pour en finir avec la binarité. Tinder devrait d'ici quelques semaines proposer davantage d'options dans les choix de genres ainsi que dans les profils recherchés.

Ce qui ne veut pas dire que le coming out sera facile pour autant, faut-il le préciser.

Dans un touchant témoignage, la blogueuse et auteure trans Toni Newman (I Rise) y va de quelques conseils. «Il faut absolument le dire, dit-elle. Le cacher, ce serait comme ne pas dire à une date qu'on est un musulman pratiquant.» Quant à savoir comment, elle conseille de choisir son moment avec soin, idéalement avant qu'il y ait attachement. «Restez calme et soyez prêt à répondre à une tonne de questions. Ne vous mettez pas sur la défensive, dit-elle. Soyez positif et ouvert.» Surtout: «Continuez de vous aimer vous-même...»

La personne malade

Et si vous aviez une maladie incurable? Le diriez-vous? Dur de parler d'autre chose ensuite, avouez. Et pourtant, auriez-vous vraiment le choix? Dans un article plein d'humour, le comédien américain H. Alan Scott, qui a lui-même eu un cancer, y va de plusieurs conseils et faits vécus. D'abord, préparez-vous à entendre toutes les histoires des vagues connaissances de votre interlocuteur qui ont aussi eu un cancer. «Quand quelqu'un apprend que vous avez le cancer, il se met à vous parler de la personne qu'il connaît qui en a eu un aussi... et qui en est mort...» Sans parler de tous les conseils ensuite offerts, mais (on comprend) pas franchement sollicités. Son avis? Usez d'un peu d'humour. «Moi, à un premier rendez-vous, écrit-il, j'aime bien dire que je suis né en juillet. Donc je suis cancer. Ce qui tombe bien parce que j'en ai eu un. Mais là ça va. Toi, t'es né quand?» La morale? «Les gens tripent sur l'astrologie. Profitez-en...»

Le travailleur du sexe

Les travailleurs du sexe aussi ont une vie amoureuse. Mais le dévoilement de leur profession, on s'en doute, peut être particulièrement épineux. Le magazine Vice a publié récemment une série de témoignages franchement éloquents: plusieurs mentent, par peur de se faire juger, d'autres se dévoilent par étapes, ou pas du tout. «La meilleure relation que j'ai eue, c'est avec un autre travailleur du sexe», confie quelqu'un. Parce que ç'aura été le seul à comprendre le métier, sans préjugés.

On ne veut pas le savoir

Bien sûr, la vérité et la sincérité ont la cote sur les applications et les sites de rencontres. Mais à un premier rendez-vous, vous pouvez tout de même garder certains précieux renseignements rien que pour vous. Ça s'appelle le jeu de la séduction. Cinq trucs glanés sur le web que vous devriez taire à tout prix... suivis de quatre choses dont vous pouvez parler sans retenue.

À taire 

1- Vos problèmes financiers

Vous avez des dettes d'études? De la difficulté à payer votre loyer? Cette bière? On ne veut pas le savoir.

2- Votre mauvaise réputation au cégep

Vous avez fait des niaiseries dans le passé? Grand bien vous fasse. Qui n'en a pas fait? On se concentre sur le présent, maintenant.

3- Un creux

Vous n'avez pas eu de partenaire depuis un, deux, dix ans? Pas nécessaire de le signaler. Ça pourrait faire peur.

4- Vos infidélités

Ça aussi, ça pourrait faire peur.

5- Vos bobos

Bien sûr, si vous avez eu une maladie grave, traversé une épreuve, on voudra éventuellement le savoir. Mais vos problèmes gastriques, pour l'instant, ne regardent que vous.

On veut vous entendre

1- Vos passions

Votre travail vous emballe? Ça, c'est sexy.

2- Vos voyages

C'est cliché, mais ça fait rêver.

3- Vos lectures

Idem.

4- Vos loisirs

On a vu le même film, voilà un bon sujet de conversation. C'est parti, on a un filon!

Source: eHarmony

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