Les risques du sexe oral

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Or, plus les médecins cherchent la chlamydia, la gonorrhée ou la syphilis dans la gorge, plus ils la trouvent.

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Il n'existe pas de données fiables pour quantifier le nombre d'infections transmises sexuellement après une simple relation sexuelle orale au Québec. Or, plus les médecins cherchent la chlamydia, la gonorrhée ou la syphilis dans la gorge, plus ils la trouvent. Explications et nuances.

À quoi s'expose-t-on

Les risques associés à l'amour oral ne sont pas clairs pour tous, même si cette pratique sexuelle contribue à la propagation de plusieurs infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). Le risque fluctue selon le type de maladie, le sexe du partenaire - la fellation est plus à risque que le cunnilingus, de manière générale - et son orientation sexuelle.

Le donneur

« Lors de pénétration vaginale ou anale, il y a plus de risques pour la personne qui reçoit. Dans le cas du sexe oral, c'est l'inverse : le donneur court plus de risque de contracter une maladie, précise Marc Steben, médecin de famille expert en ITSS et médecin-conseil pour l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). L'intensité et la durée du baiser [sur les parties génitales], la quantité de salive, le fait de mordiller le ou la partenaire, d'accrocher [et de blesser] par accident le pénis, par exemple, sont toutes sortes de choses qui peuvent favoriser ou non la transmission orale d'une ITSS. »

Chlamydia

L'infection à Chlamydia trachomatis est, de loin, l'ITSS la plus fréquente au Québec. Elle est en hausse constante.

65 % des 22 000 nouveaux cas déclarés en 2013 étaient des femmes.

« Plus on cherche la chlamydia dans la gorge, plus on la trouve, expose le Dr Marc Steben. On pense qu'elle peut résister dans la bouche, même si ce n'est pas son milieu naturel, alors elle pourrait probablement être transmise si on a plusieurs partenaires ou si on change rapidement de partenaire. » Le risque de contracter la maladie est moins important si on reçoit la caresse buccale que si on la donne.

Gonorrhée

En augmentation depuis la fin des années 90, l'infection gonococcique touche principalement les hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes.

395 cas d'infection gonococcique dans la gorge ont été déclarés en 2013 chez les hommes.

« La gonorrhée est aussi en augmentation chez les jeunes femmes, alors qu'il y a 20 ans, on ne voyait pas ça chez les moins de 25 ans », tient à souligner le Dr Marc Steben. La contamination gonococcique dans la gorge est une cause « non négligeable » de contagion, selon le Collège des Universitaires des Maladies Infectieuses et Tropicales de France, car la gonorrhée attrapée après avoir pratiqué une fellation ou un cunnilingus est souvent asymptomatique.

Syphilis

Seuls 635 cas de syphilis ont été déclarés en 2016. Objectivement, c'est peu, mais la situation préoccupe les professionnels de la santé dans la mesure où il n'y en avait eu que 3 en 1998.

95 % des nouveaux cas sont des hommes, en particulier des homosexuels et des bisexuels.

« Il s'agit d'une maladie en résurgence. La plupart des médecins qui pratiquent n'en ont jamais vu, ce qui fait qu'elle est longue à diagnostiquer », dit le Dr Marc Steben. Il existe aussi un lien statistique entre les personnes porteuses du VIH et celles infectées par la syphilis. L'INSPQ précisait dans un document publié en 2014 que « l'épidémie de syphilis infectieuse » initialement concentrée dans la grande région de Montréal touche maintenant « la plupart » des régions du Québec. L'ulcère (ou chancre) buccal, génital ou anal causé par la syphilis à l'état primaire est souvent indolore.

VIH

Le VIH ne fait plus aussi peur qu'avant. De manière globale, la propagation semble en recul au Québec, puisque le nombre de nouveaux diagnostics diminue. L'INSPQ remarque toutefois « une tendance à la hausse depuis 2009 » chez les hommes de 15 à 24 ans ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes.

83 % des nouveaux cas d'infection au VIH sont des hommes.

« La personne porteuse du VIH va excréter le virus dans tous ses fluides corporels : sang, sperme, sécrétions vaginales, liquide préséminal », détaille Stéphanie Gaulin, gynécologue et obstétricienne rattachée à l'hôpital de LaSalle. « On calcule que les gens peuvent l'attraper par la bouche, mais on parle probablement d'un cas sur des centaines de milliers », précise quant lui le Dr Marc Steben. Il est recommandé d'éviter de recevoir le sperme dans la bouche pour minimiser le risque d'infection au VIH.

Herpès

Il existe deux types d'herpès : le feu sauvage (type 1) est la version buccale du virus et le feu sauvage de l'amour (type 2) en est la version génitale.

2 à 7 jours: période d'incubation de l'herpès génital après contact avec le virus.

L'herpès buccal se tient bien sûr dans la bouche et se transmet facilement aux organes génitaux. On risque ainsi très fort de transmettre le virus si on pratique une fellation ou un cunnilingus sans protection lors d'une crise d'herpès. « La bonne nouvelle, c'est que les récidives de ce type d'herpès sont moins fréquentes qu'avec l'herpès de type 2 », souligne Marc Steben. Le médecin de famille expert en ITSS et médecin conseil  précise en outre que l'herpès génital passe plus difficilement du sexe à la bouche -  ce qui ne signifie pas que le risque est nul.

VPH

VPH est l'abréviation du virus du papillome humain, une famille de virus qui en compte près de 200. Seuls quelques-uns d'entre eux sont susceptibles d'infecter la bouche et la gorge.

70% des adultes ont été en contact à un moment ou un autre avec un type de VPH.

« Il y a un risque à la pénétration, mais aussi par frottement. Même chose avec le sexe oral, dit la gynécologue et obstétricienne Stéphanie Gaulin. Le VPH peut causer des condylomes, des lésions au col de l'utérus ou le cancer du col chez les femmes et le cancer de la gorge. » « Si un homme contracte le VPH en faisant une fellation ou un cunnilingus, on ne le saura sans doute que des dizaines d'années plus tard, s'il développe un cancer de la gorge », explique le Dr Steben.

Se protéger

Quel est le meilleur moyen de se protéger lorsqu'on pratique l'amour oral sur un homme ? Utiliser un condom, bien entendu. Et sur une femme ? C'est un peu plus compliqué...

Sexe oral sur un homme

Le condom masculin s'impose d'emblée comme la « méthode barrière » par excellence pour réduire le risque de contacter une infection lors d'une fellation. Il ne protège pas de tout - le VPH, par exemple, peut se propager par de simples attouchements - mais il est accessible (il est en vente un peu partout et facile d'utilisation). Des marques proposent d'ailleurs des modèles au goût de fruit... Le DMarc Steben signale qu'il est important de s'assurer que le préservatif utilisé n'est pas simplement un jouet. Il existe en effet des condoms de fantaisie dont la fonction est davantage d'amuser que de protéger.

Sexe oral sur une femme

L'amour oral pratiqué sur une femme comporte en général moins de risques de transmission de maladies que la fellation. Or, certaines infections peuvent néanmoins causer des problèmes de santé sérieux : le VPH, faut-il le rappeler, peut causer le cancer de la bouche et de la gorge. L'utilisation d'une digue dentaire ou d'un condom féminin est recommandée. Marc Steben et la gynécologue Stéphanie Gaulin concèdent cependant que ces méthodes ne sont pas très populaires. La digue dentaire n'est d'ailleurs pas en vente à tous les coins de rue... Il est possible d'en fabriquer une version maison en déroulant un condom, en coupant les deux extrémités et en le fendant ensuite dans le sens de la longueur de manière à constituer un rectangle ou un carré de latex qui doit être placé sur la vulve. Un peu de lubrifiant sur la face collée au sexe de la femme contribuerait à le garder en place et à améliorer les sensations.

Sexe oral sur l'anus

Les relations où il y a un contact entre la bouche et l'anus sont aussi à risque, puisque cette région peut être infectée par plusieurs ITSS. Ce type de contact est aussi propice à la transmission de l'hépatite A. L'usage d'une « digue dentaire maison », décrite ci-haut, est recommandé.

Et le sperme ?

Est-ce que le sperme peut transporter des infections ? Oui, bien entendu. Est-ce à dire qu'une fellation sans éjaculation dans la bouche est plus sûre ? « C'est une fausse croyance que c'est une pratique plus sécuritaire », tranche la Dre Stéphanie Gaulin. Il est à signaler que le sperme d'une personne infectée par la plupart des ITSS peut causer une conjonctivite s'il entre en contact avec les yeux.

Spermicide protecteur ?

Il existe déjà des condoms enduits de spermicide pour éviter les grossesses non désirées. Marc Steben raconte qu'une nouvelle classe de spermicides est actuellement en développement et pourrait s'avérer très prometteuse en matière d'ITSS. Ces nouveaux spermicides agiraient bien entendu comme contraceptifs, mais seraient également en mesure de neutraliser les bactéries et les virus causant les ITSS. Ces produits sont encore à l'étape de la recherche, note-t-il.

Dépistage

C'est l'évidence, mais passer un test de dépistage est la meilleure façon de se protéger et de protéger les autres. Stéphanie Gaulin recommande de se faire tester régulièrement si on change souvent de partenaires. Même ce qu'elle appelle « les monogames en série » devraient se faire tester entre chaque partenaire, histoire de ne pas transporter d'infections d'une relation monogame à une autre.

Pour en savoir plus

Sources complémentaires : Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) au Québec (Institut national de santé publique du Québec, 2014)

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