Les Canadiennes d'origine indienne ont davantage de garçons

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Il y a eu environ 4472 filles «perdues» dans les vingt dernières années, selon les chercheurs, et la plupart provenait de couples dont un ou deux parents était d'origine indienne.

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Sheryl Ubelacker
La Presse Canadienne
Toronto

Les Canadiennes d'origine indienne qui ont au moins deux enfants donnent naissance à plus de garçons, selon une étude. Et les chercheurs suggèrent que les avortements sélectifs expliquent en majeure partie cette conclusion.

Ce déséquilibre dans le ratio entre les garçons et les filles existe depuis au moins deux décennies et il peut être observé partout au pays, selon une étude publiée lundi dans le Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) qui se base entre autres sur des données de Statistique Canada.

«Cet article national permet de voir l'ampleur de cet enjeu au fil du temps et dans chaque province canadienne», a affirmé Marcelo Urquia, épidémiologiste à l'hôpital St.Michael's de Toronto qui a dirigé la recherche et une enquête complémentaire sur le cas de l'Ontario qui a permis d'explorer les causes de cette disparité.

Les Ontariennes qui sont nées au pays ont accouché d'environ 105 garçons pour chaque groupe de 100 filles entre 1993 et 2012 - ce qui est cohérent avec la moyenne dans le reste du monde, qui oscille entre 103 à 107 garçons par 100 filles.

Or, chez les femmes qui ont immigré de l'Inde ayant au moins deux enfants, ce rapport passe à 138 garçons pour 100 filles. Si elles avaient déjà trois enfants, elles ont donné naissance à 166 garçons par 100 filles.

Ce ratio grimpe à 326 garçons par 100 filles pour les mères d'origine indienne de deux filles qui ont subi un avortement à leur troisième grossesse - et il augmente encore à 409 garçons par 100 filles si la femme s'est fait avorter plus d'une fois.

«Dans les cultures où il y a une préférence pour les fils, certaines familles essaieront d'avoir un fils à un certain point», a expliqué le docteur Urquia.

«S'ils n'ont pas eu de fils à la deuxième (naissance), alors certains tenteront avec des grossesses additionnelles alors que certains utiliseront d'autres moyens pour s'assurer qu'ils aient un fils au final», a-t-il ajouté.

En Inde, il n'y a aucun filet social pour les aînés et près de 90 pour cent des mariages sont arrangés puisque les parents veulent ainsi s'assurer qu'ils soient pris en charge dans leurs vieux jours. L'homme est perçu comme le pourvoyeur, alors que la femme est perçue comme une dépense puisqu'elles doivent généralement remettre une dot lors de leur mariage.

Il y a eu environ 4472 filles «perdues» dans les vingt dernières années, selon les chercheurs, et la plupart provenait de couples dont un ou deux parents était d'origine indienne.

«L'article du JAMC suggère qu'une bonne partie de ces filles sont disparues des suites d'avortements provoqués, mais nous ne savons pas exactement le nombre», a indiqué Marcelo Urquia.

Il est illégal au Canada d'utiliser des technologies telles que la fécondation in vitro pour sélectionner le sexe du foetus. Cependant, l'échographie pratiquée à 14 semaines de grossesse peut révéler le sexe du bébé - et à ce point, la femme peut encore interrompre la grossesse si elle le souhaite.

«Les avortements sont légaux et gratuits. Ce n'est pas un crime de subir un avortement et il n'y a aucune question qui est posée sur les raisons pour lesquelles les femmes décident de subir un avortement», a souligné le docteur Urquia.

L'étude ontarienne a également remarqué un léger déséquilibre dans le ratio parmi les femmes d'origine chinoise qui vivent au Canada, mais le phénomène n'était pas lié à l'avortement.

Alana Cattapan, chercheuse postdoctorale à l'université Dalhousie, a soutenu que les inquiétudes sur l'avortement sélectif et l'implantation d'embryons n'étaient pas seulement associées aux communautés indienne et chinoise.

Elle se demande d'ailleurs pourquoi le sexe du bébé est toujours dévoilé lors des échographies au Canada. «En se concentrant sur le sexe du bébé, nous renforçons les idées sur les filles et les garçons pas seulement dans la culture indienne, mais dans la culture canadienne», a-t-elle ajouté.

Aux États-Unis, les parents peuvent sélectionner le sexe de leur bébé avec la fécondation in vitro et selon l'article du JAMC, certains parents se rendent là-bas - ou dans d'autres pays similaires - pour bénéficier de ce service.

«La vraie question n'est pas de savoir si la pratique de la sélection sexuelle prénatale existe - les résultats de cette étude et de plusieurs autres démontrent clairement que c'est le cas - mais pourquoi cette pratique persiste, particulièrement dans une société canadienne qui fait la promotion de l'égalité entre les sexes», ont écrit Abdool Yasseen, du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario et Thierry Lacaze-Masmonteil, de l'Université de Toronto.

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