«Proposer un traitement, c'est réservé aux médecins»

Après avoir pris connaissance des détails de l'échange... (Photo tirée de la page Facebook de la Maison Jacynthe)

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Après avoir pris connaissance des détails de l'échange entre le naturopathe et la maman, Jacynthe René a fait son mea culpa.

Photo tirée de la page Facebook de la Maison Jacynthe

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Le Collège des médecins dénonce vigoureusement la proposition faite par un naturopathe de la Maison Jacynthe.

La Maison Jacynthe, fondée par la comédienne Jacynthe René, s'est retrouvée dans l'embarras la semaine dernière lorsqu'un naturopathe de l'établissement a conseillé à une mère de faire un lavement rectal à son bébé de trois semaines et demie qui avait mal au ventre. Une pratique que dénonce vivement le Collège des médecins.

Le président du Collège des médecins du Québec, le docteur Charles Bernard, s'est dit «bouleversé» en apprenant cette histoire la semaine dernière.

«Il faut absolument consulter des professionnels de la santé lorsque votre bébé naissant a des soucis, comme des douleurs abdominales, a averti le Dr Bernard, parce que ça peut être très grave. À cet âge, les bébés sont extrêmement fragiles. Les gens doivent faire preuve de discernement et faire vérifier les conseils qu'on leur donne par des experts en santé, c'est vraiment important.»

«Faire un diagnostic et proposer un traitement, c'est réservé aux médecins, insiste-t-il, sans se prononcer directement sur le cas de la Maison Jacynthe. Je n'ai rien contre les naturopathes, mais parfois ils dépassent leurs compétences. Il y a eu par le passé plusieurs cas de naturopathes qui ont mis fin à des traitements médicaux, entraînant des décès. Donc, il faut être prudent et lucide.»

Rappelons les faits. La semaine dernière, une mère, qui suivait un régime detox - essentiellement à base de fruits, d'herbes et de légumes - recommandé par la Maison Jacynthe a posé une question sur la page Facebook de l'entreprise. «Bébé semble réagir à la detox, est-ce normal? a écrit la maman qui allaitait. Elle pleure plus depuis samedi et semble avoir mal au ventre. Elle a trois semaines et demie.» «Elle a besoin d'éliminer, lui a répondu le naturopathe Louis-Simon Leroux. Vous pouvez utiliser la poire rectale pour lui donner un lavement doucement. Ou appelez la clinique [de médecine alternative] L'Aube.»

Controverse

Le conseil publié sur la page Facebook de la Maison Jacynthe - suivie par 95 000 personnes - a enflammé les réseaux sociaux, certains ayant même compris (à tort) que le bébé suivait un régime detox ou encore qu'il avait 4 jours (en fait, la maman du bébé a quatre enfants, d'où la confusion). La maman en question aurait elle-même fait l'objet de menaces et d'insultes après s'être identifiée comme la mère du bébé.

En entrevue avec La Presse, Jacynthe René a dit regretter les fausses informations qui ont circulé depuis quelques jours et la violence des commentaires qu'elle a reçus. «Non, nous ne proposons pas de detox pour les bébés!», s'est-elle insurgée. Avant de préciser que par «detox», elle entendait «une alimentation saine et digeste, sans privation ou jeûne, et donc sans danger».

La principale intéressée, qui travaille de près avec le naturopathe Christian Limoges (fondateur de la clinique L'Aube), s'est également défendue d'être anti-médecin, affirmant être entourée par «quatre médecins et un pharmacien». «Les directives sont claires, a écrit Jacynthe René sur sa page Facebook. On est là pour répondre aux questions, offrir des inspirations, jamais de conseils santé, ce n'est pas notre place en tant qu'entreprise beauté [et bien-être].»

Réaction en deux temps

À propos du conseil formulé par le naturopathe Louis-Simon Leroux, la comédienne et entrepreneuse a écrit dans un premier temps: «Louis-Simon a suggéré à la maman d'utiliser une poire rectale, avec le support de la clinique L'Aube (et pour tout vous dire, je l'ai déjà fait sur mon bébé qui souffrait depuis quatre jours, sans manger, sans bouger, et dans les mêmes cinq minutes du lavement à l'eau il s'est mis à parler, bouger, manger comme s'il n'avait jamais été malade). J'ai échangé avec cette maman cette nuit. Elle a consulté la clinique tel que recommandé par Louis-Simon et elle est en gratitude.»

Samedi dernier, la fondatrice de la Maison Jacynthe est revenue sur l'incident au cours duquel, a-t-elle insisté, «aucun mal n'a été causé».

«Grave erreur, je l'ai reconnu publiquement. Il est très clair que dans notre société seuls les médecins peuvent diagnostiquer et prescrire.» - Extrait d'un message de Jacynthe René sur Facebook

«Notre naturopathe a voulu aider par élan d'altruisme, de générosité. Les poires rectales sont en vente libre et le lavement est naturel, non immoral, ne date pas d'hier non plus, mais oui le proposer est illégal, encore une fois, il a outrepassé ses droits.»

Le naturopathe fautif, Louis-Simon Leroux, était dans ses petits souliers lorsque La Presse lui a parlé. «Je reconnais mon erreur et j'assume tout le blâme, a-t-il dit dans un court entretien téléphonique. Je voulais bien faire, mais je me suis trompé. Je suis en début de carrière et cet incident va tracer une ligne de conduite pour le reste de ma carrière, a assuré le jeune homme de 30 ans. J'ai appris de cette histoire.»

Louis-Simon Leroux, qui pratique la naturopathie depuis moins d'un an, suivra une formation avec un représentant du Collège des médecins dans les prochaines semaines. «J'ai très hâte à cette formation, a-t-il poursuivi. Si c'était à refaire, je dirai à la maman de consulter un praticien de la santé. J'ai dépassé mes compétences, a-t-il avoué, repentant. Mais c'est difficile de faire une évaluation de la situation en temps réel sur les réseaux sociaux...»

Tirs croisés avec Le Pharmachien

Alors que le débat faisait rage sur Facebook, l'animateur du Pharmachien, Olivier Bernard, s'en est mêlé. «Quand un(e) naturopathe recommande de faire un lavement rectal à un bébé de trois semaines et demie, qu'on défend le tout en disant qu'il ne s'agit pas de conseils santé [...], qu'on fait référence à une "clinique" et qu'on suggère de "consulter" (mots rassurants), mais qu'il n'y a aucun médecin qui y pratique... À partir de quel moment on considère que c'est dangereux pour le public?», a écrit Olivier Bernard, qui termine sa missive en indiquant qu'il a demandé au Collège des médecins de faire enquête.

Le Collège des médecins, qui répond aux demandes d'enquête ou aux plaintes afin de déterminer (entre autres choses) s'il y a eu pratique illégale de la médecine et préjudice pour le patient, n'a pas voulu confirmer ou infirmer la tenue d'une enquête, vu qu'elles sont «confidentielles».

«Il [Olivier Bernard] est l'un de ceux qui ont cru que le bébé suivait un régime detox», a déploré Jacynthe René, qui est convaincue que le pharmacien a une dent contre elle.

Le fait est qu'après avoir pris connaissance des détails de l'échange entre Louis-Simon et la maman, Jacynthe René a fait son mea culpa. «Il a été trop loin, nous a-t-elle redit. On le reconnaît. Mais on est là depuis cinq ans et c'est notre premier écart, a-t-elle fait valoir à La Presse. On est extrêmement prudents. Le Pharmachien a lui-même fait erreur en disant que le bébé avait 4 jours, puis en laissant entendre que le bébé suivait un régime detox...»

Les lavements non recommandés

À propos du lavement rectal chez un bébé quasi naissant, le Dr Charles Bernard estime que ce geste, de façon générale, comporte des risques sérieux.

«Un lavement peut provoquer des diarrhées, et ces pertes d'eau peuvent entraîner des problèmes de déshydratation, explique-t-il. Il faut savoir que cet équilibre chez un bébé est fragile. Le risque de perforation de l'intestin existe aussi. Et techniquement, rentrer une poire dans l'anus d'un bébé naissant, ça peut causer des blessures, ce n'est absolument pas recommandé.»

«Je suis obligée d'ouvrir une parenthèse ici, conclut Jacynthe René dans sa dernière publication. C'est par milliers que nous avons reçu des remerciements et témoignages nous mentionnant des changements de vie positifs suite à l'application des inspirations que nous publions ici même. À mon avis, il y a plus important ou "dangereux" à adresser: OGM, pesticides et herbicides, boissons gazeuses, malbouffe... Et peut-être devrions-nous considérer une prescription obligatoire pour la pompe rectale après tout...»




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