Cancer infantile: pour traiter d'autres Willem

Willem, 10 ans, entouré de ses parents, Caroline Simard... (Photo Patrick Woodbury, archives Le Droit)

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Willem, 10 ans, entouré de ses parents, Caroline Simard et Nelson Picard. Le garçon a reçu une thérapie dite «ciblée» qui a permis de faire disparaître sa tumeur au tronc cérébral.

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Printemps 2014. C'est la consternation pour Caroline Simard et Nelson Picard. Leur fils Willem, 8 ans, ne répond pas au traitement de chimiothérapie qu'il subit depuis six semaines. La tumeur logée dans son tronc cérébral n'a pas rapetissé, comme l'équipe médicale l'espérait: elle a grossi. Énormément.

Un médecin propose de présenter le cas de Willem devant un comité qui doit se réunir sous peu à Toronto. Là-bas, un expert émet l'hypothèse que Willem est atteint d'une tumeur en mutation, ce qui expliquerait sa non-réponse au traitement. Pour le confirmer, il fait faire une biopsie dans son tronc cérébral, une opération à haut risque. «On savait que Willem pouvait y rester ou en sortir diminué», relate son père, Nelson Picard, joint chez lui en Outaouais.

Mais pour Willem, l'opération se passe très bien. La biopsie confirme l'hypothèse des spécialistes: le garçon a une mutation du gène BRAF. Il est donc admis pour un essai expérimental à l'hôpital SickKids, à Toronto, qui teste une thérapie dite «ciblée» pour les enfants qui ont une mutation comme celle de Willem. Contrairement au traitement de chimiothérapie classique pour les enfants, qui réunit plusieurs molécules pour attaquer le cancer sur plusieurs fronts, la thérapie suivie par Willem n'utilise qu'une seule molécule, qui cible directement la mutation des cellules cancéreuses.

Le 31 décembre 2014, la veille du jour de l'An, les premiers résultats arrivent: «La tumeur avait disparu», relate sa mère, Caroline Simard. Comme il s'agit d'un traitement expérimental, on ne peut, pour l'instant, parler de guérison. Willem, 10 ans, continue à prendre ses médicaments deux fois par jour.

À l'occasion du mois de la sensibilisation au cancer chez l'enfant, en septembre, Leucan - l'Association pour les enfants atteints de cancer - a tenu à insister, cette année, sur la nécessité d'investir en recherche clinique en oncologie pédiatrique.

Chaque année au Canada, 300 enfants ne répondent pas aux traitements classiques. C'est beaucoup moins qu'avant (le taux de survie après cinq ans est passé de 15 % à 82 % en 40 ans), mais le cancer demeure la principale cause de décès par maladie chez les enfants en Occident, rappelle le chercheur Daniel Sinnett, chef de l'axe Maladies virales, immunitaires et cancers au CHU Sainte-Justine.

Si le financement des essais cliniques est un enjeu important (voir encadré ci-dessous), l'oncologie pédiatrique demeure un domaine de recherche très prometteur.

Nouvelle ère de traitement

Le taux de survie en oncologie pédiatrique a augmenté de façon spectaculaire depuis les années 70, mais il stagne depuis le milieu des années 90, souligne Daniel Sinnett. «Et l'industrie pharmaceutique n'arrivera pas demain avec l'intention de trouver de nouvelles molécules pour l'ensemble de ces maladies», dit-il, rappelant que le cancer infantile touche une petite population et qu'il en coûte des milliards pour concevoir de nouvelles molécules.

Devant ce constat, la recherche moderne propose une solution: la thérapie ciblée personnalisée. Le but: trouver une molécule déjà existante et capable de s'attaquer à la mutation génétique spécifique du petit patient. Et le faire très rapidement, avant que le cancer l'emporte.

«En interrogeant le génome du patient, ce qui nous intéresse, ce sont les mutations spécifiques à la tumeur du patient, les fautes de frappe qui se retrouvent dans la tumeur.»

Le laboratoire de Daniel Sinnett mène, depuis deux ans, un projet de recherche sur la thérapie ciblée personnalisée. Une fois qu'elle a repéré des mutations qui risquent de modifier la façon dont la cellule se comporte, l'équipe cherche, à l'aide une base de données, un médicament ou une molécule déjà approuvés qui peut cibler le gène ou la voie biologique altérée.

«On n'attend pas les molécules: on regarde les molécules qui sont là, explique Daniel Sinnett. Et la molécule qu'on trouve n'a pas nécessairement été développée pour traiter le cancer pédiatrique qui est devant nous. Elle peut avoir été développée pour traiter l'hypertension ou le glaucome, par exemple.»

Au CHU Sainte-Justine, on a commencé en avril à tenir compte de l'approche génomique moléculaire dans les décisions cliniques, indique Daniel Sinnett.

Moins de séquelles?

Les recherches en thérapie ciblée pourraient bénéficier non seulement bénéficier aux enfants qui ne répondent pas aux traitements classiques, mais également à ceux qui y répondent bien. Car en thérapie ciblée, on ne cible que la cellule malade, sans altérer les cellules normales.

L'approche «multimédicament» en chimiothérapie a permis d'améliorer considérablement le taux de survie aux cancers pédiatriques, mais on découvre aujourd'hui qu'elle peut provoquer des séquelles à long terme, qui se développent parfois 15, 20 ans après la fin des traitements. On parle surtout de problèmes cognitifs, cardiaques, osseux et métaboliques, indique Daniel Sinnett.

Alexandre Nault, 18 ans, est grandement reconnaissant envers les traitements qui l'ont guéri de sa leucémie, diagnostiquée lorsqu'il avait 11 ans. N'empêche, il se passerait bien, aujourd'hui, de la difficulté qu'il a à se concentrer, un problème que ses médecins attribuent à la radiothérapie.

Alexandre se compte chanceux: il a pu poursuivre son parcours scolaire et étudie aujourd'hui au cégep. Pour d'autres survivants, les séquelles sur le plan cognitif sont telles qu'ils ne peuvent terminer leur première secondaire, souligne Pascale Bouchard, directrice générale de Leucan.

Alexandre aimerait un jour reprendre la ferme laitière de son père, dans le Centre-du-Québec. Willem, lui, souhaite devenir «inventeur et magicien». Lorsque nous lui avons parlé sur Skype, la semaine dernière, le garçon bouclé tenait une petite baguette magique dans ses mains. Magique comme le traitement qui lui a sauvé la vie.

Financement difficile

Le financement de la recherche clinique demeure «très difficile», convient le chercheur Daniel Sinnett. «En 40 ans de recherche en oncologie pédiatrique, il n'y a jamais eu d'essai clinique supporté par un organisme canadien, déplore-t-il. C'est les Américains qui payent pour nos patients.» Pour participer aux essais cliniques financés par des instituts américains, les hôpitaux doivent être dotés d'unités de recherche clinique, ce qui implique aussi des sous. «On dépend des fondations privées, poursuit Daniel Sinnett. Et présentement, dans le contexte économique actuel, cet argent-là ne suffit plus. Il y a un risque d'avoir un recul, actuellement, si l'argent n'arrive pas d'une façon ou d'une autre.»

Leucan, principal bailleur de fonds pour la recherche en oncologie pédiatrique, invite la population à se procurer dans les pharmacies Proxim participantes le Ruban or, emblème du mois de sensibilisation au cancer chez l'enfant.

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