Éducation physique: les élèves de la maternelle oubliés

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Dans une lettre adressée la semaine dernière au nouveau ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, le porte-parole du Comité d'action Éducation physique et à la santé (EPS) Yves Potvin demande à ce que les enfants du préscolaire puissent eux aussi avoir deux heures d'éducation physique par semaine.

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Ils font leur entrée à l'école à 4 ou 5 ans, mais contrairement aux autres enfants du primaire, les élèves de la maternelle sont exclus des cours d'éducation physique. Aujourd'hui, des parents et des enseignants demandent au ministère de l'Éducation à ce que les deux heures d'éducation physique hebdomadaires prévues par le régime pédagogique soient appliquées à l'ensemble des élèves.

À peu près tout le monde s'entend sur les bienfaits de l'activité physique chez les enfants, en particulier pour ceux aux prises avec des problèmes de sédentarité et de surpoids. En théorie. La réalité est souvent plus complexe.

Il y a 10 ans encore, les enfants du primaire faisaient une heure d'éducation physique par semaine. En 2006, le ministère de l'Éducation a finalement ajouté 1 h 30 de temps de classe à l'ensemble du réseau public pour permettre aux directions d'écoles d'offrir un minimum de deux heures d'éducation physique par semaine. Une mesure aujourd'hui adoptée dans la plupart des écoles du Québec.

Le hic est que le régime pédagogique québécois ne prévoit aucune période d'éducation physique pour les jeunes d'âge préscolaire. Dans les faits, La Presse a constaté que plusieurs écoles offrent tout de même une période de sport de 30 minutes par semaine.

«Trente minutes, c'est rien du tout. Il n'est même pas conscient qu'il s'agit d'un cours d'éducation physique. Mon fils a 5 ans, il a besoin de bouger. On le soupçonne déjà d'avoir un TDAH, mais il a besoin de s'exprimer physiquement, de courir, de lancer le ballon !»

Samira Aissaoui
Mère d'un garçon qui fréquente la maternelle de l'école De l'Avenir à Laval

Dans une lettre adressée la semaine dernière au nouveau ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, le porte-parole du Comité d'action Éducation physique et à la santé (EPS), Yves Potvin, demande que les enfants du préscolaire puissent eux aussi avoir deux heures d'éducation physique par semaine. D'autant plus que certaines écoles n'offrent à ce jour aucune période de sport.

« C'est une question d'équité, explique-t-il. On demande que le gouvernement libère un budget pour faire en sorte que l'heure et demie que ces enfants passent à ne rien faire en maternelle soit transformée en cours d'éducation physique. »

Non, répond le ministère

Mais à court terme, le ministère de l'Éducation n'a pas l'intention de créer des périodes d'éducation physique pour les enfants d'âge préscolaire.

« Le ministre a à coeur le développement global des enfants du secteur préscolaire et souhaite l'intégration d'activités contribuant au développement physique et moteur des plus petits, a indiqué l'attachée de presse du ministre, Anne-Catherine Couture. Mais pour l'instant, les cours d'éducation physique ne sont pas prévus au régime pédagogique. »

Le Ministère estime que « les jeux moteurs et sensoriels, les jeux pratiqués à l'extérieur de l'école et les activités artistiques actuellement offertes contribuent au développement physique et moteur des plus petits ».

Mais tout n'est pas perdu pour les parents et éducateurs qui souhaitent voir leurs tout-petits être initiés à l'éducation physique.

« Une réflexion ministérielle est actuellement en cours pour l'élaboration d'une Politique du loisir et du sport qui inclurait les enfants du préscolaire », a fait savoir Mme Couture, entrouvrant la porte à de nouvelles mesures, mais sans en préciser la teneur.

La neuropsychologue Sonia Lupien, spécialiste du stress, ne comprend pas que la pratique du sport soit à ce point limitée dans les écoles.

«Dans mon esprit, le retour sur investissement est tellement grand que je ne comprends pas pourquoi on hésite. Les périodes de sport facilitent toujours l'apprentissage. On n'a jamais autant demandé aux humains de travailler de leur tête. On n'a jamais autant sollicité le cerveau. Et on a comme oublié le corps. Mais l'un ne va pas sans l'autre.»

Sonia Lupien
Neuropsychologue

« Peu importe leur âge, les enfants sont stressés parce qu'ils vivent une situation nouvelle, imprévisible, menaçante pour leur ego ou dans laquelle ils n'ont pas de contrôle, rappelle-t-elle. Durant des périodes de transition, comme la rentrée scolaire en maternelle, ils mobilisent beaucoup d'énergie. Mais après, ils doivent la perdre, cette énergie. Quand moi je vis un stress, je double ou je triple mes heures de sport. »

Des mesures palliatives

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) estime quant à elle avoir mis en place des mesures palliatives pour encourager les enfants à être actifs.

« En 2005, on a mis sur pied un programme qui s'appelle "Bouge une heure par jour", qui est toujours en vigueur », explique le responsable des relations avec les médias Alain Perron. Une centaine d'écoles primaires publiques (sur un total de 128) participent au programme aujourd'hui, assure-t-il.

D'autres mesures ont été mises en place. « Le temps de récréation a été allongé de 30 minutes par jour, dit-il. On forme aussi depuis l'an dernier des surveillantes et des enseignants pour qu'ils organisent des activités dans la cour d'école. En ce moment, notre projet pilote "Mon service de garde physiquement actif" vise à faire bouger les enfants du service de garde de huit écoles. »

Le ministère de l'Éducation estime que les écoles primaires ont la marge de manoeuvre nécessaire pour bonifier les activités physiques des enfants. « Les enseignants disposent de toute la latitude nécessaire pour répartir leur temps afin de permettre aux enfants de bouger le plus souvent possible au cours de la journée », a noté le directeur des communications du Ministère, Bryan St-Louis.

La disponibilité du gymnase

Selon certains parents interrogés par La Presse, la disponibilité du gymnase est souvent évoquée pour justifier l'exclusion des maternelles.

« On nous a servi la même excuse lorsqu'on voulait augmenter le nombre d'heures de cours pour les classes régulières du primaire, dit Yves Potvin. Moi, je préfère trouver des solutions pour que ça fonctionne. Par exemple, rien ne nous empêche de donner les cours à l'extérieur, dans la cour d'école, ou dans un parc à côté de l'école. »

« À 5 ans, tout est à apprendre, croit Yves Potvin. Il y a bien sûr des enfants qui ont été initiés au sport et à l'activité physique et qui sont très habiles, mais il y en a beaucoup d'autres qui n'ont jamais grimpé dans une échelle, ne vont jamais glisser dehors, n'ont pas de ballon à la maison. Ceux-là sont défavorisés en partant et ils vont perdre beaucoup de motivation parce qu'ils se sentiront moins habiles. »

Pendant ce temps, au privé...

Les écoles primaires du secteur privé, elles, offrent en général le même nombre de périodes d'éducation physique que le réseau public, soit le minimum de deux heures par semaine exigé par le ministère de l'Éducation, parfois même plus. Pour les enfants d'âge préscolaire, certaines écoles comme le Collège Jacques-Prévert, dans le nord de Montréal, offrent une heure de cours par semaine aux enfants de la maternelle, en plus du temps de récréation et des activités parascolaires. Au collège Stanislas, par exemple, les enfants font 1 h 30 de sport par semaine. Ils se rendent au Centre sportif de l'Université de Montréal (CEPSUM) en autobus.

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