Mère-enfant: la transmission du VIH presque éradiquée

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Sophie Allard
La Presse

Les cas de transmission du VIH de la mère à l'enfant sont rares aujourd'hui au Québec. À peine un ou deux par année. Les progrès de la médecine sont tels que les mères séropositives peuvent désormais accoucher par voie vaginale sans mettre en péril la santé de leur bébé.

«Au début des années 80, avant même que le sida ait un nom, on s'est aperçu que des petits bébés mouraient rapidement d'infections étranges. On a aussi remarqué que les mamans de ces bébés, elles-mêmes malades, mouraient», indique Valérie Lamarre, pédiatre infectiologue à la Clinique de VIH du CHU Sainte-Justine.

En 1983, année où on a identifié le VIH, les experts ont pu établir qu'il y avait transmission du virus de la mère à l'enfant. Le taux de transmission était alors de 20% à 40%. Sans intervention médicale, le virus est le plus souvent transmis au moment de l'accouchement ou de l'allaitement, plus rarement in utero. «Contrairement à la croyance, la mère, même si elle n'est pas traitée, ne transmet pas automatiquement le virus à son bébé», souligne la Dre Lamarre.

Amélioration

Avec l'avènement du traitement à la zidovudine en 1987, les taux de transmission ont commencé à descendre peu à peu. Mais c'est l'arrivée de la trithérapie, en 1996, qui a été marquante. «On a pu dès lors rendre indétectable le virus dans le sang de la maman pour éviter la transmission au bébé», dit la pédiatre. Grâce à l'instauration, au Québec en 2003, du dépistage systématique en début de grossesse au Québec, on a commencé à détecter le VIH chez les mères et à les traiter avant qu'il ne soit trop tard.

Quand une femme est traitée à temps - au moins quatre semaines avant l'accouchement -, le taux de transmission du VIH est de 0,4%. Depuis la trithérapie, le taux de transmission global est de 2,9% au pays. «Tout n'est pas parfait, concède la Dre Lamarre. On en échappe malheureusement encore. Il peut s'agir de femmes dont le test de dépistage a été négatif, mais qui ont été infectées durant la grossesse ou de femmes séropositives qui ont développé une résistance aux médicaments et dont on n'arrive pas à abaisser la charge virale, ou encore de femmes qui n'ont eu aucun suivi de grossesse et, donc, qui n'ont pas été dépistées.»

«Moins on a de temps devant nous, moins on a de chances que ça fonctionne, explique-t-elle. Chez l'adulte, la trithérapie est habituellement efficace en 24 semaines. «Bien souvent, on n'a pas tout ce temps. Pour compenser, il faut souvent être plus agressif. Si la charge virale ne tombe pas rapidement, on doit ajouter d'autres molécules. C'est une balance difficile à faire: administrer un nouveau médicament à une femme enceinte n'est pas commun et peut être risqué, mais la prévention du VIH prime.» Quand rien n'y fait, la césarienne est alors envisagée, parce que moins risquée.

L'allaitement est totalement contre-indiqué. Même quand la mère est traitée, le risque de transmission est de 14%. «Avec le délire actuel pro-allaitement, c'est très difficile à vivre pour ces mamans, qui font le deuil d'allaiter, se désole la Dre Lamarre. Ces femmes sont stigmatisées. On leur demande sans cesse: "Pourquoi tu n'allaites pas? " Comme la plupart n'ont pas divulgué leur condition à leur entourage, on leur montre à être créatives dans leur réponse. Les gens s'approprient le corps de la nouvelle maman, ils ne lâchent pas facilement.»

Des années 1980 à décembre 2011, le CHU Sainte-Justine a suivi plus de 902 mères séropositives, dont la plupart (716) ont donné naissance à des bébés non infectés. Une cinquantaine de futures mères séropositives sont suivies chaque année. «La majorité des bébés infectés sont aujourd'hui vieux», précise la pédiatre.

Preuve que l'on peut vivre - et non pas seulement survivre - avec le VIH, une dizaine de bébés nés à Sainte-Justine avec le virus, aujourd'hui adultes, sont à leur tour parents. Leurs bébés sont tous non infectés. «Ce sont de belles histoires très touchantes, confie la Dre Lamarre. On voit trois générations, dont une grand-maman et une maman infectées, belles et en pleine forme, et un petit bébé non infecté.»

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