Philanthropie sportive: bouger pour la cause

Les défis sportifs à vocation philanthropique se multiplient... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Les défis sportifs à vocation philanthropique se multiplient au Québec.

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Marcher, courir, rouler, pagayer, grimper... Aucun doute : les défis sportifs au profit d'une cause se multiplient au Québec. Qu'est-ce qui motive les participants ? Et que doit-on savoir avant de se lancer ?

Histoires de coeur

Ils ont en commun d'être touchés de près par une cause. Et pour la soutenir, ils bougent... au sens propre comme au figuré. L'objectif : inspirer suffisamment leur réseau pour qu'il allonge lui aussi quelques dollars. Voici le parcours de passionnés qui se préparent à relever un défi.

SOUTENIR LES AUTRES, PUIS LES SIENS

  • Marc Vallée
  • 40 ans
  • Défi : 10 km à la course de Candiac le 30 avril
  • Activité : Courir pour les familles aux prises avec l'autisme
  • Organisme : Soutien autisme Support (SauS)

Quand Marc Vallée a commencé à courir pour l'organisme Soutien autisme Support (SauS), il y a cinq ans, c'était pour encourager la voisine de ses parents, Audrey Burt, fondatrice de l'organisme communautaire qui offre des services de loisirs aux familles ayant un enfant autiste.

Le hasard a fait qu'après avoir couru trois fois pour SauS, Marc Vallée a appris que son propre fils, Julien, aujourd'hui âgé de 6 ans, avait un trouble du spectre de l'autisme (TSA).

« On a eu le diagnostic de TSA il y a un an et demi. On commanditait déjà la course annuelle organisée par Audrey, mais c'est sûr que le fait d'avoir un garçon autiste, même s'il va à l'école régulière, ça touche une corde sensible. »

Marc Vallée, habitué des demi-marathons, s'entraîne trois fois par semaine. Le défi de 10 km de SauS est évidemment largement à sa portée.

« J'avoue que la course comme telle est un acte égoïste, confie M. Vallée, copropriétaire de trois épiceries IGA. Comme je travaille auprès du public, j'aime me retrouver dans ma bulle. Quand je cours, je pense à mes pulsations-minute, à la côte qui s'en vient, tous mes tracas sont évacués, et l'adrénaline et l'endorphine aidant, pendant une à deux heures, je ne pense qu'à moi. »

MARCHER « COMME PAPA LE FAISAIT »

  • Diana et Carmelina De Vito
  • 49 et 83 ans
  • Défi : marche d'environ 3,5 kilomètres le 28 mai
  • Activité : marcher pour lutter contre l'Alzheimer
  • Organisme : Marche pour la Société Alzheimer

Diana De Vito ponctue son histoire de regards tendres dirigés vers sa mère, Carmelina, assise à ses côtés. La femme raconte comment, en 2004, la maladie d'Alzheimer a pris toute la place dans leur vie. Son père, un homme énergique et volontaire, est mort en 2009 après avoir perdu peu à peu tous ses moyens.

« Ça nous a fait tellement de peine. On ne pouvait pas le sortir de son environnement, parce qu'il était perdu... »

Attristée par l'état de son grand-père, la nièce de Diana, Laura, l'a entraînée dans une marche au profit de la Société Alzheimer en 2008. Une révélation pour Diana, qui s'est sentie d'un coup beaucoup moins seule.

L'année suivante, tout juste après la mort d'Edoardo, toute la famille a emboîté le pas. Depuis, c'est une tradition. Le défi sportif est modeste, même pour Carmelina, qui marche d'un bon pas. Le symbole est toutefois grand : «  [Le 28 mai], on va marcher pour amasser des fonds, mais aussi parce que mon père marchait lui-même beaucoup. Même malade ! On allait se promener ensemble. Il ne parlait pas, mais il marchait ! »

ROULER POUR CEUX QU'ON A AIMÉS

  • Chantale Grenon-Nyenhuis
  • 45 ans
  • Défi : trois jours de vélo à Vaudreuil-Dorion (environ 250 km) du 25 au 27 août
  • Activité : Rouler pour vaincre la SLA
  • Organisme : Société de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) du Québec

La première fois que Chantale Grenon-Nyenhuis s'est engagée à relever le défi de la course « Rouler pour vaincre la SLA », elle avoue avoir eu peur. À raison, car elle a décidé de faire une course à vélo de trois jours en étant très peu entraînée... Malgré tout, en roulant à son rythme, elle a réussi à terminer le tracé de 220 km.

Pourquoi ce défi ? L'entraîneur de hockey de deux de ses garçons (niveaux atome et novice), Dean Stock, a reçu un diagnostic de SLA en 2014. Il avait à peine 37 ans.

« On n'en revenait pas, raconte cette mère de quatre garçons qui habite à Saint-Lazare. C'était un grand athlète, mais surtout un homme très bon, que tous les jeunes estimaient et appréciaient. Il a continué de coacher, malgré la maladie, jusqu'à l'an dernier. Je voulais faire quelque chose pour l'aider, mais je ne savais pas quoi. Quand j'ai su qu'il y avait un défi sportif, je me suis dit que c'est ce que je ferais. »

Cette année encore, pour la troisième fois, Chantale Grenon-Nyenhuis va participer au défi avec son plus vieux, Matthew. Une édition particulière, puisque Dean Stock est mort au mois de septembre 2016.

« Les deux premières fois, c'était facile parce qu'il était toujours en vie, mais je me suis dit que j'allais continuer à soutenir cet organisme et la famille de Dean. »

Mme Grenon-Nyenhuis fait partie d'une cohorte d'une centaine de personnes qui roulent sous la bannière « Équipe Stock ».

BOUCLER LA BOUCLE

  • Michel Ratté
  • 31 ans
  • Défi : un voyage de randonnée de 14 jours au Pérou, le 13 mai prochain
  • Activité : Défi Huma
  • Organisme : LEUCAN, association pour les enfants atteints de cancer

À l'âge de 5 ans, Michel Ratté se présente à l'hôpital avec ses parents. Il a une bosse « grosse comme un oeuf » à l'aine. Le diagnostic ne tarde pas. L'enfant souffre d'un cancer : le lymphome de Hodgkin. Le garçon subit des traitements, d'abord à l'Hôpital de Saint-Jérome, puis au Centre hospitalier Sainte-Justine, à Montréal. C'est là que LEUCAN est venu en aide à la famille. L'organisme apporte à Michel et à ses parents un soutien financier et émotif pendant toute une année. « Sans eux, on aurait vraiment eu du mal à y arriver », raconte l'homme qui est aujourd'hui ambulancier paramédical.

En pleine forme, Michel ressent le besoin de donner à son tour. En 2010, il a amassé des fonds pour l'Hôpital de Saint-Jérôme en s'inscrivant à un voyage caritatif pour gravir le mont Kilimandjaro, en Tanzanie. Et ce printemps, c'est pour LEUCAN qu'il entreprendra une autre randonnée, cette fois au Pérou.

Il s'entraîne en salle et il fait de l'escalade pour s'assurer d'être en forme. Il a aussi fait plusieurs grandes randonnées au cours des dernières années.

« Je ne dois pas arriver là prétentieux, et me dire que ça va être facile. Je pourrais bien revenir la queue entre les jambes ! »

Il prévoit marcher en moyenne entre six et sept heures par journée passée en montagne.

Dans l'immédiat, il consacre beaucoup de temps à la collecte de fonds qui accompagne le défi. Il paie lui-même son voyage, et il s'est engagé à amasser au moins 3000 $ en dons. « Je n'ai pas la prétention d'apporter l'espoir en faisant ce défi après avoir eu le cancer... mais si ça peut amener des gens à ne pas baisser les bras, tant mieux ! »

TROUVER SA VOIE

  • Émilie Brown
  • 35 ans
  • Défi : quatre jours de kayak de Montréal à Québec, du 10 au 13 août (265 km)
  • Activité : Défi kayak
  • Organisme : Jeunes musiciens du monde

En 2016, Émilie Brown a eu envie de relever un défi sportif. Un besoin de dépassement de soi, croit-elle. De changement aussi. Cette jeune maman, séparée depuis quelques années, travaillait alors dans un atelier de menuiserie-charpenterie.

Un peu de spinning et de musculation auront suffi à sa préparation physique. En quelques mois, elle a amassé les 2000 $ nécessaires pour participer au défi organisé par Jeunes musiciens du monde, qui offre au Québec une formation musicale gratuite à des enfants issus de milieux défavorisés.

Comment a-t-elle vécu ce voyage Montréal-Québec en kayak ? « C'était très excitant », répond Émilie Brown. 

« De voir 150 kayaks partir en même temps, dans un esprit de groupe, c'était vraiment beau. Quand on pagaie, on est dans l'instant présent, le temps est suspendu. C'est inspirant. »

À son arrivée à Québec, quatre jours après son départ, elle a pleuré. « J'étais pas la seule ! se défend-elle. Il y a un sentiment de fierté extraordinaire. En même temps, c'est le signal de la fin de l'aventure, c'est un retour à la réalité. »

Y a-t-il eu un avant et un après ? « Oui ! répond Émilie Brown. D'abord, j'ai rencontré celui qui est devenu mon amoureux. Et puis, ç'a été un tremplin pour moi puisque j'ai repris mes études à l'université en architecture de paysage ! Je me suis dit : "j'ai réussi le défi, je suis capable de faire ça." »

À savoir avant de se lancer

La sensibilité à une cause et l'attrait du dépassement de soi suffisent bien souvent à mobiliser les participants. Pour un défi sportif réussi, quelques questions s'imposent toutefois avant le départ.

LA FORME PHYSIQUE

Kinésiologue et porte-parole chez Nautilus Plus, Karine Larose côtoie régulièrement des sportifs en quête de défis. « L'inscription à un événement de ce genre est très motivante pour une personne qui décide de se prendre en main ou qui veut aller plus loin », constate-t-elle. Lorsque l'on plonge dans pareille aventure, l'accompagnement par un professionnel n'est pas un luxe, précise-t-elle. « L'idée, c'est de se préparer adéquatement. On part chacun avec une condition physique de base, et avec des particularités uniques. Il faut demander une évaluation de notre condition physique et éviter de se fier à notre bon ami qui nous dit ce qui a fonctionné pour lui », explique-t-elle. L'idée est aussi de savoir si, oui ou non, un défi est à notre portée.

LA PRÉPARATION

Et avec le bon programme d'entraînement, est-ce que tous les défis sont réalisables ? « Est-ce qu'on peut s'inscrire à n'importe quoi ? Oui, souvent. Tout dépend du temps, qui te sépare de l'événement et d'où tu pars. Chose certaine, on doit s'accorder suffisamment de temps pour préparer son corps à l'événement », fait remarquer Karine Larose. Même une course de 10 km demande généralement entre 12 et 16 semaines de préparation, expose-t-elle. Là encore, un programme d'entraînement permet d'éviter les déceptions. « Il faut juste être conscient qu'on ne se revire pas sur un 10 cents. On ne veut pas réussir l'objectif et ensuite s'écrouler au sol. Il faut que ce soit agréable de le faire et de sentir que l'on peut profiter du moment. »

LES ASSURANCES

Pour les défis plus importants, les organismes offrent généralement un service d'assurances pour les soins médicaux, mais aussi une évacuation d'urgence, entre autres. Chaque participant doit toutefois vérifier qu'il est bien protégé. L'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes rappelle que les assurés ont l'obligation de déclarer à l'assureur les circonstances qui « aggravent les risques ». Mieux vaut alors parler franchement du défi que l'on compte réaliser. « De plus, les activités communes comme le vélo, la natation, la randonnée sont couvertes par la très grande majorité des polices, mais l'escalade, la plongée ou le delta-plane, par exemple, ne le sont pas », ajoute Suzie Pellerin, vice-présidente adjointe de l'association. Les activités non couvertes se retrouvent généralement dans la section « Exclusions » du contrat.

LA COLLECTE DE FONDS

La majorité des défis sportifs caritatifs demandent aux participants de payer des frais d'inscription pour assurer l'organisation de l'événement. Les sportifs se fixent ensuite des objectifs de dons et ils sollicitent leur réseau au nom de l'organisme. Pour les défis plus ambitieux, toutefois, des frais d'inscription élevés s'ajoutent à une collecte obligatoire. Pour une grande randonnée en pays étranger, par exemple, un participant peut devoir s'engager à payer des milliers de dollars pour couvrir les frais du voyage, et amasser en plus un montant prédéterminé en dons (souvent de l'ordre de milliers de dollars). Les conditions sont généralement très claires dès le départ.

ET OÙ VA L'ARGENT ?

Les frais d'inscription à un défi sportif caritatif permettent de payer, en partie ou en totalité, pour l'organisation de l'événement : l'animation, les vêtements promotionnels, la sécurité sur le site... Cependant, chaque organisme reconnu doit publier un bilan financier. Le grand public peut d'ailleurs consulter ces informations sur le site de l'Agence du revenu du Canada. On y trouve des informations sur les sources de revenus, mais aussi sur les dépenses. « Quand on n'est pas vraiment certain du sérieux d'un organisme, c'est un bon moyen de faire des vérifications », conseille Sylvain Lefèvre, directeur scientifique du PhiLab, le Laboratoire montréalais de recherche sur la philanthropie canadienne, à l'UQAM.

ET SI ÇA NE FONCTIONNE PAS ?

Après tous les efforts de préparation et après avoir sollicité des proches à plusieurs reprises, une certaine pression pèse sur les épaules des participants à un défi sportif. « Une fois rendu sur place, il est important de s'écouter, rappelle Karine Larose, kinésiologue. Oui, il y a l'orgueil, mais il faut quand même savoir s'arrêter si c'est nécessaire. L'objectif est quand même que ce soit un événement positif ! » Il arrive aussi que les participants ne parviennent pas à amasser suffisamment de dons pour recueillir la somme minimale exigée par les défis plus ambitieux. Les dons amassés sont tout de même versés à l'organisme, mais il importe de s'informer dès le départ des modalités de remboursement des frais de voyage si l'on doit renoncer à une participation.

Un véritable engouement

Les activités sportives caritatives ont le vent dans les voiles. « Les gens donnent de moins en moins juste pour donner. Il faut qu'ils vivent quelque chose. Il faut qu'il y ait une expérience. Le défi sportif répond à ce besoin », constate Fannie Valois-Nadeau, docteure en communication et chercheuse dans le domaine de la philanthropie.

Il n'existe aucune donnée sur le nombre d'activités sportives pour amasser des dons au Québec, mais Mme Valois-Nadeau est formelle : ce type de financement est en nette croissance. « Les grandes fondations prennent de plus en plus ce virage-là, souligne-t-elle. Ou du moins, elles ajoutent les défis sportifs à leur mode de fonctionnement traditionnel. »

Mais qu'est-ce qui fait ainsi courir les organismes ? « Il y a la compétition sur le plan sportif, mais il y a aussi la compétition sur le plan des dons. Très souvent, quand on veut soutenir une cause, il faut aller chercher une " armée " de donateurs », fait-elle remarquer.

De plus, pour un défi sportif, les participants publicisent leur engagement sur les réseaux sociaux. Ils s'expriment sur leur entraînement, prennent des photos, détaillent leur motivation, soulignent leurs victoires... Tout ce battage autour d'une cause sensibilise les proches du participant, et change le visage de la problématique.

« On ne voit plus nécessairement que le négatif autour du cancer ou de la pauvreté, par exemple : on véhicule ainsi une image positive à travers le défi sportif, et ça, c'est important pour les organismes », explique Sylvain Lefèvre, directeur scientifique du PhiLab (le Laboratoire montréalais de recherche sur la philanthropie canadienne), à l'Université du Québec à Montréal.

Le professeur va plus loin. Pour les participants directement touchés par une cause, l'événement caritatif sportif permet l'action, dans un moment où l'attente peut être insoutenable. « Pour la lutte contre le cancer du sein, on va marcher un certain nombre de kilomètres. C'est une manière de mesurer de la performance collective philanthropique, expose-t-il. On a besoin de se montrer qu'on avance. Parce que c'est très compliqué de se dire qu'on lutte contre le cancer ! C'est impalpable ! »

La solution semble parfois si lointaine, ajoute-t-il, « que pour se motiver collectivement, on est obligés de se créer une représentation pour dire que ça bouge ! C'est ce qui nous met en mouvement ».

Soutien collectif

Pour Diana De Vito et sa famille, la participation à la Marche de la Société d'Alzheimer est un moyen d'encourager la recherche, mais aussi d'échanger avec des participants qui vivent ou qui ont vécu le même drame qu'eux. Le père de Mme De Vito, Edoardo, est mort en 2009, cinq ans après avoir reçu un diagnostic de maladie d'Alzheimer. « Je suis arrivée là-bas, à ma première marche, en 2008, et je me suis rendu compte qu'on n'était pas seuls. On vivait avec la maladie chez nous, isolés. De voir d'un coup à quel point il y a de familles dans la même situation... je me suis sentie comprise. »

Sylvain Lefèvre souligne lui aussi cette solidarité issue des grands rassemblements. « Oui, c'est une mise en scène avec de grosses ficelles, qu'on peut décrire de manière un peu cynique, mais en même temps, elle a une efficacité cette chorégraphie, affirme-t-il. Ça fonctionne ainsi : je vois les autres se mobiliser, et moi-même je me mobilise. Et ça marche. »

Les limites de l'événement sportif

L'organisation d'un grand événement sportif vient toutefois avec une facture... qui peut être salée. « Ça coûte quelque chose, quand même, fait remarquer Fannie Valois-Nadeau. C'est un gros party qui permet d'amasser de l'argent, mais il faut que tu t'assures qu'à la fin, tu seras capable de dégager une certaine somme. Ça peut être difficile pour les plus petits organismes. »

La chercheuse ajoute que la visibilité des grands événements caritatifs leur octroie par la suite un certain pouvoir politique.

« Oui, c'est pour donner de l'argent, mais la marche, c'est un bassin de personnes qui portent une cause publiquement. Et pour obtenir cette visibilité, ça prend de l'argent. »

Un risque financier que les plus petits organismes hésitent à prendre, à moins d'obtenir le soutien de grandes entreprises, ne serait-ce que pour créer une structure informatisée pour recueillir les fonds. « Ça peut être très complexe pour les plus petits acteurs, note Mme Valois-Nadeau. Ils vont alors organiser de petits événements, sans toutefois être très visibles. »




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