Des adultes sur roulettes

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Souvent associé à l'adolescence, le skateboard rallie de plus en plus d'adultes qui, parfois motivés par leurs enfants, mettent leur orgueil de côté pour apprendre à rouler sur quatre roulettes.

C'est un mercredi soir ensoleillé et Pablo Vasquez arrive avec assurance dans le grand parc de planche à roulettes extérieur situé derrière le Taz, avenue Papineau, à Montréal. Au milieu de gens qui pratiquent le sport depuis belle lurette, l'homme détonne. À 40 ans, il fait de la planche depuis seulement deux ans.

C'est un oiseau rare dans ce milieu de haute voltige. Les planchistes âgés de plus de 30 ans se trouvent aisément, mais la plupart d'entre eux ont apprivoisé le sport quand ils étaient adolescents ou même enfants.

«Je n'avais pas l'intention d'en faire», admet l'ingénieur. Dans la famille, c'est son fils de 10 ans qui a commencé à faire de la planche. «J'ai vraiment tripé à voir son progrès. J'ai essayé un peu son skate et j'ai beaucoup aimé le sentiment de glisse.»

Dès qu'on lui parle des gens qui découvrent la planche à roulettes tardivement dans leur vie, Stéphane Vallée les décrit à la blague comme ceux qui «ont pris trop de temps avant de commencer».

«Je n'ai pas fait d'étude démographique, mais je pense qu'on va voir de plus en plus d'adultes de 35 à 45 ans commencer à en faire dans les prochaines années», dit Stéphane Vallée, associé du Spin Skatepark, situé dans le quartier DIX30.

«Les gens ont leurs enfants dans la trentaine et quand leurs enfants commencent à en faire, papa et maman ont envie d'en faire aussi.»

C'est exactement ce qui s'est passé pour Pablo Vasquez. «Ce sport me permet de décrocher de tout et il n'y a rien qui me procure la même sensation que le skate. Je suis toujours à une seconde de me faire mal, donc il faut que j'aie une bonne concentration», dit-il.

Comme dans de nombreux autres sports, les chutes font partie intégrante de l'apprentissage. «En vieillissant, quand on se fait mal, ça nous tente moins de remonter», constate Stéphane Vallée, du Spin Skatepark.

Des côtes fêlées et une main qui s'est retrouvée bien enflée n'ont pas empêché Pablo Vasquez de remonter sur sa planche, inspiré par ses enfants Maya et Manolo. «Au début, mon orgueil en a pris pour son rhume. Mais je me suis dit que je ne deviendrais pas le meilleur au monde...»

À 40 ans, pourtant, il se débrouille honorablement. «Le skate, c'est de l'entêtement. Il n'y a pas d'autre mot que ça. Tu peux répéter un truc 50 fois avant de le réussir...» Comme celui qu'il essaie de faire depuis un an et qu'il ne peut toujours pas réaliser.

Prendre le temps

Apprendre à faire de la planche quand on est un peu plus vieux a de bons côtés, dit pour sa part Frédérique Luyet. À 31 ans, elle a 15 ans de pratique derrière elle.

«Les adultes prennent davantage leur temps pour apprendre, réfléchissent plus, se fixent des objectifs. Une personne qui est un minimum sportive va être capable de faire des trucs de base. Mais c'est certain qu'il faut aussi apprendre à tomber», dit celle qui donne des cours aux petits, comme aux grands, au complexe Taz.

Bien que le milieu peut donner à penser qu'il a ses codes réservés aux initiés, les nouveaux venus sont bien accueillis, peu importe leur âge. «Il n'y a pas de jugement qui se porte. Il y a des gens qui disent qu'ils aimeraient mieux rider quand il n'y a pas beaucoup de monde autour, mais quand les gens voient que tu es débutant et que tu réussis des choses, ils sont contents pour toi. On est loin du "t'as pas d'allure, t'es poche"», observe Jean-François Gagnon, responsable du service à la clientèle au Taz.

Un encouragement qui semble faire effet. Selon Stéphane Vallée, du Spin, les adultes qui s'initient au skateboard y prennent rapidement goût. «Ceux qui s'essaient pour vrai continuent à 90 % d'en faire», dit-il. À 40 ans, Pablo Vasquez dit qu'il est la «preuve vivante» qu'on peut commencer à tout âge. «Il faut y aller à son rythme et ne pas presser les choses. Le but, c'est d'avoir du fun, pas de se casser quelque chose.»

Suivre des cours

Envie d'avoir un petit coup de pouce pour monter sur une planche pour la première fois? Les enfants bénéficient de cours de groupe à plusieurs endroits, mais ce sont le plus souvent des cours particuliers qui sont proposés aux adultes.

Taz

Situé sur l'avenue Papineau, dans l'arrondissement d'Ahuntsic, le Taz offre des séances privées à 45 $ l'heure. À ce prix, la planche, l'équipement de protection et l'entrée pour la journée sont inclus. Des cours parents-enfants sont aussi offerts au même prix.

Spin Skatepark

À Brossard, le Spin Skatepark offre des cours particuliers aux adultes. Une séance coûte 50 $ l'heure, ce qui inclut la planche et l'équipement de protection. On peut ensuite passer la journée à s'exercer sur place.

Frédérique Luyet au P45, un parc de planches... (PHOTO CHARLES LABERGE, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE) - image 2.0

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Frédérique Luyet au P45, un parc de planches à roulettes extérieur construit par un groupe de planchistes bénévoles.

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Des endroits où s'exercer

On a appris lundi que l'Esplanade du Parc olympique sera dotée dès l'été prochain d'un tout nouveau parc de planche à roulettes accessible gratuitement. En attendant l'ouverture de ce nouvel espace, qui comptera une vingtaine de modules de béton et deux quarts de rampe, il y a tout autour de la métropole et ailleurs au Québec des endroits où on peut aller s'exercer dehors pendant la belle saison. Avant de s'élancer, Frédérique Luyet conseille de bien s'équiper. «On achète une vraie planche, pas un truc de forme bizarre avec de grosses roues. Et il ne faut pas hésiter à mettre l'équipement de protection, dont le casque. Plus tu vieillis, plus tu es raide, plus ton centre de gravité est haut», prévient celle qui enseigne la pratique de la planche.

Montréal (Verdun): Parc Arthur-Therrien

Voilà un espace qui a fait parler de lui l'été dernier, après que le maire de l'arrondissement ait inventé de toutes pièces un accident pour «donner une leçon» à un conseiller municipal. Officiellement inauguré à la fin du mois de mai et librement inspiré d'un jeu vidéo, le parc comporte quatre aires différentes, comme autant de parcs différents.

Repentigny: Parc Maurice-Richard

Situé directement dans la cour d'une école secondaire, ce parc tout bétonné de 1400 m2 a été inauguré il y a trois ans.

Montréal: P45

Juste derrière le Taz, le P45 a été créé à l'initiative d'une poignée de planchistes qui ont bâti eux-mêmes le parc. Les novices y trouveront moins leur compte, mais pourront s'inspirer des prouesses de ceux qui y pratiquent le sport. Oui, on peut défier la gravité à ce point.

Québec: Parc Victoria

De l'avis de plusieurs de ceux à qui nous avons parlé, il s'agit de l'un des plus beaux parcs extérieurs du Québec. Inauguré en 2011, il a été réalisé grâce à un investissement de 1,4 million et plaira aux débutants comme aux plus aguerris.

Maya Vasquez, 8 ans, ne laisse pas sa... (PHOTO CHARLES LABERGE, COLLABORATION SPÉCIALE LA PRESSE) - image 3.0

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Maya Vasquez, 8 ans, ne laisse pas sa place dans un parc de planches à roulettes.

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Du skate et des filles

Il suffit de s'approcher de n'importe quel parc de planche à roulettes pour le constater: les filles qui pratiquent le sport sont minoritaires.

Frédérique Luyet est la fondatrice des Vagabonnes, un groupe de filles qui se réunit au gré des invitations lancées sur Facebook pour faire de la planche. Né il y a deux ans, le groupe a comme objectif de réunir les filles, mais aussi de former une relève.

«Ça fait longtemps que je fais du skate et j'ai assez de personnalité pour prendre ma place dans un parc. Mais des fois, ça peut être intimidant», concède Frédérique Luyet.

En 15 ans de pratique, elle a vu l'attitude des planchistes changer.

«Souvent les gars trouvent ça cool de voir des filles qui rident. Plus il va y avoir de filles qui font du skate pour le fun et qui vont aimer ça, mieux ça va être.»

Les remarques désobligeantes à son égard se font beaucoup plus rares qu'avant.

Les mercredis en soirée, les Vagabonnes se réunissent au Taz, qui ouvre ses portes gratuitement aux filles de tous âges. «Il y a environ deux ans, on était quatre ou cinq filles et on trouvait qu'on était beaucoup.» Il y a quelques semaines, il fallait voir Frédérique Luyet jubiler en regardant le nombre de filles qui avaient répondu à l'appel du mercredi soir. Il faisait beau et elles étaient près d'une vingtaine à rouler derrière le Taz.

Selon Frédérique Luyet, le sport se conjugue assurément au féminin. «La planche, c'est un sport créatif, social, qui permet de mettre sa personnalité de l'avant. Ce n'est pas chorégraphié, tu peux développer ton propre style. Et puis ça donne de la confiance en soi.»

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