Course à pied: le marché est saturé

Pas moins de 128 événements chronométrés ont été... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Pas moins de 128 événements chronométrés ont été organisés au Québec l'an dernier.

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L'engouement envers la course à pied a explosé au cours des dernières années et nombre d'organisations ont flairé la bonne affaire. Résultat : le nombre d'événements en course à pied au Québec a triplé en cinq ans. Beaucoup le constatent : le marché est désormais saturé.

Événements cherchent coureurs

Alors que le nombre d'événements en course à pied continue de progresser, le nombre d'adeptes, lui, tend à se stabiliser. Résultat : les organisations se disputent les coureurs. Explications.

Des classiques en recul

En 2015, la Classique du parc La Fontaine, doyenne des courses à pied au Québec, a enregistré une baisse de 21 % du nombre de coureurs qui ont franchi le fil d'arrivée (« finissants »). La baisse a été similaire au Marathon de Québec, qui organisera l'an prochain sa 20e édition.

Et ce ne sont pas les seuls événements à avoir constaté un recul du nombre de participants l'an dernier : ç'a été le cas pour 128 événements chronométrés au Québec, selon le site iskio.ca, qui compile les statistiques des courses chronométrées. À titre de comparaison, en 2013, seuls 26 événements constataient un recul.

Le Tour du lac Brome - une autre pionnière - a aussi accueilli un peu moins de participants qu'en 2014 (- 10 %). Mais que se passe-t-il dans le monde de la course à pied ? « Il y a trop d'offres », résume Éric Fleury, coorganisateur des Courses thématiques, qui incluent le Tour du lac Brome et la Coupe DIX30.

Encore de nouvelles courses

En 2015, pas moins de 162 nouveaux événements de course (incluant les courses à pied, mais aussi les trails, les courses à obstacles et autres) ont été organisés au Québec, selon le site iskio.ca. Le nombre total d'événements a ainsi atteint 834, dont 550 en course à pied. En 2010, on en comptait moins de 300.

Les nouveaux venus (qui étaient cependant moins nombreux en 2015 qu'en 2014) ajoutent une couche de pression de plus dans un marché qui semble désormais saturé.

« On voit certaines villes qui, il y a quelques années, cherchaient des événements, et qui cherchent aujourd'hui à limiter le nombre de courses parce qu'elles ont beaucoup trop de demandes », constate Éric Fleury, des Courses thématiques.

Fondations et sociétés privées à l'affût

Mais d'où viennent ces nouvelles courses ?

D'abord, note Réjean Gagné, fondateur du site iskio.ca, les fondations sont nombreuses à avoir troqué leur traditionnel tournoi de golf pour une course à pied, un sport plus en vogue.

Alors que les courses étaient jadis la chasse gardée des clubs de course, des sociétés privées - comme les Courses gourmandes - font désormais partie du portrait, marketing à l'appui. Certaines courses - dont des Courses gourmandes - ont d'ailleurs réussi en 2015 à hausser leur participation de façon notable.

«À partir du moment où une entreprise organise une course, elle a des employés, et pour payer leur salaire, il faut qu'elle organise des courses à longueur d'année.»

Réjean Gagné
Fondateur du site iskio.ca

Enfin, dit-il, le rôle de Mountain Equipment Co-op, qui organise des courses à 15 $ dans un effort de marketing, n'est pas à négliger. « Ça rajoute quand même une quinzaine de courses dans la région de Montréal », dit-il.

L'offre va-t-elle se stabiliser cette année ? Pour 2016, Réjean Gagné recense déjà une quarantaine de nouveaux événements.

« Quand des organisateurs communiquent avec moi pour me dire qu'ils organisent de nouvelles courses, je dis : "Ah oui ? Vraiment ? Tu es sûr ?" On voit que les organisateurs se disputent le même public cible. »

Un plateau dans la pratique

Et ce public cible n'est pas éternellement élastique. Le nombre de « finissants » aux courses chronométrées a continué de progresser en 2015, mais de façon plus modeste que les trois années précédentes, révèlent les statistiques du site iskio.ca.

Augmentation du nombre de « finissants » à des courses chronométrées

+40%
2012
+46%
2013
+20%
2014
+6%
2015

« Ce qui est peut-être le plus probable, croit Réjean Gagné, c'est que l'augmentation des dernières années était due au fait que beaucoup de gens ont fait beaucoup de courses, parce que c'était tout neuf. Là, on revient peut-être à une croissance un peu plus naturelle de la chose. »

Réjean Gagné tient toutefois à souligner que des coureurs sortent de son radar : ceux qui courent pour le plaisir, sans participer à des événements organisés, et ceux qui prennent part à des courses non chronométrées (qui sont, elles aussi, de plus en plus nombreuses).

Là pour durer?

Éditeur du magazine KMag, Pierre Hamel croit lui aussi qu'on atteint un plateau, au Québec, en matière de nombre de coureurs. Le nombre d'heures que les lecteurs de KMag consacrent à la course à pied est aussi relativement stable depuis deux ans, constate-t-il, en se basant sur les sondages réalisés auprès de son lectorat.

« Dans les boutiques aussi, on voit que ça va bien, mais on a atteint un plateau, dit-il. Je le vois aussi avec le magazine, quand je fais mes approches auprès des annonceurs. C'est le même phénomène, je pense. »

Peut-on s'attendre, dans les prochaines années, à une baisse de la popularité, comme ç'a été le cas dans la deuxième moitié des années 80 avec la course à pied ou encore avec le vélo de montagne dans les années 90 ? Les intervenants à qui nous avons parlé pensent au contraire que la popularité de la course à pied va se maintenir.

La base de pratique de la course à pied est plus solide aujourd'hui qu'elle ne l'était dans les années 80, croit Laurent Godbout, responsable des communications à la Fédération québécoise d'athlétisme. « Je pense qu'il y a pas mal plus de gens aujourd'hui qui courent pour être en forme et pour mieux jouir de la vie », dit-il.

« La grande qualité de la course à pied, c'est que tu peux faire ça partout, ça ne coûte pas cher, et c'est facile, rappelle Pierre Hamel. Ces qualités-là vont toujours demeurer. »

Quelques tendances

Si le nombre de coureurs au Québec semble se stabiliser, « au sein de la course à pied, par exemple, il y a des créneaux qui bougent », note Pierre Hamel, éditeur de KMag. Voici quelques tendances qui ressortent des statistiques du site iskio.ca.

En hausse

Courses à obstacles

Lancées essentiellement en 2012, ces courses ont compté 65 000 « finissants » l'an dernier dans les quelque 80 événements chronométrés. Et bon nombre de courses à obstacles ne sont pas chronométrées...

Courses en pleine nature (trail)

Il y a eu peu de nouvelles courses, mais 2000 « finissants » de plus qu'en 2014.

5 km

On a enregistré quelque 92 000 participations en 2015, une hausse de 14 % par rapport à 2014.

Courses de 1 km, 2 km et 3 km

Prisées par les enfants et les adolescents, elles ont accueilli 5500 « finissants » de plus.

Courses de 15 km et de 30 km

Leur offre augmente, les participations aussi (+ 45 % pour le 15 km, + 7 % pour le 30 km).

Quatre saisons

Un nombre croissant de coureurs participent à des événements organisés pendant les quatre saisons.

Les femmes

Majoritaires dans les courses de 5 km et de 10 km, les femmes composent désormais 55 % du nombre total de « finissants ». En 2009, elles formaient à peine 40 %.

En baisse ou stable

Marathon

Quelque 800 personnes de moins ont franchi la ligne d'arrivée d'un marathon en 2015, une baisse de 14 % au Québec. Le constat est le même ailleurs au Canada.

Demi-marathon

En 2015, le nombre de « finissants » a légèrement diminué (- 1 %), même si on comptait 10 demi-marathons de plus qu'en 2014.

10 km

Deuxième distance pour la popularité après le 5 km, le 10 km a attiré un nombre similaire de participants.

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