L'escalade, un sport en pleine ascension

Un grimpeur s'essaie à résoudre un problème d'escalade... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Un grimpeur s'essaie à résoudre un problème d'escalade de bloc chez Horizon Roc.

Photo Alain Roberge, La Presse

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L'escalade est de plus en plus populaire au Québec et au Canada. L'escalade de voie, qui se pratique avec des cordes, mais aussi, et surtout, celle de bloc, qui séduit les foules par son côté accessible. Portrait d'une discipline en pleine montée.

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Longtemps, l'escalade a été un sport réservé aux initiés, un peu underground, marginalisé. Mais le sport s'est énormément démocratisé avec l'apparition de centres d'escalade offrant des infrastructures pour les débutants et également grâce à la popularité grandissante de l'escalade de bloc. 

Horizon Roc est le premier centre d'escalade à avoir vu le jour à Montréal en 1994, et il compte aujourd'hui parmi les plus grands centres au monde. On peut autant y pratiquer l'escalade de voie, de vitesse, que de bloc. Sa cofondatrice, Maria Izquierdo, qui est très engagée au sein du Climbing Escalade Canada (CEC) et de la Fédération internationale d'escalade (IFSC), a vu la discipline évoluer et s'organiser au fil des ans.

« Lorsqu'on a construit notre première salle, les centres d'escalade s'adressaient surtout à des grimpeurs expérimentés qui voulaient continuer à s'entraîner lors des périodes où ils ne pouvaient grimper à l'extérieur. Dès le départ, nous avons voulu donner à Horizon Roc une vocation d'initiation et adapter l'espace aux débutants, pour qu'ils ne se sentent pas exclus. »

Diplômée en éducation physique et issue du monde très organisé de la gymnastique, Mme Izquierdo a découvert à ses débuts dans le milieu un univers peu structuré, où tout était, somme toute, à construire.

« Je voyais le potentiel immense de ce sport et ses possibilités, un sport exceptionnel, une liberté avec un cadre qui était adapté à tout le monde, mais qui n'était pas vu comme cela », se souvient-elle. Cela fait d'ailleurs à peine sept ans qu'il existe au Québec un volet compétitif structuré avec la Coupe Québec.

L'ESSOR DU BLOC

L'escalade a beaucoup évolué depuis les années 80 et 90. Un des grands changements est sans aucun doute le développement de la discipline du bloc, une forme d'escalade qui se fait près du sol, à un maximum de 4 m de hauteur, sans corde et qui nécessite peu d'équipement.

« Il y a environ 10 ans, les compétitions de bloc sont devenues hyper populaires et une pratique s'est développée. Depuis, la popularité du bloc n'a cessé d'augmenter », affirme Maria Izquierdo fondatrice d'Horizon Roc.

Créé à l'origine par des grimpeurs de voie qui voulaient pratiquer leurs mouvements à une distance sécuritaire du sol, le bloc a rapidement évolué en une discipline à part. Contrairement à l'escalade de voie, qui demande fluidité, finesse et endurance, le bloc fait appel à une gestuelle différente, plus dynamique et rapide, qui nécessite force, explosivité et intensité.

En bloc, les grimpeurs doivent résoudre des « problèmes » en escaladant une série de prises disposées sur des installations présentant diverses inclinaisons. Pour augmenter le niveau de difficulté, on peut aussi apposer aux murs des « modules ». « La nouvelle tendance, c'est d'ajouter des modules pour changer la configuration de l'espace, ajouter du relief. Aujourd'hui, certains problèmes ne comptent presque plus de prises et juste des modules », détaille-t-elle.

D'ailleurs, Horizon Roc, qui compte une équipe de compétition adulte et une junior, a organisé la première compétition de bloc au Québec, en 1997. Le Défi du Bloc, qui compte pour cette 15e édition un volet compétitif junior et une partie senior récréative, se déroulera le 13 décembre prochain et constitue une étape de la Coupe Québec Junior.

BIENTÔT AUX OLYMPIQUES ?

La discipline risque d'entrer prochainement dans une nouvelle ère. « L'escalade va très probablement être aux Olympiques d'été de 2020, à Tokyo. Elle fait partie des nouvelles disciplines recommandées par le comité organisateur olympique [CIO] et nous sommes en attente de leur confirmation officielle. L'annonce sera faite à Rio, mais ça devrait être une formalité », affirme Mme Izquierdo, qui suit l'affaire de près grâce à son implication au sein du CA de la Fédération internationale d'escalade.

Le bloc devrait d'ailleurs être très bien représenté aux Olympiques, puisque la recommandation du CIO est d'ajouter le « combiné », alliant les trois disciplines de l'escalade, qui ont chacune leurs particularités : l'escalade de vitesse, le « lead » (escalade de voie) et le bloc. Ce sera donc le meilleur grimpeur dans les trois disciplines qui obtiendra une médaille.

Si l'escalade devient un sport olympique, plusieurs éléments changeront. La reconnaissance du sport, l'engouement des jeunes, le développement du volet compétitif (déjà en pleine expansion), mais aussi son financement. «  Nous sommes en processus pour obtenir du financement de Sport Canada. Cela changera beaucoup de choses ! Nous espérons envoyer une belle délégation à Tokyo en 2020 ! », conclut Mme Izquierdo.

L'escalade en chiffres

25
millions
grimpeurs à travers le monde
13 000
grimpeurs enregistrés au Canada
50%
augmentation du nombre de centres d'escalade à travers le monde entre 2007 et 2012
1985
première compétition de la Fédération internationale d'escalade
81
pays représentés aux événements internationaux
17
championnats du monde en 2015

Sources : IFSC et CEC

UN ENTRAÎNEMENT SPÉCIFIQUE

L'essor du volet compétitif pousse les grimpeurs à compléter leurs moments passés à grimper par des entraînements adaptés à la pratique, afin d'améliorer leurs performances. Un élément qui n'est pas encore ancré dans les moeurs de tous les grimpeurs, mais qui commence à se développer. Trois mots-clés.

RÉPÉTITION

Une des caractéristiques de l'escalade, c'est qu'un grimpeur ne fait jamais le même mouvement deux fois de suite. L'entraînement permet de se mettre dans un contexte de répétition et de développer les muscles d'une façon plus globale. De plus en plus, les centres d'escalade mettent à la disposition de leurs clients des espaces réservés à l'entraînement, avec des murs inclinables à différents degrés où le grimpeur peut faire des mouvements de façon répétitive pour améliorer certaines caractéristiques physiques.

PRISES

Les nouveaux grimpeurs vous le diront : la partie du corps qui souffre le plus après une séance d'escalade, ce sont les mains ! Il faut donc travailler les mains et les doigts pour les muscler et améliorer leur préhension, pour ainsi être en mesure de s'agripper aux prises plus difficiles. Pour ce faire, les centres d'escalade proposent aux grimpeurs des murs ou poutres de prises de taille et forme variables.

BLESSURE

Chaque grimpeur ayant ses forces et faiblesses, certains vont travailler en finesse et de façon individuelle, avec l'aide d'un kinésiologue, pour éviter les blessures. Ce dernier pourra cibler notamment les muscles stabilisateurs et antagonistes, en développant des muscles pour venir compenser un côté trop fort, par exemple.

POUR L'AMOUR DU BLOC

Ouvert il y a un peu plus d'un an et demi par quatre amis passionnés d'escalade, Bloc Shop est un centre d'escalade consacré exclusivement au bouldering. Sa popularité est telle que l'endroit doublera de superficie en janvier prochain, pour atteindre 20 000 pi2. Nous avons rencontré trois des quatre fondateurs de l'endroit la semaine dernière, pour jaser bloc.

Quelle est la base de l'escalade de bloc ?

Fred Charron : Jouer ! C'est très simple, ça ressemble à grimper un arbre. Il y a des branches, tu dois décider quelle branche utiliser ou pas et comment prendre la branche suivante. C'est un peu plus complexe que ça parce que lorsqu'on pose des prises sur les murs, on se pose des questions et on essaie de rendre les mouvements intéressants. Il y a beaucoup d'essais et erreurs et c'est comme ça qu'on apprend !

Cloé Legault : C'est vrai que jouer, c'est la clé ! C'est pour ça que les enfants sont si bons, ils ne se posent pas de questions et font juste progresser sur les prises. Il y a d'ailleurs beaucoup de familles qui viennent grimper ici.

Pourquoi le bloc est-il si populaire ?

Cloé : C'est une discipline qui est très accessible : tu n'as pas besoin de partenaire pour t'assurer, il n'y a pas d'équipement, c'est super simple, il n'y a pas d'attente pour une voie... Le rythme est très différent de l'escalade de voie et c'est très social comme sport. Les gens arrivent ici seuls, mais ils grimpent en groupe même s'ils ne se connaissaient pas en arrivant. C'est fantastique !

Nicolas Charron : Je ne dirais pas que le bloc est plus populaire que l'escalade de corde. Il y a peut-être plus de gens qui font du bloc aujourd'hui parce qu'il y a davantage d'endroits qui offrent du bloc, tout simplement. Mais c'est certain que la barrière à l'entrée est moins là, puisqu'on n'a pas besoin de cours avant de débuter, qu'on peut amener des amis. Il y a un côté social et ludique qui est plus présent dans le bloc.

Il y a quelques règles de sécurité ?

Cloé : Oui, mais c'est très simple : ne pas passer sous les grimpeurs et ne pas marcher sur les matelas. On va aussi montrer aux gens comment tomber en faisant un test de chute à mi-hauteur, pour savoir comment absorber le choc. Une personne qui arrive ici pour la première fois, après 10 minutes, elle est prête à s'amuser.

Et quel est l'équipement nécessaire ?

Fred : Des chaussons d'escalade et de la craie pour empêcher les mains de glisser. Pour venir t'entraîner ici, tu n'as besoin que de tes chaussons (on en loue, aussi !) et de vêtements. On a décidé d'offrir la craie, car c'est assez salissant à traîner avec soi !

En bloc, on parle de « problèmes » à résoudre. D'où vient ce terme ?

Nicolas : De John Gill, un mathématicien qui était aussi gymnaste. Il faisait de l'escalade et a commencé à faire de l'escalade de bloc par lui-même. Il créait des « rock problems » et cotait leur difficulté avec son propre système de cotation. C'est aussi lui, d'ailleurs, qui a amené la craie à l'escalade... et aussi sa forme physique. Il a été un maillon important dans l'escalade de bloc.

Sur vos murs, il y a plein de prises aux couleurs différentes. Que signifient-elles ?

Cloé : C'est un système de cotation ; les couleurs indiquent les niveaux de difficulté des problèmes, de V-0 à V-12. Ici, il n'y a pas de section difficile ou facile et il y a un nombre égal de problèmes pour chaque niveau. Il y en a pour tout le monde.

Et ces problèmes, ils changent souvent ?

Fred : Ici, deux fois par semaine, on va refaire une grosse section. On fait le tour du gym en cinq semaines. Le but est d'offrir de la nouveauté aux gens, sans changer trop vite non plus.

Nicolas : C'est comme une télésérie, les gens veulent du nouveau ! Une fois qu'on connaît la réponse, on ne veut pas vraiment retourner en arrière.

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