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Une journée avec... Dr Alexis Cournoyer, urgentologue

Le quart de travail du Dr Alexis Cournoyer, urgentologue... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Le quart de travail du Dr Alexis Cournoyer, urgentologue à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, commence à 16 h, mais le médecin spécialiste de 30 ans enfile son uniforme dès 15 h 30.

Photo Olivier Jean, La Presse

Au cours des prochaines semaines, La Presse sera témoin du quotidien de différents acteurs du réseau  de la santé et rapportera leurs joies et leurs défis. Aujourd'hui, rencontre avec le Dr Alexis Cournoyer, urgentologue à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

Une soirée tranquille, dites-vous?

16 h 15

Le Dr Alexis Cournoyer consulte un ordinateur dans une grande pièce vitrée - le poste de l'aire A. Les civières 1 à 17 sont dispersées tout autour du poste. Elles accueillent les patients des urgences majeures. Ce soir, le Dr Cournoyer est responsable des civières 7 à 16.

Son quart de travail débutait à 16 h, mais le médecin spécialiste de 30 ans a enfilé son uniforme dès 15 h 30. Il y avait déjà plusieurs patients à voir.

L'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal est l'un des trois centres de soins tertiaires (ultraspécialisés) en traumatologie pour adultes du Québec. C'est là que sont transférés les cas de trauma graves ou complexes qui surviennent au nord de l'autoroute 40 à Montréal, en Abitibi-Témiscamingue, dans les Laurentides, à Laval et dans Lanaudière. Plusieurs de ces cas sont liés à des accidents de la route.

Alexis Cournoyer est aussi responsable, ce soir, de la salle de réanimation trauma. Pour l'instant, aucun patient ne s'y trouve.

De 900 à 1000 Nombre de cas de traumatismes graves que reçoit l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal par année

16 h 30

Le Dr Cournoyer va rencontrer la patiente qui repose sur la civière de la salle 8. Un peu avant l'heure du midi, la dame a ressenti une douleur thoracique. Elle a des antécédents cardiaques.

«Qu'est-ce que vous faisiez quand ça a commencé?

- Oh, relax, lui répond-elle. Il y a eu un petit accrochage émotif.»

Le Dr Cournoyer s'informe de ses symptômes, l'ausculte, puis consulte les résultats de sa prise de sang. Ils s'avèrent un peu anormaux.

«C'était peut-être de l'angine, lui annonce-t-il. J'aime mieux que vous voyiez le cardiologue, ici.»

La patiente restera à l'hôpital pour la nuit.

De retour à son ordinateur, Alexis Cournoyer termine le dossier de la patiente pour que l'équipe actuelle et celles qui suivront soient au courant de la situation. Une infirmière l'interpelle: elle lui demande d'aller voir un patient. Derrière la baie vitrée, on aperçoit l'homme gesticuler sur sa civière. Il réclame «ses pilules», mais l'infirmière le trouve énervé et impoli. Le Dr Cournoyer gère la situation.

17 h. Le Dr Cournoyer se dirige vers... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 2.0

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17 h. Le Dr Cournoyer se dirige vers la salle 14, où est étendu un homme de 93 ans.

Photo Olivier Jean, La Presse

17 h

Après avoir discuté du cas avec Raphaël Pinto, étudiant résident, le Dr Cournoyer se dirige vers la salle 14, où est étendu un homme de 93 ans. Ses enfants l'ont découvert chez lui, par terre, confus et ensanglanté. «On pense que ça faisait deux, trois jours qu'il était ainsi», se désole sa fille, regrettant que son père ait toujours refusé d'aller en résidence.

Le Dr Cournoyer examine le nonagénaire, couvert d'ecchymoses. Il lui faut comprendre ce qui l'a rendu confus. Un saignement intracrânien? Une infection? Il lui prescrit un scan (tomodensitométrie) et des prises de sang. Il demande aussi qu'on traite sa constipation sévère, qui peut contribuer à sa confusion.

17 h 30

Quelques salles plus loin, un homme de 66 ans est étendu sur sa civière. Il a de la difficulté à respirer et souffre de douleur thoracique depuis trois jours. Le patient - sous oxygène - se relève péniblement pour permettre au Dr Cournoyer d'écouter sa respiration. Le médecin lui fait une échographie.

Le résident Raphaël Pinto et le Dr Cournoyer soupçonnent un oedème pulmonaire - une accumulation d'eau dans les poumons causée par une insuffisance cardiaque. Le Dr Cournoyer demande qu'une radiographie soit réalisée pour éclaircir le tout.

18 h

Patient suivant, salle 12: un homme de 93 ans dont le taux d'hémoglobine est anormalement bas. Depuis deux mois, ses selles sont liquides et noires. Il est étourdi, a peu d'appétit. Il a maigri. Le plan de match : faire d'autres prises de sang pour vérifier son anémie et lui faire rencontrer un gastroentérologue dès le lendemain. Ce dernier pourrait lui faire un examen à l'aide d'une caméra.

«Ça fait mal? lui demande le patient.

- Ce n'est pas comme aller à La Ronde, mais ça se tolère», lui répond Alexis Cournoyer.

«Le plus probable, c'est que le saignement vienne de l'estomac: ulcère, cancer, inflammation qui saignotte», nous confie le Dr Cournoyer à son retour dans le poste de l'aire A.

18 h 30. Alexis Cournoyer va à la... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 3.0

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18 h 30. Alexis Cournoyer va à la rencontre d'une patiente de 19 ans atteinte d'une maladie auto-immune. Depuis trois jours, elle ressent de la douleur lorsqu'elle inspire.

Photo Olivier Jean, La Presse

18 h 30

Après avoir soupé devant son ordinateur (tout en discutant d'un cas avec le résident), Alexis Cournoyer va à la rencontre d'une patiente de 19 ans atteinte d'une maladie auto-immune. Depuis trois jours, elle ressent de la douleur lorsqu'elle inspire. C'est peut-être une péricardite - une inflammation de la membrane recouvrant le coeur. Le Dr Cournoyer lui fait une échographie. «S'il y a quelque chose, c'est minimal», lui dit-il, ajoutant qu'elle devra passer une radiographie et une prise de sang. Elle passera la nuit à l'hôpital et verra rapidement un membre de l'équipe de son médecin traitant.

19 h 15

Alexis Cournoyer voit le patient suivant, un homme laissé quadriplégique par un accident survenu il y a 20 ans. Le tableau: des tremblements, de la fièvre, une haute pression. Le sexagénaire, qui n'a qu'un rein, n'urine pas depuis huit heures. «C'est probablement une pierre au rein, mais il ne la sent pas», nous explique le Dr Cournoyer, qui demande qu'un scan et une prise de sang soient réalisés. Il lui prescrit des analgésiques.

Après avoir évalué un autre patient, Alexis Cournoyer revient au poste de l'aire A et consulte la radiographie de l'homme essoufflé qui pourrait souffrir d'un oedème pulmonaire. Il n'y a pas d'eau sur les poumons, ce qui écarte ce diagnostic. 

Il demande à la résidente en radiologie de garde de regarder la radiographie. Dans la même heure, sa collègue lui fait part de son hypothèse: une pneumonie. Le Dr Cournoyer lui prescrit des antibiotiques. Demain, un pneumologue le rencontrera.

20 h 30. Le Dr Cournoyer a reçu... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 4.0

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20 h 30. Le Dr Cournoyer a reçu les résultats des examens de l'homme de 93 ans retrouvé confus et ensanglanté par ses enfants. Le scan montre la présence d'un saignement entre le cerveau et le crâne

Photo Olivier Jean, La Presse

20 h 30

Le Dr Cournoyer a reçu les résultats des examens de l'homme de 93 ans retrouvé confus et ensanglanté par ses enfants. Le scan montre la présence d'un saignement entre le cerveau et le crâne, qui semble dater de quelques semaines. Le nonagénaire passera la nuit à l'hôpital et rencontrera un gériatre et un neurochirurgien dès le lendemain. «Les chances qu'il retourne chez lui sans aucune aide sont faibles», nous confiera-t-il plus tard en soirée.

Le Dr Cournoyer consulte le scan du patient quadriplégique incapable d'uriner. Son hypothèse se confirme: une pierre au rein de 11 mm bloque son seul rein. Il communique avec son collègue urologue de garde. Le patient, qui reçoit des antibiotiques par intraveineuse, doit être opéré sur-le-champ.

21 h 30

Alexis Cournoyer se dirige maintenant vers la civière d'un quadragénaire qui craint d'avoir fait un AVC. Au retour d'un voyage, lui explique le patient, il a soudainement eu de la difficulté à voir, puis à parler. «C'est quoi, une pomme? J'aurais dit une patate.» Au terme d'un examen neurologique («répétez après moi: "chocolat", "mettez les mains en haut pendant 45 secondes"...»), Alexis lui annonce qu'il a probablement souffert d'une migraine accompagnée. Par prudence - le diagnostic alternatif étant une ischémie cérébrale transitoire (un mini-ACV) -, le médecin lui prescrit un scan cérébral et de l'aspirine. Le patient sera vu prochainement en clinique de neurologie. 

23 h

Après avoir rencontré une patiente arrivée en ambulance en raison d'un mal de genou qui dure depuis trois mois (un cas qui aurait très bien pu être géré dans une clinique médicale), Alexis Cournoyer revient à son bureau. Il n'a plus de nouveaux patients à voir dans sa section, mais il couvre jusqu'à minuit la salle de réanimation trauma, advenant qu'un patient y soit admis. La soirée a été somme toute «tranquille».

Aime-t-il prendre en charge des cas graves? Oui, dit-il. «On fait ça parce qu'on veut aider le monde. Ce sont des maladies pour lesquelles on a des traitements qui font la différence. C'est stimulant.»




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