La quête d'un sourire orthodontique

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Vous avez l'impression que les enfants sont de plus en plus nombreux à recevoir des traitements d'orthodontie? Vous trouvez qu'il y a de plus en plus d'adultes qui portent des broches? Vous n'avez pas rêvé. Aujourd'hui plus que jamais, la santé buccale et l'estime de soi passent par des dents droites.

Non seulement le nombre d'orthodontistes spécialistes a augmenté de façon constante depuis 30 ans, mais les dentistes généralistes du Québec sont de plus en plus nombreux à être formés pour dépister les problèmes de malocclusion (décalage des mâchoires) et offrir des traitements préventifs à leurs jeunes patients.

Difficile de savoir le nombre exact de gens qui ont recours à des traitements orthodontiques au Québec, mais selon un sondage de Santé Canada, on parle de plus de 20 % des Canadiens. L'Association américaine des orthodontistes évalue de son côté à 6 % le taux de croissance des soins orthodontiques depuis l'an dernier.

Alors, qu'est-ce qui explique cette augmentation? Le zèle des dentistes? Les progrès de l'orthodontie? Le dépistage précoce? La pression sociale? Toutes ces réponses?

«Ce qu'on sait, c'est qu'il y a de plus en plus de cas de malocclusions et de chevauchements de dents», nous dit Nathalie Trinh, qui dirige le Centre dentaire de l'Ouest depuis une vingtaine d'années.

«Le nombre élevé d'allergies chez les enfants fait en sorte que le palais ne se développe pas comme il le devrait.»

«Les allergies peuvent entraîner une obstruction des voies respiratoires, ce qui fait que les enfants respirent par la bouche, explique Nathalie Trinh. En respirant par la bouche, la langue, qui contribue à l'élargissement du palais, ne fait pas son travail. Un palais étroit et profond peut créer des problèmes de malocclusion et de manque d'espace.»

Martin Lavallée, qui dirige le centre de formation de l'Institut dentaire international, abonde dans son sens.

«C'est la position des mâchoires qui est importante, c'est comme les fondations de la maison, après on peut s'occuper des murs, c'est-à-dire des dents. Historiquement, en Amérique du Nord, les orthodontistes ont eu tendance à attendre que les jeunes terminent leur croissance avant d'intervenir, mais à 14 ans, les mâchoires sont soudées. On s'est rendu compte qu'il valait mieux intervenir plus tôt pour rectifier certains problèmes. Ça fait partie de ce qu'on appelle: l'orthopédie dento-faciale.»

La fenêtre d'intervention

Est-ce que les dentistes sont plus prompts aujourd'hui à prescrire des traitements orthodontiques à leurs patients?

«C'est sûr que nous sommes les professionnels de la première ligne, nous dit Nathalie Trinh. Ça arrive que les jeunes subissent une pression dans leur entourage parce qu'ils ont des dents croches. Parfois, il faut les rassurer parce qu'il y a des dents qui vont prendre leur place naturellement, mais parfois il faut intervenir pour éviter que la situation ne se détériore. On ne le fait pas pour des raisons simplement esthétiques. Personnellement, j'encourage la diversité des sourires.»

Entre 7 et 10 ans, l'espacement des dents est très variable. C'est ce que la Dre Trinh appelle la phase du «vilain petit canard».

«C'est un âge critique où on peut savoir si d'un point de vue orthopédique, il va y avoir un problème. Dans les cas où l'on doit élargir le palais d'un enfant [l'expansion palatine], idéalement il faut intervenir entre les âges de 8 et 11 ans. Parce qu'il y a une fissure au centre du palais, qui est fait de cartilage et qu'on peut étirer facilement. Si on attend, il faut faire une chirurgie pour casser l'os et réaligner la mâchoire, c'est plus compliqué.»

La clientèle adulte aussi en hausse

Les adultes forment un groupe en croissance. Selon l'orthodontiste Jean-Marc Dumoulin, qui est également porte-parole de l'Association des orthodontistes du Québec, ils représentent le tiers de sa clientèle.

Pourquoi? Il y a des patients qui ont déjà eu des traitements orthodontiques plus jeunes, mais qui ont vu certains problèmes ressurgir. D'autres n'avaient tout simplement pas les moyens de régler leurs problèmes plus jeunes. Le Dr Dumoulin croit que les gens sont aussi mieux renseignés sur les traitements orthodontiques offerts.

«Les adultes seront sans doute plus nombreux à faire des corrections pour des raisons esthétiques, mais à la base, il y a souvent un vrai problème à régler.»

«Dans ce sens-là, je crois que c'est une valeur ajoutée, précise le Dr Dumouliné. J'ai eu une patiente âgée de 72 ans qui a perdu tardivement une dent primaire [dent de lait] et qui m'a consulté pour combler le nouvel espace vide.»

Catherine, elle, s'est fait poser des broches à l'âge de 40 ans. Une intervention visant à régler un problème de malocclusion qu'elle traînait depuis l'adolescence. Avec le temps, le chevauchement de ses dents s'est aggravé.

«À l'époque, mon dentiste m'avait suggéré de voir un orthodontiste, mais j'avais 18 ou 19 ans, je commençais l'université, ce n'était pas ma priorité et je n'avais pas l'argent pour le faire.» Trois enfants plus tard, Catherine a eu envie de corriger sa dentition. «J'avoue qu'esthétiquement, j'avais de plus en plus de problèmes avec ça. Quand ma fille s'est fait poser des broches, j'en ai profité pour faire pareil!»

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Les dentistes généralistes du Québec sont de plus en plus nombreux à être formés pour dépister les problèmes de malocclusion (décalage des mâchoires) et offrir des traitements préventifs à leurs jeunes patients.

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En bref

Nouvelles technologies

L'accès aux soins pour les adultes est le résultat des progrès technologiques, croit le Dr Dumoulin. «Aujourd'hui, on ne fait plus de moulages, on fait une lecture numérique des dents, et on peut simuler des corrections sur-le-champ. Par la suite, on peut fabriquer des appareils amovibles avec une précision hors du commun [des gouttières d'alignement]. C'est un outil de plus, qui s'ajoute au traitement plus traditionnel des broches.» Est-ce que la simplification des traitements menace la profession d'orthodontiste? «Ce n'est pas parce qu'on a plus d'outils qu'on est plus apte à les utiliser, répond le Dr Dumoulin. Le plus important, c'est le diagnostic et la gestion des mécaniques.»

L'importance de l'image

Bernard Motulsky est titulaire de la chaire de relations publiques et de commerce marketing à l'UQAM. Il n'est pas surpris de la popularité croissante des traitements orthodontiques. «Les gens vieillissent, mais ils veulent vieillir en santé», croit M. Motulsky. «Ils veulent être en forme, ils s'entraînent, ils surveillent leur poids, leur apparence, c'est l'époque. Le nombre de photos échangées aujourd'hui est en explosion. Et les dents, le sourire sont un ingrédient majeur dans ce qu'on dégage. Sur le marché de l'emploi, à compétence égale, on risque de choisir celui qui a les plus belles dents. Parce que ça démontre qu'on prend soin de soi. C'est comme ça.»

Des traitements coûteux

On a beau se réjouir de la démocratisation des traitements orthodontiques - autrefois réservés à une élite -, ils demeurent très coûteux et rarement couverts par les compagnies d'assurances. Des coûts qui oscillent entre 7000 et 10 000 $ dans la plupart des cas. Parfois plus, parfois moins. Il reste que si le nombre de patients augmente, c'est que le sourire est devenu prioritaire. Avoir les dents croches aujourd'hui est devenu, plus que jamais, signe de pauvreté. «Ça fait partie de notre évolution collective, on accorde plus d'importance à ça aujourd'hui, nous dit le professeur Bernard Motulsky. Même si paradoxalement, il y a un discours visant à gommer les discriminations.»




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