Bouger malgré un handicap

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Pour ceux ayant un handicap ou des limitations fonctionnelles, les bénéfices du sport, comme le goalball, se traduisent aussi par une plus grande confiance en soi et un meilleur réseau social.

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Charles-Édouard Carrier

Collaboration spéciale

La Presse

Le sport aide à développer les réflexes, la réactivité, l'esprit d'équipe, la coordination et l'attention. Pour ceux ayant un handicap ou des limitations fonctionnelles, les bénéfices du sport se traduisent aussi par une plus grande confiance en soi et un meilleur réseau social. Loin d'être une finalité, un handicap physique ne limite en rien le potentiel des sportifs qui n'y voient qu'un nouveau défi.

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Louis-Éric Maillé est un grand sportif.

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Vivre pour gagner

La route a eu raison de ses deux jambes, mais n'a certainement pas ébranlé l'optimisme et la force de caractère de Louis-Éric Maillé. Le jeune homme, un très grand sportif avant l'accident, l'est tout autant aujourd'hui. Moins de deux ans après le triste événement, il nous parle de voile, de rugby et de ski nautique. Avant tout, il nous expose sa détermination.

Dans sa période de réadaptation, au Centre Lucie-Bruneau, Louis-Éric Maillé a choisi de dire oui à tout puisqu'il affirme d'entrée de jeu que tout est possible. «On m'a toujours surnommé Yes Man !», explique-t-il. Malgré son handicap, il a donc tenté le vélo, le kayak, le ski nautique, le tennis, le basketball, la chaise d'athlétisme, le rugby et la plongée sous-marine.

Il a eu un coup de coeur pour le rugby, mais un petit bémol pour d'autres disciplines. «J'ai réalisé que, pour certains sports comme le ski nautique, il faut avoir beaucoup d'équipement, ce qui laisse moins de liberté. C'est bien, mais c'est trop encadré. Je veux avoir le contrôle sur les sensations fortes que je vais chercher à travers le sport», explique Louis-Éric Maillé.

Qu'en est-il alors du rugby ?

Ce n'est certainement pas le premier sport qui vient en tête lorsque l'on pense à des activités pouvant être pratiquées par des personnes qui se déplacent en fauteuil roulant. Pourtant, ça fonctionne très bien.

Au départ, on attribue aux joueurs des équipes un pointage en fonction de leurs limitations physiques. Un nombre maximum de points est autorisé sur le terrain, ce qui permet d'avoir des équipes au potentiel égal. «On est assis dans des chaises adaptées, c'est comme des chars d'assaut, explique Louis-Éric Maillé. Il y a beaucoup de contacts. Tu fais des passes, tu bloques les joueurs de l'équipe adverse, tu interceptes les passes et tu dois traverser la ligne des buts.»

Le rugby est une discipline paralympique et Louis-Éric Maillé a eu la chance de jouer avec un membre de l'équipe canadienne. D'ailleurs, la compétition de haut niveau est déjà dans sa ligne de mire.

«Je ne suis pas quelqu'un qui se fait des attentes, on est souvent déçu, mais oui, je vais me lancer et devenir plus compétitif.»

Voile, athlétisme et reconnaissance

L'été prochain, Louis-Éric Maillé souhaite se mettre à l'athlétisme et à la voile. «Mon objectif est de pouvoir partir seul sur un voilier. Monter à bord, faire un tour, revenir et accoster par moi-même. Je veux être le plus autonome possible.»

Parce que même si la réadaptation a été longue, il réalise maintenant tout le potentiel qu'il a. «On en voit, des personnes qui ont de la difficulté à accepter, qui s'enferment et refusent les options autour d'elles. Pourtant, les ressources sont là.»

L'homme à l'optimisme contagieux n'a pas besoin de faire de leçon de vie à personne. L'écouter parler suffit à mettre en perspective bien des choses. «J'imagine que ma détermination et ma volonté font la différence. En fait, je suis heureux d'être encore ici et d'avoir la chance de faire ces sports-là. Je n'en demande pas plus.» Pour lui comme pour beaucoup, le sport, c'est la vie.

Athlétisme, basketball, cyclisme, soccer, escrime, voile, tir à... (Photo fournie par l'Association sportive des aveugles du Québec) - image 3.0

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Athlétisme, basketball, cyclisme, soccer, escrime, voile, tir à l'arc, ski de fond et curling ne sont que quelques exemples de sports qui se pratiquent malgré des limitations physiques. 

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Des organismes indispensables

De nombreux organismes, comme Parasports Québec, l'Association sportive des aveugles du Québec et le Défi sportif AlterGo, jouent un rôle absolument essentiel dans l'univers des activités sportives adaptées.

De sa région aux Jeux paralympiques

Pour soutenir les activités sportives adaptées aux personnes vivant avec un handicap physique, beaucoup d'organisations travaillent main dans la main dans la province et au pays. Sans elles, l'accès au sport deviendrait un défi encore plus grand, suffisamment ardu pour décourager bien des athlètes.

Choisir son sport

Athlétisme, basketball, cyclisme, soccer, escrime, voile, tir à l'arc, ski de fond et curling ne sont que quelques exemples de sports qui se pratiquent malgré des limitations physiques. «Il manque encore de visibilité, beaucoup de gens ne savent pas que tous ces sports existent», soulève Marc-Antoine Ducharme, directeur général de Parasports Québec, un organisme qui assure un rôle de coordination en plus de favoriser l'accès à la pratique des parasports, pour des athlètes de tous les niveaux ayant une limitation physique.

L'organisme est actif partout dans la province et assure un rôle-conseil auprès des clubs et fédérations sportives. Ensemble, ils favorisent l'accessibilité aux sports en plus de soutenir des programmes de saines habitudes de vie pour les gens qui ont un handicap physique.

Unis par l'activité physique

Maxime Gagnon est le directeur du Défi sportif AlterGo, une activité annuelle qui en sera à sa 33e édition en mai prochain. «L'organisation permet à des gens de tous les groupes d'âge de participer à des compétitions sportives. Les jeunes y sont bien représentés et c'est un très bon signe, car ce sont les athlètes de demain.»

Un tremplin vers l'équipe canadienne

Le Défi sportif AlterGo est un premier contact avec le sport et la compétition qui peut parfois mener jusqu'aux Jeux paralympiques. «Nous avons des liens directs avec l'équipe du Canada, et pour la première fois l'an prochain, ils seront sur place avec une équipe pour faire de la recherche d'athlètes qui pourraient éventuellement représenter le pays», promet Maxime Gagnon.

Au-delà de la compétition, le Défi sportif est aussi une occasion d'essayer un nouveau sport. Dans ce que l'on appelle «la zone d'essai», les visiteurs peuvent rencontrer des athlètes de haut niveau qui démystifient la pratique d'un sport en particulier. «Il ne faut pas oublier qu'il y a beaucoup de choses en place pour s'initier à un sport ou l'apprivoiser malgré un handicap physique.»

Finalement, des athlètes de renom, comme Chantal Petitclerc ou Diane Roy, font part de leur expérience aux jeunes. «C'est une reconnaissance que l'on reçoit de ces athlètes et on l'apprécie beaucoup», confie Maxime Gagnon.

Le Défi sportif accueille des athlètes ayant différentes formes de déficiences : limitations fonctionnelles ou handicap physique, paralysie cérébrale, handicap visuel ou auditif, déficience intellectuelle, limitation du langage ou de la parole et déficiences liées au spectre de l'autisme.

Jouer avec les sons

Les yeux et le sport semblent indissociables. Comment pratiquer une activité physique sans voir les limites d'un terrain ou sans pouvoir localiser un ballon ? L'Association sportive des aveugles du Québec (ASAQ) aide les gens ayant une déficience visuelle à s'accomplir sur le plan sportif. Et les succès sont impressionnants. 

Les enfants et le sport

Le sport est un élément clé dans le développement de l'enfant et avoir une déficience ne doit surtout pas être vu comme un frein. Un des programmes phares de l'ASAQ est d'ailleurs nommé «Du sport pour moi !» et cible les jeunes de 6 à 14 ans. «Quand tu ne vois pas, même si tu passes devant un parc et qu'il y a des enfants qui jouent au ballon, tu ne sais pas que ça existe. Notre rôle est de montrer différents sports et différentes techniques», explique Nathalie Chartrand, directrice générale de l'association, qui est aussi médaillée d'or aux Jeux paralympiques de Sydney et médaillée de bronze à Barcelone en 1992 en goalball, un sport d'équipe avec ballon roulé.

Le programme se divise en deux volets de 10 semaines chacun : initiation et perfectionnement. On invite d'abord les jeunes à essayer de nombreux sports tels athlétisme, goalball, natation, patin, ski de fond, raquette, escalade ou judo. Puis, des cours de perfectionnement sont offerts dans la discipline qu'aura choisie l'enfant ou l'adolescent. Certains sportifs pourront ensuite intégrer des clubs ordinaires, comme en natation. «Et si l'entraîneur ou le professeur d'éducation physique qui voit arriver un jeune avec une canne blanche a des doutes, notre mandat est aussi d'aller le former», ajoute Mme Chartrand.

Le tennis chez les aveugles

Le corps a une capacité d'adaptation exceptionnelle et le sport est un de ces milieux où on repousse les limites : le tennis pour aveugles est un excellent exemple. Au Japon, on y joue depuis 1990. «Quand j'en ai entendu parler pour la première fois l'an dernier, je n'y croyais pas», admet Nathalie Chartrand. La discipline, qui doit être introduite à Tokyo pour les Jeux paralympiques de 2020, se pratique maintenant ici.

Un peu comme au tennis conventionnel, on utilise une balle qui contient des clochettes pour faire du bruit. La balle en styromousse est un peu plus grosse qu'une balle ordinaire, voyage plus lentement dans les airs et rebondit moins. On joue sur un terrain délimité par des bandes de ruban adhésif texturé. Pour déterminer la position et la direction de la balle, on permet aux joueurs d'attendre trois bonds avant de la frapper. C'est un jeu qui doit évidemment se jouer en silence.

Pour les personnes non voyantes, les sports se pratiquent beaucoup avec les sons. Cette sensibilité et les réflexes qu'ils développent les aident grandement dans la vie de tous les jours. On n'a qu'à penser à quel point l'ouïe est sollicitée quand on traverse la rue. Introduire un sport dans leur vie, c'est aussi leur donner la chance de bouger et penser différemment.

Le programme Les Vainqueurs rend possible la réalisation de... (Photo fournie par Les Vainqueurs) - image 5.0

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Le programme Les Vainqueurs rend possible la réalisation de grands rêves, donne de l'autonomie et offre un soutien essentiel aux sportifs et à leurs parents.

Photo fournie par Les Vainqueurs

De petits miracles

En permettant aux jeunes enfants amputés de pratiquer différents sports, le programme Les Vainqueurs de l'Association des amputés de guerre change des vies. 

Tout est possible pour Les Vainqueurs

Le programme Les Vainqueurs fait de petits miracles auprès de jeunes enfants amputés. Il rend possible la réalisation de grands rêves, donne de l'autonomie et offre un soutien essentiel aux sportifs et à leurs parents. Pour l'équipe des Vainqueurs, il n'y a de limites que celles que l'on s'impose.

Par l'entremise des Vainqueurs, l'association paie en entier les coûts de prothèses récréatives capables de changer des vies. «Pour faire du patin, j'ai besoin d'un pied plus dynamique, capable de changer de position en fonction de la façon dont j'y mets mon poids. Ça prend une prothèse qui est adaptée à ça. Même chose pour le ski. C'est là que l'Association des amputés de guerre entre en ligne de compte», explique Daniel Lanteigne, gestionnaire à la division des communications.

Combattre l'intimidation par l'information

S'il est plus facile pour un enfant que pour un adulte d'acquérir de nouveaux réflexes ou d'apprendre à faire du sport avec une prothèse, c'est à l'école que les choses se compliquent parfois.

«La différence amène parfois de l'intimidation», explique M. Lanteigne. Pour aider les enfants, le programme Les Vainqueurs a mis sur pied des présentations «Jouer prudemment».

«On invite les jeunes à régler ça en début d'année scolaire. Ils discutent avec l'enseignant et lui demandent de prendre une heure ou deux pour faire une présentation. Certains le font seuls, d'autres sont plus gênés et sont accompagnés par quelqu'un de l'association ou un autre jeune du programme Les Vainqueurs.» L'élève en profite pour répondre aux questions de ses collègues de classe : pourquoi il te manque une main ? Pourquoi tu as été amputé d'une jambe ? Est-ce que ça fait mal ? «Le jeune ressort fier, content et soulagé après ces présentations», ajoute M. Lanteigne.

Oser apprendre

Les enfants apprennent rapidement à vivre avec une prothèse. Ils ont beaucoup de volonté et de détermination. Pour les parents, c'est souvent plus difficile. «On est tenté de surprotéger l'enfant. On a peur qu'il se blesse, qu'il brise sa prothèse, qu'il se fasse mal. Comme tous ceux qui font du patin pour la première fois, l'enfant va tomber, mais il va aussi se relever. Il ne faut pas mettre trop de limites ou en imposer, recommande M. Lanteigne. Ça fait partie de la vie.»

Les porte-clés des Amputés de guerre

La campagne des plaques porte-clés, qui aura bientôt 70 ans d'existence, est le seul moyen de financement de l'organisme. C'est ce qui permet aux Amputés de guerre et à leur programme Les Vainqueurs d'amener des jeunes sur les pistes de ski alpin, sur une patinoire, sur un terrain de basketball ou de les faire monter sur un vélo.

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