L'IMC, un outil qui manque de précision

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Alexandra Bergeron, qui pratique le CrossFit depuis 2008, est loin d'avoir un surpoids.

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L'indice de masse corporelle (IMC) est largement utilisé par les médecins comme indicateur de risque pour la santé. Pourtant, l'étiquette d'embonpoint serait apposée à tort à des milliers de femmes, suggère une récente étude australienne.

Si l'on tenait uniquement compte de son indice de masse corporelle (IMC), Alexandra Bergeron serait à quatre livres près de l'embonpoint. «À l'école, se souvient la grande sportive de 27 ans, quand on mesurait notre IMC, le mien était toujours élevé. Et pourtant, je crois avoir un poids santé!»

On ne saurait la contredire: Alexandra Bergeron, qui pratique le CrossFit depuis 2008, est loin d'avoir un surpoids. Sa masse adipeuse n'atteint pas 13%. En fait, si elle n'était pas une athlète, elle serait même considérée comme étant... trop maigre.

On savait déjà que, chez les athlètes, l'IMC - le rapport entre le poids et la grandeur - n'est pas représentatif de l'embonpoint et des risques pour la santé qui y sont associés (diabète, hypertension, maladies du coeur, etc.). Or, selon une nouvelle étude australienne, cette mauvaise classification ne se limite pas aux grands sportifs: les chercheurs ont conclu que près du tiers des participantes ayant un IMC associé à l'embonpoint (25 à 29) avaient un pourcentage de masse adipeuse compris dans l'intervalle santé (21% à 35%). Les participantes, âgées de 18 à 44 ans, ont été recrutées dans les milieux hospitalier et universitaire.

Qui sont ces femmes mal classées?

Essentiellement, ce sont celles qui ont une bonne masse musculaire, indique la chercheuse principale de l'étude, Amanda Patterson, du programme de diététique et nutrition de l'Université de Newcastle, que La Presse a jointe en Australie.

«Elles sont plus lourdes, parce que le muscle est plus lourd que le gras, explique-t-elle. Une plus grande masse musculaire est protectrice à plusieurs égards:  ces femmes ont une meilleure santé cardiovasculaire et sont plus fortes. Il y a aussi plus de chances qu'elles aient un métabolisme de repos plus élevé, ce qui les rend moins sujettes au gain de poids.»

Qui plus est, parmi les participantes ayant un IMC compris entre 20 et 25 (dans l'intervalle du poids santé), une sur cinq avait une masse adipeuse supérieure à 35%, et une sur sept avait une masse adipeuse en deçà de la normale.

«Bref, l'IMC n'est pas un bon indicateur pour mesurer la masse adipeuse chez les jeunes Australiennes.»

Dre Amanda Patterson

Dre Patterson croit d'ailleurs que des résultats semblables pourraient être reproduits ailleurs en Occident.

Si l'IMC demeure un bon indicateur pour prédire les risques pour l'ensemble d'une population, il faut l'interpréter avec prudence sur une base individuelle, conclut Amanda Patterson.

Son étude, menée auprès de 254 femmes, a été présentée le mois dernier au congrès de l'Association des diététistes de l'Australie.

Importance d'un autre indicateur

Professeure au département de nutrition de l'Université de Montréal, Marielle Ledoux accueille sans surprise les résultats de l'étude australienne. Elle avait constaté une tendance similaire en collaborant à l'Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois, à la fin des années 90.

«Si on prenait uniquement le poids et la grandeur, on avait des enfants considérés comme obèses. Dès qu'on mesurait une autre valeur, comme le tour de taille, et qu'on regardait les valeurs de la lipémie [taux de lipide dans le sang], on se rendait compte que les enfants qui avaient un bon ratio, une bonne circonférence de taille, étaient corrects. On surestimait la quantité de gens qui étaient obèses et on sous-estimait ceux qui étaient dans l'embonpoint.»

D'ailleurs, souligne la Dre Ledoux, depuis quelques années, Santé Canada utilise, en plus de l'IMC, la circonférence de taille dans son système de classification du poids.

«Le lien le plus important à faire avec le risque pour la santé, c'est d'avoir une mauvaise distribution de graisse, de l'avoir autour de la taille, explique Marielle Ledoux. Ç'a été bien démontré.»

Selon Antony Karelis, professeur au département des sciences de l'activité physique de l'UQAM, l'IMC est un marqueur simple et rapide à calculer, mais qui manque de précision.

«Il faut arrêter de parler d'IMC et de poids santé; ça n'existe pas vraiment.»

Anthony Karelis

«Tu peux peser 300 livres et avoir un profil métabolique normal, comme tu peux peser 100 livres et ne pas avoir un profil métabolique normal», précise-t-il.

Et si les médecins mesuraient la masse adipeuse?

À la lumière des résultats de leur étude, Amanda Patterson et son équipe estiment que les médecins généralistes devraient se doter d'impédancemètres bioélectriques - un outil abordable qui permet de mesurer la masse adipeuse. «Pour une personne, cela peut être très confrontant de se faire dire que, selon une série de chiffres, elle fait de l'embonpoint ou elle est obèse», dit-elle. La Dre Patterson souligne que, selon certaines revues systématiques de la littérature et métaanalyses, les personnes ayant un IMC compris entre 25 et 30 sont celles qui affichent les plus faibles taux de mortalité globaux.

Enveloppé et en santé

IMC, tour de taille, masse adipeuse; tout indique que vous faites de l'embonpoint ou que vous êtes obèse. Est-ce à dire que vous n'êtes pas en santé? Pas forcément.

Obèse sans complications

Certaines personnes sont obèses, mais n'ont pas de complications sur le plan métabolique, comme le diabète, le cholestérol et l'hypertension. Dans la littérature scientifique, on les appelle les MHO, acronyme de «metabolically healthy obese». «Ces personnes-là ont la même alimentation et le même niveau d'activité physique que les personnes obèses à risque, mais leur profil métabolique est normal», explique Antony Karelis, professeur au département des sciences de l'activité physique de l'UQAM. Des chercheurs attribuent cette condition - qui toucherait moins de 10% de la population obèse - à une répartition de gras favorable (sous-cutanée), liée en partie aux gènes.

Mieux vaut être rond et sportif que mince et sédentaire?

L'activité physique est bénéfique pour la santé, qu'elle soit accompagnée ou non d'une perte de poids. L'exercice permet de diminuer les risques associés à l'embonpoint et à l'obésité. «Des études récentes montrent que les gens qui font de l'activité régulièrement, mais qui ont un surpoids, seraient souvent moins à risque de développer des problèmes de santé que ceux qui sont sédentaires et qui sont dans la zone correcte de l'IMC, souligne Marielle Ledoux, professeure au département de nutrition de l'Université de Montréal. Donc oui, vous êtes enveloppé, mais vous n'avez pas les facteurs de risque qui sont précurseurs de pathologies plus importantes.»

Poids yo-yo: attention

La perte et le gain de poids à répétition sont néfastes pour la santé, peut-être encore plus que le surpoids en soi. «Quand vous faites un régime draconien, vous avez tendance à réduire votre masse musculaire et, ultimement, à augmenter votre pourcentage de gras, explique la Dre Amanda Patterson de l'Université de Newcastle, en Australie. Le plus souvent vous faites de régime, le plus faible est votre masse musculaire, le plus bas est votre métabolisme, et le plus sujet vous êtes à prendre du poids», résume la Dre Patterson. Des études ont aussi montré que les régimes répétitifs affaiblissent le système immunitaire.

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