Santé mentale: sauver sa tête avec ses mains

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Christian voit le travail manuel comme une nécessité: «Il me fallait trouver quelque chose à faire. Écouter la télé et la radio, c'est pas une vie!»

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Ils ont longtemps mené une vie très active. Puis, tout a basculé. Dépression, épuisement, troubles anxieux... la maladie mentale force chaque jour 500 000 Canadiens à s'absenter du travail. Et si le simple fait de faire quelque chose de ses mains avait un effet thérapeutique? Absolument, confirment des hommes et des femmes qui reviennent de très... très loin.

De l'autopatrouille à la machine à coudre

En octobre 2005, la carrière de Fabio Cavaliere s'est arrêtée brutalement. Le policier ne s'est jamais totalement remis de l'arrestation musclée d'Anne-Marie Péladeau, une opération largement médiatisée. Au bout d'une longue descente aux enfers, c'est derrière une machine à coudre que nous l'avons rencontré, près d'une décennie plus tard, chez Les Glaneuses, à Laval.

« Cette histoire, ça a complètement déstabilisé mon corps, mon système nerveux », soutient-il lorsqu'il aborde l'arrestation de Mme Péladeau, la fille du défunt homme d'affaires Pierre Péladeau.

D'un trait, il résume le fil des événements. Il garde des souvenirs plutôt flous de l'opération policière qui a mis fin à sa carrière. Son coéquipier lui a rapporté des événements dont il ne se souvient pas. « Avant les images qu'on a vues à la télé, j'ai été frappé par la voiture [des prévenus]. J'ai subi un traumatisme crânien. Je ne le savais pas, sur le coup. Je l'ai compris plus tard, raconte-t-il d'une voix faible. Trois mois après, j'ai fait une crise cardiaque. C'était provoqué par le stress. »

Il a survécu à cet incident sérieux, mais il allait de mal en pis. « Un an et demi après le procès, j'ai commencé à faire des psychoses. Probablement à cause du traumatisme crânien. Les médecins m'ont donné une grosse médication, et ça m'a gelé pendant trois ans. C'était tellement fort que je dormais 20 heures sur 24. J'étais tout le temps en train de dormir devant les enfants. C'était vraiment pas le fun. »

Incapable de reprendre le travail, il a été forcé de prendre sa retraite. « Tu fais quoi quand tu ne peux pas travailler à 36 ans? Trente-six ans... » Trois ans plus tard, manifestement, la question l'ébranle toujours.

Ses tentatives de travailler pour un ami, dans un garage, se sont soldées par un échec. Il n'y arrive pas. Et chaque fois qu'il est question d'une intervention policière dans l'actualité, il replonge.

«À un moment donné, j'ai commencé à avoir des idées noires. J'avais fait un plan pour me suicider, mais un autre policier y avait pensé avant moi. J'étais vraiment en crisse contre lui. Il avait pris mon idée. Je n'allais vraiment pas bien.»

Fabio Cavaliere
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Fabio Cavaliere

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Désespéré, il s'est tourné vers le Centre d'implication libre de Laval, une ressource en santé mentale. Pour sortir de chez lui, il a entrepris une formation de base en informatique, et c'est là qu'il a fait la rencontre de Manon Beaudet. L'enseignante s'apprêtait à lancer un cours de couture, dont l'un des objectifs était de partager le bonheur que procurent la création et le travail manuel.

« Manon m'a demandé de participer. Ouf... Un gars qui fait de la couture? Je ne savais pas trop. »

Mais dans le local des Glaneuses, Fabio a trouvé rapidement ses repères. Il a commencé par couper le tissu, mais il a fini par apprendre les rudiments de la machine à coudre. Avec ses collègues de classe, il fabrique des sacs à dos en jeans pour des enfants en milieu défavorisé. Son esprit est occupé, et surtout, il se sent utile.

Il arrive à faire quatre heures de couture chaque vendredi, et il en tire une grande satisfaction. Enthousiaste, il parle longuement des sacs qu'il fabrique. Des sacs sans flaflas. « C'est surtout pour les gars, parce que moi, les décorations, c'est pas trop mon genre. Quand je viens ici, cette journée-là, je peux faire quelque chose pour me valoriser. Je fais quelque chose pour les petits enfants : ça, c'est vraiment le fun! Moi, je fais des sacs heavy duty! Je passe cinq ou six fois sur chaque côté pour être certain que ça tienne... Je suis sûr que le petit gars qui va avoir ce sac-là, il va en mettre du stock dedans! »

Heureux, il envisage maintenant d'apprendre la menuiserie. Lorsqu'on lui demande si le plaisir du travail manuel a été un déclic pour lui, il opine: « Je sens maintenant que le meilleur est en avant. Je ne sais pas faire grand-chose en menuiserie, mais peut-être que je pourrais essayer. J'ai le goût d'aller plus loin dans la vie. »

La cour des miracles

Le local des Glaneuses bourdonne en ce vendredi matin de mai. La production de sacs à dos en jeans pour les enfants défavorisés de Laval va bon train, et l'ambiance est à la rigolade. Difficile de croire, au premier regard, que les participants à ce cours de couture traversent tous une période trouble de leur vie.

« C'est la cour des Miracles, ici! », s'exclame Manon Beaudet. L'enseignante a créé cet atelier de toutes pièces, il y a deux ans, pour venir en aide à des adultes aux prises avec un trouble de santé mentale.

Les participants souffrent pour la plupart de dépression, d'épuisement professionnel, de troubles anxieux ou de bipolarité. Certains ont quitté l'hôpital il y a peu de temps. « Une mauvaise passe qui peut arriver à n'importe qui », résume Manon. Chaque vendredi, le groupe a rendez-vous dans des locaux du centre L'Impulsion, à Laval, pour le pur plaisir de travailler avec ses mains.

« Ils sont tellement résilients! Ils m'inspirent tellement, si vous saviez! » Manon Beaudet couve ses protégés du regard. Ces adultes à la croisée des chemins s'inscrivent aux Glaneuses pour sortir de leur isolement, mais découvrent rapidement les vertus du travail manuel.

« Agir, ça nous fait sortir des problèmes, raconte Christian, un participant à l'atelier. Quand tu prends tes mains pour créer quelque chose, n'importe quoi, il y a quelque chose qui se passe. »

C'est exactement ce que souhaite Manon Beaudet. L'idée des Glaneuses lui est venue après une discussion avec un homme dans sa classe d'informatique. « Il venait de passer une période très difficile, et il m'a dit que c'était bien beau, les cours d'informatique, mais que lui, ce qui lui ferait du bien, ce serait de monter un mur quelque part. Je me suis mise à réfléchir: qu'est-ce qui fait que moi, je me sens bien et que je garde ma santé mentale? Peut-être est-ce parce que je bricole tout le temps? Que je crée beaucoup? J'ai réalisé que c'était peut-être ça qui me maintenait! »

Il n'en fallait pas plus pour que l'enseignante lance l'idée de cet atelier de couture. Quelques machines à coudre trouvées ici et là, un appel aux dons de vêtements et un réaménagement de son horaire ont suffi à créer Les Glaneuses.

«Allez faire un tour à la quincaillerie: c'est beau, c'est plein de monde avec des projets! On en a besoin, mais on ne s'en rend pas tout le temps compte!»

Sandra Collin,
animatrice, centre L'Impulsion, Laval

« Si les participants peuvent accrocher sur une activité, une discipline, ça va les aider beaucoup ! Juste de mettre sa tête ailleurs que sur nos bobos... On se rebâtit à travers le travail, constate Sandra Collin, artiste et animatrice à l'atelier. On entend toujours "Ah! c'est de l'artisanat!", mais la plupart ont encore besoin de travailler avec leurs mains, même après être retournés sur le marché du travail. »

BESOIN D'UNE PAUSE

Au cours de la prochaine année, le mot d'ordre du réseau québécois de l'Association canadienne pour la santé mentale est, justement, de prendre une pause. Pour bricoler, bouger, prendre du temps pour soi.

Simpliste? « En 2020, l'Organisation mondiale de la santé prévoit que la dépression sera la deuxième cause d'invalidité dans le monde. Ce n'est pas rien!, s'exclame Renée Ouimet, directrice du regroupement. On est dans un rythme très rapide avec très peu de pauses dans notre travail. On n'a pas le temps de jouir de l'atteinte d'un objectif qu'on est déjà plongé dans plusieurs autres projets. »

Parmi les clous sur lesquels frappe l'association, il y a notamment le besoin de créer. « Ce qui est génial dans le travail manuel, c'est qu'il y a un début et une fin. Il y a quelque chose qui est valorisant dans cette finalité-là, constate Mme Ouimet. Des fois, on fait quelque chose avec nos mains, et on ne trouve pas que c'est génial, mais le temps qu'on a été en train de le faire, on est concentrés sur ça. J'ai rarement rencontré quelqu'un qui crée et à qui ça ne fait pas de bien. »

Dans son atelier, Manon Beaudet fait le même constat. « On est dans notre deuxième année, et si je ne me trompe pas, aucun des participants qui sont là depuis le début n'est retourné à l'hôpital. Beau temps, mauvais temps, ils sont assidus. C'est fabuleux! »

Sur ces entrefaites, Cathy nous tend une fleur violette fabriquée avec une fermeture éclair. La jeune femme s'apprête à quitter le groupe pour retourner aux études. Elle rayonne: « Ça m'apporte tellement de joie! Si ce n'était pas de ça, je ne sais pas ce que je serais devenue. »

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Véronique Lauzon

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Reprendre sa vie en main

Dans un lit d'un hôpital de réadaptation de Laval, Véronique Lauzon a remis sa vie sur les rails en fabriquant des bijoux. « Quand tu travailles avec tes mains, quand tu fais quelque chose de créatif, tu n'as pas vraiment le temps de penser à tes problèmes. C'est tellement important! »

Pour la femme dans la trentaine, cet exutoire est crucial. « J'ai eu une vie assez difficile, disons », résume-t-elle.

En discutant avec Véronique, on comprend rapidement que « difficile » est un euphémisme. Élevée par une mère dont la schizophrénie est mal contrôlée, elle s'est retrouvée en appartement à 15 ans. Elle survole rapidement son passé, mais elle confie notamment avoir perdu un enfant, et avoir été battue si sévèrement par son ex-conjoint, il y a six ans, qu'elle a subi un grave traumatisme crânien.

« J'ai passé trois ans en fauteuil roulant. Au début, je n'arrivais même pas à ouvrir la bouche. J'ai les côtes fissurées et des problèmes de dos. Je dois prendre de la morphine, confie-t-elle, la voix tremblante. Je ne peux plus étudier. J'essaie de réapprendre ce que j'ai appris, mais je n'ai plus de concentration et pas de mémoire à cause du trauma. Alors, je n'ai pas les capacités de retourner aux études pour recommencer à travailler. »

Mais il lui reste ses mains. Pendant sa réadaptation, Véronique a rencontré une intervenante qui lui a suggéré de fabriquer des bijoux pour sortir de sa déprime. Ce fut une véritable révélation pour la jeune femme. « Je n'aurais jamais cru ça, mais j'ai tellement fait de bijoux cette année-là que j'ai pu m'ouvrir une table à l'hôpital! »

Le travail manuel et la possibilité de créer malgré d'importantes limitations physiques lui permettent de garder la tête hors de l'eau.

«Quand je me suis mise à faire des bijoux, je me suis mise à être fière de moi, à être fière de mes journées, à avoir un but quelque part.»

Véronique Lauzon

« J'avais tout perdu: ma santé, mon chum, mes amis... Après être sortie de l'hôpital, je ne sortais plus vraiment de chez moi. Mais en travaillant avec mes mains, je me sens utile », explique Véronique Lauzon.

Véronique a elle aussi rejoint Les Glaneuses, l'atelier de couture lancé par Manon Beaudet au centre L'Impulsion, à Laval. Elle y fabrique des bijoux tous les vendredis avec du matériel trouvé ici et là. Des dons, surtout. Assise devant ses billes multicolores, elle ne pense qu'à sa création du moment. Un état d'esprit qui l'apaise.

« Il y a bien du monde sur les médicaments, qui pensent qu'ils ne peuvent plus rien faire. Moi, j'ai des diagnostics: je suis bipolaire, j'ai un stress post-traumatique, un trauma crânien... J'ai recommencé ma vie à zéro souvent, mais quand je crée, je suis fière de ma journée. Je suis moins la tête baissée, dans le vide. »

Décroche, mode d'emploi

Qu'est-ce qui fait qu'une séance de jardinage rend les passionnés aussi détendus? Et qu'une heure de tricot a des vertus antidéprime pour d'autres? Pour comprendre en quoi la création et le travail manuel ont un impact sur notre humeur, nous en avons discuté avec Pierre Plante, art-thérapeute, psychologue et directeur des cycles supérieurs en psychologie à l'UQAM.

Pour plusieurs, il y a un lien entre les activités manuelles, sous toutes leurs formes, et le bien-être.

Tout à fait. Quand je demande aux gens dans mes ateliers à quels moments ils sont le plus créatifs, ils répondent souvent que c'est sous la douche, dans la voiture, dans le métro... En fait, c'est là où ils ne sont pas dans une exigence d'être complètement envahis par la réalité, par les problèmes. Dans ces moments, on laisse tranquillement l'imaginaire prendre sa place. Ça arrive souvent dans des activités répétitives où l'on est sur le pilote automatique. On laisse notre esprit voguer, et on déconnecte.

Ce qui peut expliquer les bienfaits du jardinage, ou l'état presque méditatif qu'on atteint parfois quand on peint quelque chose?

Quand je fais « pause » et que je m'installe dans un travail de répétition, comme travailler la terre, sabler du bois, faire du tricot... il y a un envahissement de la pensée, mais dans le sens positif. Notre esprit peut voguer. C'est ce qui fait que les gens me disent que les bonnes idées viennent dans ce temps-là. [...] Dans ces moments où on laisse l'imaginaire travailler, on laisse mijoter tout ce qu'on a accumulé comme informations. Il faut des moments comme ceux-ci pour que cet imaginaire puisse prendre sa place.

C'est donc surtout dans des moments de pause, ou dans des activités créatives, que l'imaginaire se manifeste?

Quand on travaille, on doit maintenir un bon niveau de concentration. C'est ce qu'on exige d'un médecin, par exemple: on ne veut pas qu'il se laisse tout le temps guider par son imagination! Mais pour maintenir son propre équilibre, et ne pas tomber en épuisement, il faut avoir des moments où l'on se permet de déconnecter. Le problème, c'est qu'il y a des gens qui ne se permettent jamais de pauses.

Mais un menuisier ne va pas déconnecter en faisant un meuble, même si le travail manuel permet à l'esprit de vagabonder...

Dans la vie de tous les jours, il faut savoir déposer les outils et être dans une dynamique plus contemplative. Il faut trouver une autre activité qui nous fait du bien, mais qui ne nous mène pas dans la compétition. Une activité qui permet à la tête de déconnecter... Vivre autre chose.

Ça semble simple en apparence, et pourtant, les personnes à qui nous avons parlé voient le travail manuel comme une révélation.

On est dans une culture où très rapidement, à l'école, on nous apprend à éviter les échecs. On est dans un mode compétitif, où les échecs sont à éviter à tout prix. Ce qu'on dit à ces gens, c'est de se retirer du registre des succès et des échecs. Il faut en venir là : « Moi, je n'ai jamais cuisiné de ma vie, mais je vais essayer de suivre une recette, et si je n'ai pas tout ce qu'il faut, je vais essayer d'être créatif. » Il faut prendre plaisir à ça, et ne pas toujours être dans un mode où l'on se dit que tant qu'à ne pas réussir ses dessins comme Michel-Ange, on est mieux de ne pas en faire du tout. On a longtemps, trop longtemps, favorisé les enfants qui répondaient le plus vite possible et le mieux possible aux questions à l'école. Les enfants créatifs, eux, ont tendance à générer trois, quatre, cinq réponses à un problème parce qu'ils ont déjà cette pensée divergente. C'est malheureux, parce que notre société peut profiter de ces idées créatives.

Qu'est-ce qui fait qu'il est difficile de se lancer? D'essayer?

Ça dépend de la communauté autour de nous. Un individu au travail qui ne se sent pas intégré à une équipe va avoir beaucoup de mal à faire passer ses idées. C'est la même chose au niveau de la famille. Si je dis à ma conjointe que je veux refaire le deck cet été, et que ma conjointe me dit: « Mais tu n'as jamais tenu un marteau dans tes mains, qu'est-ce que ça va avoir l'air? », elle me met une pression déjà en partant. Je vais peut-être abandonner avant d'avoir commencé. La pression sociale et la communauté d'appartenance vont jouer beaucoup sur la capacité d'une personne à essayer des choses, à se risquer. [...]

Je vois des gens en psychothérapie qui n'ont jamais été soutenus, qui ont été cassés très vite dans leur imaginaire, qui ne sont pas capables de se dire: « Ben moi, je serais capable de cuisiner tel repas! » Ils ne prennent aucun risque. Ils n'ont aucun sentiment d'être capables de faire de petites tâches au jour le jour. Ces petites décisions - faire la cuisine, refaire le deck - qui ne changent pas la face du monde, mais qui, au quotidien, apportent une satisfaction.

Est-ce que ça peut prémunir, ou aider, en santé mentale, d'avoir cette capacité de se lancer dans des projets manuels?

Les gens qui viennent en thérapie, souvent en dépression, ils ont l'impression de manquer leur vie. Ils se disent: « Je vais au travail 40 heures par semaine, et je me sens obligé de le faire... Ça ne fait pas de sens pour moi. » Si ces gens-là n'ont pas d'autres facettes de leur vie où ils s'investissent dans des activités qui les nourrissent, ce sont des gens qui vont facilement se retrouver dans des situations de déséquilibre sur le plan de la santé mentale. Ça, c'est certain.

Si je veux faire de la menuiserie, si je veux travailler le bois, je dois m'enlever cette pression de la réussite. J'expérimente! Je peux alors profiter de ce cycle: l'idée m'est venue, j'ai mis des choses en place, j'ai le sentiment de compétence, et peut-être qu'à la fin, je vais être fier de mon idée! Si je réussis ça, je vais être plus motivé. Je vais peut-être avoir envie de m'investir dans un autre projet.

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