Actif en travaillant

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Martin Charette se sent plus efficace depuis qu'il s'exerce sur un Deskcycle.

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Marie-France Léger
La Presse

Passer sept à huit heures assis à son bureau nuit à la santé et peut notamment causer des troubles vasculaires, une augmentation du glucose dans le sang et des problèmes musculosquelettiques. Alors que travailler en pédalant, ou tout simplement debout, diminue le taux de sucre dans l'organisme, en plus d'améliorer la productivité. Tour d'horizon d'un secteur... qui bouge.

PÉDALER AU BOULOT

Depuis quelques années, les études qui prouvent les bienfaits du bureau actif s'accumulent. On entend par là l'accomplissement d'un exercice modéré au travail soit grâce à la station debout, la marche légère sur tapis roulant, le Deskcycle (pédalier portatif), ou le vélo stationnaire. Le travail assis sur un ballon ou une pastille d'exercice posée sur un siège agit aussi positivement sur le physique, en améliorant particulièrement l'équilibre et le travail abdominal.

Martin Charette travaille dans la même entreprise depuis 18 ans. L'automne dernier, il en a eu assez de rester assis sept heures par jour. Il passe la moitié de son temps à écrire au clavier et l'autre à analyser des documents à sa table de travail. Depuis le mois de novembre, il « roule » entre 1 et 2 km\h tout en travaillant, grâce à un pédalier d'exercice installé sous son bureau.

« Au net, je me sens plus efficace au travail, j'ai plus de concentration », constate le jeune homme qui s'estime par ailleurs en bonne santé physique.

Marie-Ève Mathieu, professeure de kinésiologie à l'Université de Montréal et chercheuse au CHU Sainte-Justine en santé métabolique, s'intéresse depuis longtemps aux effets du bureau actif. « Nous sommes en train de séparer de plus en plus la sédentarité de l'inactivité physique. Et de sortir du dogme que l'exercice doit être nécessairement intense. Il y a aussi de la place pour les petits mouvements - autrefois snobés - et qui gardent les muscles actifs », constate Mme Mathieu.

Une étude d'envergure, portant sur 118 participants, intitulée « A systematic review of standing and treadmill desks in workplaces », parue en novembre 2014 dans le journal scientifique Preventive Medicine, fait état d'une diminution du taux de glycémie et d'une hausse du bon cholestérol, grâce à l'utilisation du tapis roulant à vitesse modérée et du bureau à station debout.

Un tapis roulant au bureau peut par contre rapidement devenir gênant, en raison du bruit, et à plus de 1000 $ l'unité, n'est pas à la portée de toutes les bourses. Mais le travail en position debout, à l'aide d'un équipement beaucoup plus abordable, comme le Varidesk, apporte aussi un bénéfice considérable, en accroissant la dépense énergétique.

« Travailler en position debout augmente de 50 % la dépense énergétique par rapport à une position assise », souligne Marie-Ève Mathieu.

Elle souligne que plus une personne est en surpoids, plus elle bénéficiera de la station debout, car elle porte une charge plus lourde.

La productivité n'est pas en reste. Une étude réalisée à l'Université de Montréal et publiée en mars dernier dans le journal Forum conclut que marcher en travaillant améliore beaucoup le travail de mémorisation et d'attention. La recherche, réalisée par une équipe de Tech3 Lab de HEC Montréal, sous la direction d'Élise Labonté-Lemoyne, a permis de constater une amélioration de la rétention d'information chez les étudiants actifs.

Pendant 40 minutes, 18 étudiants devaient lire un texte tout en étant interrompus par l'arrivée de courriels. La moitié des participants lisait sur un tapis maintenu à une vitesse de 2,25 km\h, tandis que l'autre moitié accomplissait la tâche assise de façon habituelle. Les résultats ont montré que la probabilité de répondre correctement était de 35 % plus élevée chez les étudiants marcheurs.

L'ESSAYER, C'EST L'ADOPTER

Frédéric Ressaire est assistant directeur artistique chez Ubisoft Montréal. À 47 ans, il affirme avoir réglé son problème de troubles de l'attention en travaillant debout. Il utilise une table de travail et un écran rehaussables bien ajustés, sous la surveillance de l'ergonome de l'entreprise.

« Je mobilise une partie de mon cerveau différemment. J'ai beaucoup plus de facilité de concentration », constate M. Ressaire. Il travaille ainsi depuis six ans. Il a non seulement augmenté son efficacité, mais il ne ressent plus d'inconfort aux genoux. « J'ai une usure sévère du cartilage du genou. Et pour quelqu'un comme moi, la station assise, au bout de 40 minutes, ça devient difficile. »

Chez Ubisoft, on a compris que ce genre d'installation pouvait profiter aux employés aux prises avec un problème médical, souvent lié à des maux de dos, mais pas uniquement. Une dizaine d'employés utilisent des postes de travail similaires au siège de Montréal, dont les coûts sont assumés par l'entreprise. « On a des ergonomes à l'interne qui s'assurent avec l'employé qu'il a une bonne posture et un bon confort », soutient Cédric Oroine, vice-président ressources humaines et communications chez Ubisoft Montréal, entreprise qui se targue en plus d'offrir une salle d'entraînement ultramoderne.

Tout doucement, les bureaux « actifs » commencent à faire leur apparition, autant au travail qu'à la maison. Des professionnels, comme des kinésiologues ou des physiothérapeutes, y voient un bon moyen pour contrer l'immobilité devant les écrans, si nuisible à la santé. Le physiothérapeute Denis Fortier, auteur du livreConseils d'un physio, aux éditions Trécarré, milite pour cette approche. Lui-même lit sa tablette en faisant de la bicyclette stationnaire et du tapis roulant.

« Ça stimule mon niveau d'alerte et ma concentration », dit Denis Fortier, physiothérapeute.

Le physiothérapeute est toutefois d'avis qu'il faut y aller de façon raisonnable pour éviter de se blesser.

Selon lui, travailler debout une à deux heures par jour, surtout au début, serait suffisant. « Il faut y aller graduellement et, surtout, respecter l'alignement vertical adéquat du corps et la ligne horizontale main, poignet, coude. » Il recommande de privilégier d'abord la position debout plutôt qu'assise avec un appareil à pédales qui se glisse sous le bureau, comme le Deskcycle, car « c'est plus exigeant pour les abdominaux et les genoux ».

Martin Charette, lui, a opté justement pour le pédalier d'exercice, déniché sur Amazon à 250 $. Cet analyste en grande forme, qui oeuvre dans une entreprise de Laval, a d'abord tenté d'amadouer son employeur en suggérant un tapis roulant. Après un refus, il s'est tourné vers l'appareil à pédales. « Ça ne fait pas de bruit. J'ai ajusté mon écran, mon clavier et ma chaise à la bonne hauteur. Au début, je me demandais si je pouvais écrire, mais je n'ai pas de difficulté. Je ne mets pas beaucoup de résistance, mais je ne veux pas suer non plus ni être essoufflé. L'idée, c'est de bouger un peu. »

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