Entraînements d'enfer

Traverser 20 km d'obstacles extrêmes se fait plus... (Photo fournie par Though Mudder)

Agrandir

Traverser 20 km d'obstacles extrêmes se fait plus facilement en équipe. L'objectif des courses comme la Tough Mudder est rarement la performance, mais plutôt le fait de se dépasser et d'avoir du plaisir.

Photo fournie par Though Mudder

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Frédérique Sauvée

Collaboration spéciale

La Presse

Crossfit, Spartan Race, Tough Mudder et autres boot camps sont plus que jamais à la mode. À l'opposé des fervents adeptes du bien-être, de la détente et de la méditation, des hommes et des femmes sont prêts à payer des fortunes pour s'inscrire à des séances d'entraînement à la dure et à des courses extrêmes, dignes des pires tortures militaires. Pourquoi ce besoin d'aller toujours plus loin dans l'entraînement ? Et surtout : est-ce réellement salutaire pour le corps?

Mai 2013, Morin-Heights, des dizaines d'hommes et de femmes couverts de boue tentent d'escalader un mur glissant à l'aide d'une corde à noeuds. Ils portent les marques de terre et de fatigue de leur combat: ils viennent de ramper dans la boue sous des fils barbelés ou encore de soulever des blocs de béton, dans le cadre de course de 5 km de la Spartan Race. «Le parcours nécessitait du cardio, de la force musculaire sur tous les plans, que ce soit pour soulever des charges ou pour soulever son propre poids, de l'agilité et de la flexibilité pour grimper dans les murs de cordage», se souvient Stéphanie Desrochers, participante à cette dernière présentation.

L'entraînement intense et la privation de confort semblent être devenus une nouvelle tendance de la société. Les gens «considèrent leur moment de loisir comme un antidote au stress des temps modernes, à la sédentarité et à la suralimentation», remarque Chantal Neault, analyste au Réseau de veille en tourisme de la chaire de tourisme Transat de l'ESG UQAM, qui s'intéresse de près à ce nouveau phénomène. «Sciemment ou non, ils se divertissent de la même manière qu'ils travaillent: en repoussant leurs limites à l'extrême.»

«J'ai besoin de l'adrénaline ressentie pendant ce genre d'exercice. Étrangement, ça m'aide à me détendre et à faire le vide, ça me permet de penser à autre chose et de me surpasser», souligne Anne-Sophie Beaudoin-Martel, coureuse à la Spartan Race.

«On fait la course pour dépasser nos limites, sortir de notre zone de confort. Savoir si nous aussi, on est capable de le faire», explique de son côté Martine Bleau, autre participante.

L'omniprésence de la performance

Ces hommes et ces femmes semblent rechercher une bouffée d'adrénaline leur permettant d'oublier leur vie, l'instant d'une heure ou d'une semaine d'entraînement. Pourquoi en ont-ils tant besoin? Parce qu'ils occupent, pour la plupart, des postes astreignants à hautes responsabilités. Parmi les Américains qui pratiquent une activité sportive, 12% s'entraînent au moins cinq fois par semaine. Et 44% d'entre eux gagnent plus de 75 000$ US par an, selon une étude du National Institute of Health publiée en 2008. Sur le modèle de l'exigence requise dans leur entreprise, ces sportifs amateurs recherchent la performance, l'amélioration rapide de leurs capacités physiques et aussi la compétition. En somme, ils cherchent à vivre dans leur conditionnement physique une expérience aussi intense ou peut-être plus intense encore que dans leur vie professionnelle.

Le choix d'activités qui s'offre à eux est large. Sur l'heure de midi ou à la sortie du bureau, les cours de Crossfit se multiplient dans les grandes villes. Pour ceux qui veulent profiter de la fin de semaine pour se mettre en forme, les camps d'entraînement, mieux connus sous le nom de boot camps, s'organisent à même le gazon du parc voisin. Axés sur la puissance et l'endurance, ces entraînements de type parcours du combattant demandent aux participants d'enchaîner des séries d'exercices peu ordinaires: faire rouler de lourdes roues de camion, exercer son équilibre sur une poutre ou encore soulever des sacs de sable sur une courte distance.

L'entraînement au gym est-il dépassé?

«Au début, j'étais inscrit dans un gym avec entraînement personnel, mais je suis passé au Crossfit, car la variété d'exercices entraîne moins d'ennui et de monotonie», explique Anmi Weng, jeune professionnel de la finance et adepte du Crossfit depuis trois mois. «Dans les gyms, les coachs nous ménagent, car ils ont l'habitude des gens qui abandonnent devant la difficulté. Le Crossfit est davantage un environnement de défi où l'on travaille et souffre tous ensemble. Les programmes paraissent insurmontables, mais les terminer donne une satisfaction bien supérieure à celle que procure une simple séance de gym.» L'objectif est de transpirer, de brûler des calories, d'acquérir du tonus musculaire et d'améliorer son cardio loin des gyms et de leurs rangées de machines sophistiquées.

Nul besoin d'avoir la carrure de Rambo pour s'inscrire à ces séances, la majorité des programmes sont créés à partir du concept de mise en forme MovNat (mouvements naturels) faisant appel aux capacités musculaires de l'homme autant qu'à celles de la femme. Ainsi, le corps humain retrouve ses réflexes ancestraux de courir, sauter, garder son équilibre, se déplacer à quatre pattes, transporter ou encore attraper des objets. «Ce type d'entraînement n'est pas destiné aux marathoniens qui ne se concentrent que sur la course, mais plutôt aux sportifs qui souhaitent bonifier l'ensemble de leur corps», explique Christian Lévesque, rédacteur en chef de la revue Espaces, dont le cahier Tonic aborde les thèmes de l'entraînement et de la course. «Nous ne sommes pas tous faits pour aller au gym, à nous entraîner seuls pendant des heures. Le Crossfit et les boot camps permettent de s'entraîner une heure seulement, mais bien plus intensément, afin d'arriver aux mêmes résultats. Encore une fois, nous sommes dans une logique de productivité.» Il met aussi l'accent sur l'esprit de groupe développé par ces entraînements ainsi que les courses d'obstacles: «La Spartan Race et la Tough Mudder sont des courses qui changent des traditionnels marathons. Les gens s'amusent à se rouler dans la boue, à lâcher leur fou entre amis. Le but est rarement compétitif, terminer la course et avoir du fun, c'est ça, le plus important.»

Geneviève Langlois-Laflamme, participante de la Spartan Race, abonde dans ce sens. «Je pense que l'effet de groupe y est pour beaucoup dans ma participation. Pendant la course, nous avons couru en équipes de deux ou trois pour nous encourager, nous aider et surtout voir nos coéquipiers traverser les épreuves.» La capitaine d'une équipe de 10 collègues ajoute: «À la fin de la course, nous avions mal, mais nous étions comme des enfants de 5 ans qui reçoivent une médaille pour leur bonne participation. Ce n'est pas la performance qui compte, c'est seulement d'avoir relevé le défi ensemble.»

Est-ce si bon pour la santé?

Si les séances de Crossfit et de boot camp sont offertes dans un cadre sûr et par des entraîneurs qualifiés, les courses de type Spartan Race et Tough Mudder sont accessibles à tous, sans aucune vérification préalable de la forme physique des participants. Les organisateurs se contentent de faire signer à tous une décharge signifiant qu'ils assument pleinement les «risques de blessures et de mort» ! «Courir une vingtaine de kilomètres entrecoupés d'épreuves de type militaire, ce n'est pas anodin pour le corps», s'inquiète Charlen Berry, thérapeute du sport et ostéopathe à la clinique Stadium PhysOsteo, qui s'occupe, entre autres, des Forces armées canadiennes. «Grimper à un mur est une chose, savoir retomber au sol sans se blesser est plus délicat. Dans ce type d'épreuve, le corps s'adapte au stress qu'on lui fait subir, mais certaines blessures peuvent surgir plus tard. D'où l'importance de savoir dans quoi on s'embarque avant de s'inscrire à de telles courses, de se préparer adéquatement en amont de l'événement et, surtout, de bien s'échauffer avant l'épreuve.» Selon elle, le risque de ces courses n'est pas lié à l'épreuve elle-même, mais à la période parfois précoce à laquelle elles ont lieu. «Les compétitions du printemps entraînent toujours davantage de blessures que celles de l'automne. Le corps n'a pas encore repris son rythme de croisière et les erreurs peuvent être fatales.» D'où l'importance, après l'hiver, d'intensifier son entraînement progressivement en vue de ce type de course et surtout de se forger un moral de guerrier!

Durant 20 km, les participants à la Tough... (Photo fournie par Though Mudder) - image 2.0

Agrandir

Durant 20 km, les participants à la Tough Mudder doivent notamment traverser des collines boueuses, courir à travers des flammes ou encore transporter de lourds billots de bois.

Photo fournie par Though Mudder

Petit lexique de l'entraînement physique intense

Crossfit (ou Cross Fitness)

Technique de conditionnement physique, fondée par un ancien gymnaste, destinée à améliorer l'endurance cardiorespiratoire et musculaire, la puissance, la vitesse, mais aussi la souplesse, l'agilité et l'équilibre. Les séances suivent un programme d'exercices en salle au cours desquelles les participants sont amenés à courir, grimper à la corde, déplacer des poids et pratiquer un enchaînement rapide de mouvements de gymnastique et d'haltérophilie (tractions, flexions, squats, etc.). crossfit.com

Camp d'entraînement (ou boot camp)

Entraînement physique pratiqué en extérieur (dans un parc ou sur un terrain de soccer) qui consiste à enchaîner une série d'exercices (course à pied, sauts, hébertisme) le long d'un parcours. Puisant ses origines dans les entraînements militaires, le boot camp vise, comme le Crossfit, à améliorer les capacités cardiorespiratoires et musculaires ainsi qu'à créer une dynamique de groupe parmi les participants.

Spartan Race

Course d'endurance extrême et d'obstacles dont le parcours et les épreuves sont calqués sur les exercices d'entraînement de l'armée américaine. Plusieurs distances (de 1 mi à 42 km, distance d'un marathon) et difficultés sont proposées aux participants qui alternent course à pied et obstacles à franchir. Ils sont ainsi amenés à sauter au-dessus de flammes, ramper dans la boue, tirer ou pousser toutes sortes de poids ainsi que franchir de hauts murs de bois ou de béton. spartanrace.com

Tough Mudder

Sur le même principe que la Spartan Race, les participants doivent parcourir une distance de 20 km ponctuée d'obstacles à franchir. Parmi les épreuves les plus exigeantes, il est demandé de nager dans un bassin d'eau glacée, traverser un terrain électrifié, courir à travers des flammes et de la fumée et ramper sous des fils barbelés. Les participants peuvent concourir seuls ou en équipe. toughmudder.com

Les prochaines courses au Québec

15 juin

Mud Hero à Saint-Bruno (Montérégie) > 6 km, 16 obstacles

30 juin

Super Spartan Race à Mont-Tremblant (Laurentides) > 12 km, 35 obstacles

6 et 7 juillet

Tough Mudder à Bromont (Cantons-de-l'Est) > 18 km, 25 obstacles

17 août

Prison Break à Bromont (Cantons-de-l'Est) > 5 km, 15 obstacles

25 août

XMAN Race au mont Orford (Cantons-de-l'Est) > 7 km, 23 obstacles

31 août

Total Bouette à Québec (ville de Québec) > 5 km, 30 obstacles

7 septembre

Prison Break à Saint-Sylvestre (Chaudière-Appalaches) > 5 km, 15 obstacles

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer