Le ronflement en 10 idées reçues

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Le ronflement importunerait un foyer sur trois au Canada.

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Frédérique Sauvée

Collaboration spéciale

La Presse

Source de moqueries, voire de conflit conjugal, le ronflement importunerait un foyer sur trois au Canada. Voici quelques clés pour démystifier ce grand fléau de la chambreà coucher.

Le ronflement est un problème de congestion nasale

FAUX : Le nez n'a pas ou n'a que peu d'incidence sur le phénomène du ronflement. En réalité, ce bruit respiratoire souvent très désagréable est lié à la vibration des muscles et des muqueuses de la gorge, détendus pendant le sommeil. Le pharynx, organe qui a pour rôle de bloquer ou de laisser passer l'air pendant la respiration, a tendance à s'affaisser au cours de la phase de sommeil profond et réduit ainsi l'espace dans la gorge par lequel l'air doit arriver pour se rendre aux poumons. Il se produit alors une vibration des tissus souples de la bouche - voile du palais, base de la langue et luette - qui se traduit par un bruit inspiratoire de tonalité grave: le ronflement. Certaines personnes présentent un excédent particulièrement important de tissus au fond de la gorge et sont donc condamnées à ronfler.

Si une éventuelle congestion nasale peut amener le dormeur à ronfler, c'est parce que le nez bouché contraint l'air à ne passer que par la bouche. L'effort nécessaire pour faire circuler l'air est donc plus important et le vrombissement qui se déclenche au fond de la gorge est alors accentué.

Les hommes ronflent davantage que les femmes

VRAI : Les scientifiques ont réussi à dessiner le profil type du ronfleur: homme, de 50 à 70 ans, forte corpulence et «pomme d'Adam» proéminente! Dans un échantillon de population, les études ont prouvé qu'environ 40 % des hommes ronflent, contre 25% des femmes. Cela serait dû avant tout à des différences anatomiques. Le larynx proéminent de l'homme (appelé pomme d'Adam) ainsi que son pharynx, plus étroit que celui de la femme, réduisent l'espace de circulation de l'air dans la gorge et favorisent alors le risque de ronflement chez la gent masculine. Les hormones féminines, quant à elles, ont un rôle protecteur sur les tissus musculaires de la bouche et limitent le phénomène. Or, dès la ménopause, période à partir de laquelle les femmes produisent moins de progestérone et où les tissus sont moins toniques, les ronflements touchent indifféremment les deux sexes et peuvent avoir tendance à s'accentuer. Six personnes sur dix, hommes et femmes confondus, ronflent passé l'âge de 60 ans!

La fatigue est le principal facteur de ronflement

FAUX : Surpoids, tabagisme, consommation d'alcool ou encore de somnifères comptent autant comme facteurs de risque qu'une intense fatigue. Chacun a un impact plus ou moins modéré sur le phénomène du ronflement. La surcharge pondérale crée par exemple une couche de peau et de graisse anormale au niveau de la gorge, ce qui exerce une pression sur le système respiratoire. L'alcool et certains somnifères ont, quant à eux, une influence directe sur le système nerveux et accroissent le relâchement musculaire pendant la nuit. De la même manière, le manque de sommeil provoque une augmentation de la quantité de sommeil lent profond, un stade où le relâchement musculaire est maximal et le ronflement, plus important. Enfin, la position allongée sur le dos est elle aussi en cause puisqu'elle entraîne la langue vers l'arrière du palais, ce qui réduit le passage de l'air.

Heureusement, il est possible d'agir sur tous ces éléments pour limiter le ronronnement nocturne.

Ronfler n'a aucun impact sur la santé

FAUX : Le ronflement est largement subi, en l'occurrence par l'entourage du dormeur, mais rarement considéré comme sérieux alors qu'il peut être le symptôme caché d'un trouble du sommeil dommageable pour la santé du ronfleur: l'apnée du sommeil. Ce trouble grave se caractérise par des ronflements intenses suivis de pauses silencieuses (10 secondes environ) qui se révèlent être des arrêts respiratoires durant le sommeil. Les conséquences peuvent être multiples, comme les dénombre le Dr Masse, chirurgien-dentiste spécialiste du traitement de l'apnée du sommeil: «Somnolence en journée à la suite de microréveils répétitifs, maux de tête matinaux, irritabilité et, à plus long terme, hypertension artérielle, dépression et problèmes cardiovasculaires dus à une mauvaise circulation de l'oxygène jusqu'au cerveau. L'apnée du sommeil dite «obstructive» toucherait 2 % des femmes et 4% des hommes âgés de 30 à 60 ans.» Tous les ronfleurs ne souffrent pas de ce trouble du sommeil, mais certains ronflements, surtout ceux suivis d'une pause, ne doivent pas être pris à la légère.

Le ronflement peut conduire au divorce

VRAI : L'intensité du ronflement peut atteindre 95 décibels, soit l'équivalent d'un camion passant à proximité! Or, qui dort paisiblement à côté d'une autoroute?

Selon une étude menée en France par la chaîne hôtelière du groupe InterContinental Hotels, plus de 60 % des personnes en couple perdent entre 15 minutes et 5 heures de sommeil par nuit à cause des respirations bruyantes de leur partenaire. Coups de coude, sifflements, tout est bon pour obtenir un moment de répit sonore pendant la nuit. Plus d'une personne sur quatre est ainsi obligée de réveiller son partenaire qui ronfle.

Rosalind Cartwright, chercheuse américaine et fondatrice du Centre des troubles du sommeil en Illinois, étudie de près les couples aux prises avec des problèmes de ronflement. «Nos résultats indiquent que le sommeil de la femme est réellement perturbé à cause des bruits émis par le mari la nuit. Ce n'est pas un problème mineur. Le manque de sommeil chez les deux conjoints crée une situation remplie d'hostilité et de tension.» Ainsi, 10 % des couples font chambre à part et près de 11 % ont failli se séparer à cause des problèmes de ronflement.

Pour chaque ronfleur, un traitement

VRAI : Le marché de l'antironflement est florissant! Si certains traitements vendus sur l'internet ont l'allure de véritables gadgets, d'autres, en vente dans les pharmacies et les cliniques, ont prouvé leur efficacité et sont à essayer avant d'avoir recours à une opération. Parmi les moins convaincants, on trouve: les bracelets, bagues et anneaux dans le nez, que l'on peut se procurer sur l'internet ou en vente par correspondance, dont les effets ont rarement été prouvés, hormis par des firmes médicales douteuses.

En pharmacie, on peut trouver généralement une large gamme de bandelettes qui facilitent le passage de l'air par les narines ou encore des vaporisateurs lubrifiants qui ramollissent les tissus et muscles de la gorge mis en cause dans le ronflement. Une solution pour ronfleurs occasionnels. Si le problème persiste, le Dr Masse préconise l'utilisation d'une orthèse dentaire. «Portée toutes les nuits, celle-ci modifie légèrement la position de la mâchoire et maintient la langue vers l'avant afin d'éliminer, dans 90 à 95 % des cas, le risque de ronflement.» L'orthèse est aussi largement conseillée en cas d'apnée du sommeil. Enfin, pour ceux qui préfèrent les méthodes douces, des rééducations antironflement, basées sur des exercices qui raffermissent les muscles de la gorge, peuvent être faites chez soi ou chez des orthophonistes.

Il faut toujours écouter les remèdes de grand-mère

FAUX : On m'a dit de surélever la tête et de dormir sur le côté pendant la nuit... Moi, j'ai entendu dire qu'il faut coudre une balle de tennis dans le haut du dos de son pyjama... Ma grand-mère disait toujours de dormir avec une noix dans la bouche! Fléau nocturne depuis la nuit des temps, le ronflement a été la source d'inspiration de toutes sortes de solutions, qu'elles découlent du gros bon sens ou qu'elles soient totalement fantasques. Avant d'en arriver à ces méthodes, parfois barbares, dans le but de stopper le problème du ronflement, quelques règles d'hygiène sont d'abord à adopter: perdre du poids, ne pas boire d'alcool moins de deux heures avant de se coucher, prendre un décongestionnant ou un antihistaminique avant d'aller au lit, faire fonctionner un humidificateur pour améliorer la qualité de l'air dans la chambre. Bien sûr, la balle de tennis dans le pyjama vous assurera de ne jamais dormir sur le dos, mais la noix dans la bouche, autrefois recommandée afin d'agrandir le canal d'air au fond de la gorge, risque cependant de vous étouffer au lieu de vous faire dormir comme un bébé...

Passer sous le scalpel : le dernier recours?

VRAI : Les remèdes de grand-mère n'ont pas fonctionné, les traitements du médecin non plus? Peut-être votre problème de ronflement vient-il finalement d'une anomalie au niveau du pharynx? Dans ce cas seulement ou en cas d'apnée du sommeil risquée pour la santé, il pourrait falloir envisager un traitement chirurgical. L'opération, qui a lieu sous anesthésie générale, consiste à raccourcir le voile du palais, à enlever une partie de la luette (intervention alors appelée pharyngoplastie) ou à retirer les amygdales (amygdalectomie) si elles sont obstructives. L'opération impose une hospitalisation de deux ou trois jours, en moyenne.

Si le bistouri vous fait peur, l'intervention laser, qui se déroule en plusieurs séances sans hospitalisation ni anesthésie, est une autre solution intéressante. De même que la radiofréquence (ou somnoplastie), qui n'est pas une vraie opération, mais permet de rétracter les tissus et de diminuer les vibrations du voile du palais grâce à des électrodes. Une discussion avec son médecin et son chirurgien permet d'y voir plus clair avant de se lancer.

À savoir : si l'efficacité de ces techniques est satisfaisante, elle ne persiste pas à très long terme. Les ronflements ont tendance à réapparaître avec l'âge ou la prise de poids.

Mon enfant ronfle, mais je ne m'inquiète pas

FAUX : Pas besoin de s'alarmer, mais il faut tout de même rester vigilant. Si l'enfant ronfle de manière régulière, c'est-à-dire en dehors de périodes de rhume ou d'allergie, cela peut traduire un problème sérieux de respiration. Environ 11% des enfants (âgés de 4 à 9 ans) ronflent, et cette proportion augmente dramatiquement lorsque les parents sont fumeurs. Fatigués au réveil, irritables et agités en journée, ils présentent des symptômes inquiétants qu'il faut surveiller. «Les troubles respiratoires du sommeil seraient sous-rapportés autant chez les adultes que chez les enfants», estime Nelly Huynh, professeure à la faculté de médecine dentaire de l'Université de Montréal. «Les parents devraient être attentifs à la respiration nocturne de leur enfant, à son humeur, à sa fatigue. Les professionnels de la santé devraient quant à eux poser des questions sur le sommeil de l'enfant et même sur celui du parent. Si ce dernier est apnéique, il y a de fortes probabilités que le jeune le soit aussi.» Ces enfants ronfleurs peuvent aussi souffrir d'un volume anormal des amygdales. Il est alors nécessaire de pratiquer une opération afin de les retirer et ainsi libérer les voies respiratoires de l'enfant.

Les chanteurs ne ronflent jamais

VRAI ET FAUX : Rien n'a jamais été prouvé, mais les médecins ont remarqué que les gens qui font beaucoup fonctionner leur souffle et leur voix ont des prédispositions à ne pas ronfler. Jouer du Didgeridoo (sorte de grande flûte australienne) a même été l'objet d'une étude publiée dans le British Medical Journal afin de démontrer les bienfaits des techniques du souffle dans ce long instrument sur des patients atteints d'apnée du sommeil. L'augmentation de la capacité pulmonaire serait donc peut-être un facteur de diminution du ronflement et des autres troubles du sommeil liés à la respiration. Certains médecins prescrivent désormais le chant pour guérir du ronflement.

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