Drogués au stress

Grâce aux recherches menées notamment par le Centre... (Illustration : Leila Alexandre, La Presse)

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Grâce aux recherches menées notamment par le Centre d'études sur le stress humain, à Montréal, on sait aujourd'hui que le stress est indispensable à notre survie et qu'il aide notre système à demeurer efficace.

Illustration : Leila Alexandre, La Presse

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Joëlle Currat

Collaboration spéciale

La Presse

On s'en plaint, on connaît ses effets dévastateurs sur la santé, mais pourrait-on se passer des sensations qu'il nous procure? Sommes-nous devenus dépendants du stress?

Qui ne rêve pas d'une mer bleu azur ou d'un chalet au fond des bois, quand le quotidien nous submerge? Mais sans nos doses journalières d'excitants, nos agendas surchargés et nos priorités prioritaires, on trouverait sans doute la vie fade et sans intérêt. À force de vivre sous pression, serions-nous devenus accros au stress?

«À l'heure actuelle, aucune étude scientifique ne fait état d'une possible dépendance au stress, indique la Dre Marie-France Marin, affiliée au Centre d'études sur le stress humain de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal. On sait, cependant, que le cerveau adore être stimulé. Lorsqu'il est coupé de ses sources de stimulation, il cherche à prolonger son activité. C'est ce qui explique que, certains soirs, malgré notre état de fatigue, on n'arrive pas à s'endormir. En l'absence de stimulations extérieures, le cerveau repasse les scènes qui ont eu lieu dans la journée. Comme il ne fait pas la différence entre ces pensées et la vie réelle, les mêmes éléments déclencheurs de stress entrent en jeu. L'organisme va donc sécréter les hormones du stress - adrénaline, cortisol - de la même façon que s'il faisait face à une situation concrète. Le rôle de ces hormones est de mobiliser l'énergie pour faire face au danger. Votre système est en état d'alerte, ce n'est donc pas le moment de dormir!»

Afin de combattre ce type d'insomnie, Mme Marin recommande de ne pas faire de coupure brusque entre les phases d'activité intense et le repos. Elle suggère également de prendre des pauses pendant la journée, de façon à habituer le cerveau à fonctionner sans stimulation. Une simple marche et des respirations abdominales profondes suffiront, dans un premier temps, à relâcher la pression. «Apprendre à pratiquer un sport ou une langue étrangère est un excellent moyen de procurer à son cerveau de saines stimulations, ajoute-t-elle. Ainsi, on réduit son habitude de recourir à des ruminations pour rester actif.»

Des croyances toxiques

Selon Nicolas Chevrier, psychologue du travail, si une personne perpétue un comportement générateur de stress, c'est à cause de ses perceptions et de ses croyances. «Par exemple, si un comptable pense que sa performance est évaluée en fonction de sa disponibilité et craint d'être renvoyé s'il manque un appel, il laissera son téléphone allumé en tout temps. Il vivra en état de tension permanent qui peut dégénérer en stress chronique, puis en burnout. Dans une telle situation, au lieu d'imaginer le pire, on peut vérifier avec son employeur quelle est la politique de l'entreprise concernant les horaires de travail et l'usage des appareils électroniques.»

Florence St-Amand, informaticienne de 45 ans aujourd'hui à son compte, a connu ce genre de problème dans le poste qu'elle occupait auparavant dans le secteur financier. Elle passait plus de 60 heures par semaine au bureau afin d'atteindre les objectifs très élevés qu'on exigeait d'elle. «Quand ma santé s'est détériorée et que j'ai dû subir une opération, j'ai pris conscience que je ne pouvais plus continuer ainsi. En plus, je me sentais complètement vidée, déprimée et dépassée par les événements.» En suivant une thérapie pour apprendre à gérer son stress, Florence a constaté qu'elle n'arrêtait pas de ruminer, comme si elle s'intoxiquait avec ses propres pensées et ses émotions. «Je croyais que je n'étais pas assez performante ni assez intelligente et que je n'avais aucune valeur, se rappelle-t-elle. Je me persuadais d'être obligée d'occuper un emploi insatisfaisant. Ce qui m'a beaucoup aidée, c'est d'apprendre à changer mon discours intérieur et à voir la réalité de façon plus objective.»

Gabrielle Tardif, 26 ans, gestionnaire dans une PME, souffrait de problèmes digestifs liés au stress. «J'avais constamment une boule à l'estomac, dit-elle. Je me faisais tout le temps du souci, comme si j'étais seule responsable de la bonne marche de l'entreprise. J'étais consciente des conséquences de ce comportement sur ma santé, mais je n'arrivais pas à y mettre fin.» C'est alors qu'elle a décidé de consulter un psychologue. La jeune professionnelle a dû apprendre à s'observer, à percevoir à quels moments les symptômes apparaissaient et à dialoguer avec elle-même. Mais il est difficile de changer sa façon d'agir quand on l'associe à de la performance! «Je voulais continuer à accomplir mes tâches à la hauteur de mes attentes. Les exercices appris lors des séances thérapeutiques ont finalement porté leurs fruits. Un jour, j'ai fait face à une situation très stressante qui concernait la viabilité de l'entreprise. Pour la première fois, j'étais capable de faire preuve de détachement. J'ai réalisé que mon niveau de performance était resté le même et que, par conséquent, je n'étais aucunement responsable des difficultés que connaissait mon entreprise.»

Modifier sa programmation

Selon Nicolas Chevrier, psychologue du travail, des croyances comme «je dois être performant en tout temps», «je dois pouvoir me débrouiller seul» ou encore «les choses doivent se passer comme prévu» peuvent devenir des sources de stress. Quand il aide ses clients à assouplir ces règles, il constate chez eux un relâchement des tensions. Leurs attentes envers eux-mêmes diminuent. «Si une personne croit qu'elle doit réussir parfaitement tout ce qu'elle entreprend, par exemple, elle devrait plutôt se dire qu'elle doit accomplir adéquatement les tâches qui lui sont confiées, explique-t-il. Croire qu'on doit être aimé de tous ses collègues fait également partie des croyances nocives. Tôt ou tard, on devra bien se rendre à l'évidence que, quoi qu'on fasse, on ne pourra jamais être apprécié de tout le monde.»

Grâce aux recherches menées notamment par le Centre d'études sur le stress humain, à Montréal, on sait aujourd'hui que le stress est indispensable à notre survie et qu'il aide notre système à demeurer efficace. Alors, même si on ne risque pas d'en devenir accro, on peut tout de même éviter que ses effets néfastes ruinent notre santé. «Il s'agit de reconnaître les éléments qui induisent notre stress et de trouver des façons de composer avec lui, conclut Marie-France Marin. Et si on souffre de stress chronique et qu'on sent qu'on perd pied, on doit aller chercher de l'aide. Consulter le site stresshumain.ca est un excellent point de départ!»

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