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La lecture impose au cerveau de modifier sa façon de fonctionner

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Christine Courcol
Agence France-Presse
Paris

L'apprentissage de la lecture, phénomène trop récent pour avoir influencé l'évolution génétique, a un impact important sur le cerveau qui s'adapte et utilise, quel que soit l'âge de l'alphabétisation, des régions cérébrales dédiées à d'autres fonctions.

«On n'a pas de système cérébral inné spécialisé pour la lecture, on doit faire du bricolage, utiliser des systèmes qui existent déjà», explique à l'AFP Laurent Cohen (Inserm, AP-HP), un des responsables de l'étude publiée en ligne jeudi dans la revue américaine Science, conjointement avec Stanislas Dehaene (Collège de France, Unité CEA/Inserm).

Les chercheurs ont mesuré par IRM fonctionnelle (susceptible de visualiser l'activité du cerveau) l'activité cérébrale d'adultes volontaires diversement alphabétisés.

63 adultes ont participé à l'étude : 10 analphabètes, 22 personnes alphabétisées à l'âge adulte, 31 personnes scolarisées depuis l'enfance. La recherche a été menée au Portugal et au Brésil, pays dans lesquels il y a quelques dizaines d'années il était «relativement fréquent» que des enfants n'aillent pas à l'école. Les adultes étaient soumis à différents stimuli tels que phrases parlées et écrites, mots, visages...

Les chercheurs ont pu ainsi comparer l'activité cérébrale d'adultes analphabètes avec celle de personnes alphabétisées, dans l'enfance ou à l'âge adulte, et mesurer l'impact de l'apprentissage de la lecture sur le cerveau.

Ils ont constaté que l'impact de l'alphabétisation était «bien plus étendu que les études précédentes ne le laissaient penser» et concernait aussi bien les aires visuelles du cerveau que celles utilisées pour le langage parlé.

«L'apprentissage de la lecture active le système visuel dans des régions spécialisées dans la forme écrite des lettres, ce qui est normal, mais aussi dans les régions visuelles primaires, celles où arrive toute l'information visuelle», a précisé Laurent Cohen à l'AFP.

Il relève à ce propos que chez les gens qui apprennent à lire, les réponses augmentent aussi dans ces régions primitives «quand on présente des damiers horizontaux, car notre lecture est horizontale, mais pas quand on présente des damiers verticaux».

Les aires spécialisées dans le langage parlé sont aussi mises à contribution, puisque la lecture «active le système du langage» en faisant prendre conscience des sons et permet «d'établir des liens entre système visuel et système du langage, les lettres écrites et les sons», souligne le chercheur.

À noter encore, l'apprentissage de la lecture, même adulte, entraîne une redistribution par le cerveau d'une partie de ses ressources. Ainsi la reconnaissance visuelle des objets et des visages cède partiellement la place à mesure qu'on apprend à lire et se déplace «partiellement dans l'hémisphère droit».

On ne sait pas à ce jour si apprendre à lire a une conséquence négative sur la capacité à reconnaître les visages.

Enfin, «trouvaille vraiment frappante», comme dit Laurent Cohen, et preuve de la plasticité des circuits du cerveau, l'alphabétisation à l'âge adulte a le même impact sur le cerveau que l'alphabétisation à l'âge enfant.

Chez les adultes qui apprennent à lire, «les changements que ça provoque sont presque exactement les mêmes» que chez ceux qui ont appris dès l'enfance même s'ils n'aboutissent pas à des résultats aussi bons, faute d'entraînement.

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