Les artistes de la séduction: techniques et confiance en soi

Montréal, bar Le Saint-Sulpice, 22 h. Une demi-douzaine de membres de

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Catherine Perreault-Lessard
La Presse

Montréal, bar Le Saint-Sulpice, 22 h. Une demi-douzaine de membres de seduire.ca se rencontrent au deuxième étage pour une nightgame. Ils sont brun, roux, blond, noir, asiatique, caucasien. Ils sont cégépien, informaticien, spécialiste du télémarketing, chômeur. Mais, par-dessus tout, ils sont en chasse.

Après quelques cordiales poignées de main, les hommes prennent place autour de la table. Au lieu d'ouvrir la conversation en se présentant ou en parlant du dernier match du Canadien, ils entrent directement dans le vif du sujet : les techniques de séduction.

Le plus jeune du groupe, Spy19, sort de la poche de sa chemise rayée un carnet qu'il présente aux autres membres du groupe. « J'ai réfléchi à des openers cette semaine, dit-il. Dites-moi ce que vous en pensez. » Sans attendre, il parcourt les pages de son cahier. Blagues, tours de magie, tactiques d'hypnose... Tout y passe. Les autres gars sont suspendus à ses lèvres : on croirait entendre Jésus devant ses disciples.

La serveuse interrompt la conversation pour prendre leur commande. Plutôt que de choisir de la bière ou des verres, les garçons demandent de l'eau et des boissons énergisantes, histoire de garder la tête bien froide. Spy19 poursuit.

« Bon, maintenant, chacun notre tour, on va parler de nos forces et de nos faiblesses. Toi d'abord ! lance-t-il au petit brun avec un collier en coquillages assis à côté de lui.

-Moi, je suis pas super pour les openers, mais je suis bon pour entretenir la conversation.

-O.K., toi, continue Spy19 en montrant un sosie de François Massicotte à l'autre bout de la table.

-Moi, ma force, c'est surtout le neg, sauf que je suis vraiment nul avec le kino. Ça me gêne...

-Ah, moi, je suis pas pire avec ça, relance un autre, mais je préfère faire ça pendant les daygames. » Tour à tour, les hommes répondent à la question qui leur a été lancée avec le plus grand sérieux. L'atmosphère est lourde. Pour briser le malaise, Spy19 -le leader du groupe- leur propose de se séparer en sous-groupes. « Il ne faut pas que tout le monde reste dans le même coin, sinon on va brûler nos sets. On devrait se disperser en équipes sur les étages, dit-il. On se revoit dans une heure et demie pour débriefer. Cool ? » Sans hésiter, les hommes se regroupent deux par deux avec leur allié naturel, puis se répartissent dans les différentes salles du Saint-Sulpice.

La soirée ne fait que commencer. Pas comme dans les films

Silverman21 et Marc007 -qui ont beaucoup échangé récemment sur l'art de la séduction sur seduire.ca- décident d'unir leurs forces.

Ce soir, c'est leur première fois sur le terrain. En préparation pour leur nightgame, les deux jeunes hommes dans la vingtaine ont étudié toutes les bibles recommandées par les membres du site : The Game, Double your Dating et The Mystery Method. Résultat ? Leur cerveau est plein à craquer des méthodes qu'ils ont assimilées au cours des dernières semaines : de la règle des trois secondes à la programmation neurolinguistique en passant par les techniques de « kino » et des dizaines et des dizaines de phrases d'accroche. Dans la communauté, ils sont ce qu'on appelle des keyboard jockeys. Bien qu'ils connaissent la théorie sur le bout des doigts, ils n'ont jamais testé leurs connaissances dans la réalité.

À l'occasion de leur première sortie de chasse, les deux Longueuillois ont suivi les conseils des gourous de la séduction et se sont habillés pour être remarqués : Silverman21 a acheté un chapeau blanc et Marc007 porte fièrement une chemise rose.

Afin de trouver l'endroit parfait, ils parcourent les salles du Saint-Sulpice. Après 15 minutes de recherche terrain, les voici au dernier étage du bar, où se trouve la piste de danse. Et les filles. Bingo.

« Faudrait ouvrir un set ! balance aussitôt Silverman21 à Marc007.

-Pas tout de suite. Attends juste un peu », lui répond son acolyte.

Les deux garçons s'installent au bar et commandent un autre verre d'eau.

Ils y passeront toute la soirée : les mains moites, le coeur qui bat la chamade et la tête remplie de théories. Ils ne bougeront pas d'un poil et ne feront aucun premier pas, figés comme des étudiants en première année de médecine à qui on aurait demandé de faire une opération à coeur ouvert.

Touché-coulé

Une deuxième équipe est déployée sur le terrain. Après quelques minutes de recherche, BadBoy, Fanck27 et Spy19 -qui n'en sont pas à leurs premiers faits d'arme- décident de marquer leur territoire autour de la table de billard. Ils empoignent des queues accrochées au mur et commencent une partie.

Un groupe de jeunes universitaires se pose à un mètre d'eux. « Checkez ça, les gars. Il y a vraiment un beau set à côté de nous, dit BadBoy en posant les yeux sur la petite brune. Celle-là, il faut que j'aille la voir. J'ai pas le choix. C'est la three-second rule. » Sans hésiter, le grand gaillard fonce vers la brune d'un pas ferme et ouvre la conversation avec une technique qu'il a apprise durant la semaine : la lecture des lignes de la main.

« Toi, là, aimerais-tu ça que je te dise ton avenir ?

-Euh... bof... pas vraiment. Je crois pas beaucoup à ça.

-O.K., O.K. En tout cas, t'as l'air d'une fille qui sait ce qu'elle veut.

-Ouais, pis c'est pas toi. »

Incapable de la relancer, BadBoy retourne vers ses amis, qui lui offrent une bonne tape consolatrice sur l'épaule.

C'est au tour de Franck27 de reprendre le flambeau.

Une belle blonde vêtue d'un chandail bleu poudre passe devant lui. Il l'attrape par le bras en risquant une technique de kino. « High five ! » lui dit-il en lui présentant la paume de sa main. Déstabilisée, la jeune fille lui présente la sienne, puis poursuit son chemin dans le Saint-Sulpice, les pupilles en forme de point d'interrogation. Cassé.

Tous les espoirs reposent maintenant sur Spy19. Leader parmi les leaders, il se rue vers la plus belle fille du bar. Sa tactique d'approche ? Un neg, évidemment. « Excuse-moi, je voulais te dire, je regarde ton chandail depuis tantôt... Est-ce qu'il est à ta grand-mère ? » lui balance-t-il.

Sa cible manque de s'étouffer avec sa bière. Elle jette un regard à ses amies, les suppliant de venir la sauver. C'est peine perdue.

Tout n'est pas aussi rose qu'on le croit au royaume des players.

Mais Spy19 ne s'en préoccupe pas et propose une autre partie de billard à ses nouveaux amis.

Le pro parmi les pros

De son côté, RonJeremy décide de faire cavalier seul au sous-sol, où se trouve le fameux karaoké. Il est à peine entré dans la salle que, déjà, il attrape le micro pour interpréter Sleeping In My Car de Roxette.

Dans la communauté, RonJeremy est reconnu comme un maître de la séduction, ce qu'on appelle dans le jargon un pick-up artist. Dans la même soirée, il peut aborder une trentaine de filles sans se faire repousser et repartir avec une dizaine de numéros de téléphone. C'est sans parler de la conquête avec laquelle il finira la soirée.

Même s'il n'est pas une beauté naturelle, RonJeremy, du haut de ses six pieds, a l'air d'une vraie rockstar avec ses longs cheveux frisés et son t-shirt de Metallica. Et sur scène, il est à l'aise comme un poisson dans l'eau : il tape du pied, danse et passe la main dans ses cheveux.

Au premier refrain, les filles près de la scène le dévorent des yeux et se déhanchent comme Shakira pour attirer son attention. Pendant les pauses, il s'approche d'elles, leur caresse le bras et leur sourit à pleines dents en chantant « I will caress you ». À la fin de la chanson, elles ne se peuvent tout simplement plus. Et le beau brun les maintiendra ainsi en haleine jusqu'à ce que les néons du bar s'allument. À la fin de la soirée, elles seront deux à faire des pieds et des mains pour le ramener dans leur lit.

En regardant RonJeremy sur scène, tout devient clair et on comprend qu'il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre le secret de la séduction. Pas besoin de neg, de kino ou de « règle des trois secondes ». Pas besoin d'anchor, de programmation neurolinguistique ou d'hypnose. Seulement une bonne dose de confiance en soi.

Aussi cliché que ça puisse paraître.

Tous les pseudonymes utilisés dans cet article sont fictifs.




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