Du Conti au Rouge Gorge

Le décor est signé Zébulon Perron et nous... (Photo La Presse)

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Le décor est signé Zébulon Perron et nous plonge immédiatement dans une atmosphère de brasserie à la française sans tomber dans les clichés de l'imitation.

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Avant de devenir critique gastronomique, je pouvais me faire le cadeau d'aller toujours aux mêmes restaurants.

Je ne me plains pas de mon sort actuel, loin de là, mais il y a un grand plaisir à devenir une «habituée» d'une table qu'on aime bien.

À l'époque, sur ma liste, il y avait Ouzeri, le Laurier, l'Arahova de la rue Saint-Viateur (parfait avec de jeunes enfants), Tchang Kiang y a aussi longtemps figuré. À Ottawa, où j'ai habité quatre ans, c'était le Deluxe et Domus.

Et puis il y a eu le Continental, rue Saint-Denis.

À une certaine époque, j'y mangeais tout le temps.

J'aimais l'ambiance et la déco avec cette improbable hélice d'avion, je prenais toujours la salade d'épinards aux amandes avec une vinaigrette aux agrumes. J'adorais revoir les mêmes visages, être accueillie par le même maître d'hôtel, qui connaissait mon nom.

J'ai arrêté d'aller au Continental en particulier et fait une pause des restaurants en général le jour où les nausées de femmes enceintes m'ont coupé l'appétit, notamment parce qu'à l'époque, il était encore permis de fumer dans les lieux publics. Lorsque j'ai essayé d'y retourner, quelques enfants plus tard, ce n'était plus pareil.

C'est donc avec un mélange d'appréhension et aussi sincèrement d'un peu de nostalgie que je me suis rendue récemment à quelques reprises chez Rouge Gorge, le bar ouvert par des anciens du Continental, fermé l'an dernier après 27 ans en affaires.

L'ancienne bande, dont Alain Rochard qui est encore et toujours à l'accueil et qui travaille maintenant avec son fils Julien en cuisine, a transporté ses pénates avenue du Mont-Royal Est. L'adresse est facile à retenir: 1234.

Ce n'est pas un restaurant comme avant, mais bien un bar à vins, et la carte qui leur est consacrée est effectivement fort intéressante, avec beaucoup de crus naturels ou bio bien faits, à prix abordables.

Et c'est pour cela qu'on y va et qu'on y retourne. Pour le bon vin et, comme au vieux Conti, pour l'atmosphère.

Mais on peut aussi y manger. La carte est courte, mais accessible, à prix sympathiques. On y retrouve la salade verte du Conti, un classique pas compliqué avec une vinaigrette un peu asiatique. Il y a un osso buco de jarrets de porc, servi avec du topinambour et des petits champignons de Paris. La viande n'était pas aussi tendre qu'on l'aurait espéré pour ce genre de mijoté, mais le plat de type brasserie était néanmoins fort savoureux. La salade de betteraves avec fromage de chèvre frais, déposé dans l'assiette comme une pommade, est aussi agréable sans révolutionner le genre. J'ai adoré le tataki d'espadon, tendre et très frais, proposé avec quelques carottes, des haricots verts encore bien croquants.

Comme c'est un bar à vins, on peut aussi ne pas se casser la tête et tout simplement commander une assiette de fromages d'ici ou de charcuteries locales servies sur une planche de bois. Pensez mousse de foies de volaille, salami, jambon de canard... Servi avec de petites marinades maison. Goûteux, pas banal. Et le pain est bon, comme il était bon, je me rappelle, au Conti.

Au départ, la maison ne servait pas de dessert, juste du salé pour aller avec le vin. Mais les clients ont demandé des petits plats sucrés et c'est ainsi que des gâteaux préparés par la maison SoupSoupe ont atterri sur le menu. Il y a le fameux pudding chômeur à l'érable, que j'ai trouvé, je dois le dire, très savoureux parce que vraiment bien sucré au sirop, mais somme toute un peu sec. Tout ça pour ça? Peut-être faut-il encore changer la recette? Le cake à l'orange, aux amandes et au coco, sans gluten, est lui aussi très costaud, servi avec une sauce au chocolat. On pourrait faire tout aussi satisfaisant en un peu moins lourd.

Mais ce n'est pas pour ça qu'on va au Rouge Gorge. C'est pour un bon verre de pinard, les copains et même le match de hockey sur l'écran géant dans le fond du bar, pour ceux que ça intéresse, élément crucial par les temps qui courent.

Le Rouge Gorge

1234, avenue du Mont-Royal Est, Montréal

514 303-3822

> Prix: Plats entre 8$ et 25$. Assiette de fromages à partager à 13$, de charcuteries à 15$. Desserts 7$.

> Carte des vins: Vraiment très intéressante, avec beaucoup de belles bouteilles provenant de petits producteurs naturels, bio ou tout simplement «propres» ou authentiques, à prix très variés. Beaucoup de trouvailles fort accessibles.

> Service: Accueil chaleureux, efficace, même si le lieu était toujours archiplein quand j'y suis allée.

> Atmosphère: Beaucoup de gens du Plateau qui se retrouvent entre copains. Le genre d'endroit où l'on peut aussi aller seul et tomber sur des amis ou manger au comptoir tranquille.

> Décor: Le décor est signé Zébulon Perron et nous plonge immédiatement dans une atmosphère de brasserie à la française sans tomber dans les clichés de l'imitation. On aime le comptoir de marbre, les grandes fenêtres dégagées, l'éclairage précis.

(+) L'atmosphère, l'accueil, la carte des vins.

(-) Les desserts un peu lourdauds.

On y retourne? C'est déjà fait.




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