Bethlehem XXX: artiste aux fourneaux

Jardinières de fleurs en plastique bordant l'entrée, sombreros... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE)

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Jardinières de fleurs en plastique bordant l'entrée, sombreros mexicains, masques vénitiens, lumières clignotantes sur les murs, toutous coiffant le bar, os géant sur le comptoir, torse de mannequin de plastique illuminé...

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En cette veille de Pâques, vous cherchez peut-être un restaurant où prendre le brunch. Ou pour fuir la réalité familiale traditionnelle après une surdose de cocos, lapins en chocolat, etc. Le restaurant dont je vous parle cette semaine est dans la catégorie excentrique, un endroit pour aller se réfugier pour tout oublier. Le genre de lieu où on va quand on a 20 ou 30 ans, pour vrai ou dans sa tête, et une féroce envie de nouveauté, de dépaysement.

Le Bethlehem XXX est installé sur le boulevard Saint-Laurent, tout juste avant la Petite Italie, après le Mile End. Le nom est inscrit sur la porte avec des étiquettes métalliques dépareillées achetées à la quincaillerie. Les proprios ont-ils manqué d'argent?

Pas du tout. C'est un effet de style qui se poursuit partout dans ce restaurant.

Jardinières de fleurs en plastique bordant l'entrée, sombreros mexicains, masques vénitiens, lumières clignotantes sur les murs, toutous coiffant le bar, os géant sur le comptoir, torse de mannequin de plastique illuminé...

Le lieu est totalement éclectique, déroutant, décoiffant. Accrochés au plafond, deux écrans télé projettent en boucle des vidéos de danse tribale en noir et blanc. La lumière est hyper tamisée, notamment par toutes sortes de tentures accrochées dans les fenêtres, alors que des coussins couvrent partout les banquettes. On est assis confortablement, porté par une trame sonore très intéressante, tout aussi disparate que le reste, de Madeleine Peyroux chantant Leonard Cohen à Unbelievable par Daddy's Groove et Rob Adans.

Arrive le serveur qui nous explique comment le restaurant fonctionne. Le menu change chaque mois, inspiré par un pays différent. Le mois dernier, c'était le Nigeria. En avril, c'est le Soudan. Plus le mois va avancer, plus le chef va avoir de plats au menu. Éventuellement, il y aura même un menu imprimé. En attendant, il n'y a pas de menu et une seule assiette: un poulet à la berbère. À prendre ou à laisser. On le prend. Avec une bière: «On en a de la grecque, la Mythos, ou de la chinoise, la Tsin Tao. Que préférez-vous?» Ce restaurant ne fait rien comme les autres.

Arrivent les plats, assez rapidement. Je suis avec mes ados qui regardent arriver ces assiettes avec suspicion. Première bouchée et les voilà conquis.

En cette veille de Pâques, vous cherchez... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 2.0

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Le poulet a été cuit avec une sauce tomate, parfumée sans être très pimentée. On sent le paprika, le gingembre, la cannelle, le cumin. La viande est tendre et la sauce savoureuse. On mange le tout avec du riz très blanc, des lentilles rouges, de la purée de manioc bien collante qui se marie parfaitement à la sauce. Il y a aussi du pain aghroum, cette galette berbère sans levain cuite à la poêle ou directement sur le four que les enfants dévorent et redemandent. Une salade de concombre au yaourt, très, très aillée, apporte un peu de fraîcheur. Tout est simple, savoureux. Pas particulièrement authentique, mais sympathique.

Au dessert, on nous propose une mousse de patate douce au safran et à la cardamome, servie avec de la crème fouettée. C'est délicieux, simple. Un peu comme de la tarte sans la pâte. On aime.

Le Bethlehem XXX est le restaurant de Beaver Sheppard, ancien du Dépanneur Le Pick Up et de la Dinette Triple Crown. Beaver, comme on l'appelle, est originaire de Terre-Neuve, mais vit depuis longtemps à Montréal, où il est connu aussi comme artiste en arts visuels et en performance.

Étonnant?

Pas du tout.

Son restaurant est une autre démarche artistique. À voir et à goûter.

Bethlehem XXX

6568, boulevard Saint-Laurent

438-382-9400

Style: Totalement éclaté, surprenant. Décoration folle, avec des objets récupérés allant des pièces d'ordinateur aux portraits de vedettes trafiqués, couvrant tout le lieu, parfois plafonds compris. Le proprio est un artiste.

Prix: Le soir où nous y sommes allés, il n'y avait qu'un menu prix fixe à 20$, avec poulet, riz, lentilles, manioc, salade de concombre, pain, dessert... Lorsque le menu est plus long, on trouve des plats à la carte autour d'une douzaine de dollars.

Carte de vin: Très courte, mais néanmoins éclatée comme tout le reste. De la retsina, un bon Esporao portugais... Quelques bouteilles à prix très raisonnables, même une à 29$, sinon les autres entre 50 et 60$. Et un Müller Catoir, allemand, à 111$.

Service: Bonne franquette, sympathique. Le chef vient nous expliquer les plats en salle. Répond à nos questions. Chouette endroit.

(+) Une cuisine peut-être pas authentique - on cherche à représenter des cuisines de partout au monde -, mais franchement sympathique.

(-) Il faudrait faire un meilleur lavage des toilettes.

On y retourne? Sûrement.




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