Botox: prévenir les rides dès la vingtaine

Les injections de Botox sont désormais utilisées de... (PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE)

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Les injections de Botox sont désormais utilisées de façon «préventive» par certaines personnes dès la vingtaine.

PHOTO Martin Chamberland, LA PRESSE

Nadielle Kutlu

Collaboration spéciale

La Presse

Pour améliorer son apparence et donner une impression de jeunesse, les injections de Botox seraient de plus en plus prisées par les femmes dans la vingtaine. Or, un tel traitement à cet âge ne fait pas l'unanimité chez les médecins.

« J'AIME SAVOIR QUE JE RETARDE LE VIEILLISSEMENT DE MON VISAGE »

Laurence, 25 ans, a eu ses premiers traitements de Botox l'an dernier. « Vers 23 ans, j'ai commencé à voir des rides sur mon visage, principalement la ride du lion [entre les sourcils]. Pour contrer l'apparition de nouvelles rides et éliminer celles que j'avais, j'ai décidé de commencer le Botox. Je suis très consciente que j'ai commencé tôt et que ce n'était pas nécessaire, mais c'était plus préventif que réactif », explique-t-elle.

Cette jeune professionnelle montréalaise du milieu des assurances est ravie du résultat. « Mon front est lisse. Et j'aime savoir que je retarde le vieillissement de mon visage. » Outre le Botox, elle a fait retoucher ses lèvres et ses cernes.

Spécialisée en finances, Justine, 26 ans, a aussi reçu ses premières injections de Botox, l'an dernier, par prévention. « Je commençais déjà à remarquer certains changements sur mon visage. Comme j'ai des soeurs plus âgées, je peux voir les zones de notre visage plus sensibles au passage du temps, surtout au niveau du front », explique-t-elle. Elle est satisfaite de son traitement annuel.

« Je n'ai toujours pas de plis dans mon front, car je fais de la prévention, sinon je sais que j'en aurais probablement. »

- Justine, 26 ans

Aux États-Unis, les injections de Botox chez les 20 à 29 ans ont augmenté de 28 % depuis 2010, selon l'American Society of Plastic Surgeons. Des données similaires ne sont pas disponibles au Québec. Mais certains médecins confirment cette nouvelle réalité.

Une clientèle qui a doublé

La Dre Chloé Sylvestre, médecin omnipraticienne spécialisée en esthétique, constate que les patients dans la vingtaine qui ont recours au Botox représentent maintenant de 15 à 20 % de sa clientèle. Un chiffre en hausse qui a plus que doublé depuis les deux dernières années, note-t-elle. « Je crois que les médias sociaux y sont pour beaucoup », avance la docteure. Quelles parties du visage sont ciblées par cette clientèle ? « Les zones du front, de la glabelle [ride du lion] et des pattes-d'oie », répond-elle.

La Dre Sylvestre voit d'un bon oeil la prévention des rides et ridules dans la vingtaine, car cela permet de « vieillir avec une meilleure mine », affirme-t-elle. « On a réalisé qu'il y avait un réel bénéfice à commencer plus tôt. Avant, les gens étaient considérés comme jeunes s'ils commençaient fin trentaine, début quarantaine. Mais dans les dernières années, les études ont démontré que la prévention donne de meilleurs résultats », dit-elle.

Elle explique qu'une personne qui commence le Botox tôt « se retrouvera avec des résultats plus beaux et naturels qu'une personne qui fera du Botox après avoir laissé les rides apparaître et le collagène se dégrader. Et, à la longue, on investit moins d'argent que si on commence plus tard ». La médecin souligne aussi qu'on injecte moins de produits chez les jeunes.

Elle précise qu'elle refuse tout patient de moins de 18 ans. Et dans la vingtaine, le traitement reste du cas par cas, souligne-t-elle. Si aucune ridule n'est apparente sur le visage, elle suggère « un rendez-vous pour des injections l'année suivante ou même encore plus tard ».

La génétique est aussi un facteur à considérer. « Souvent, celles qui commencent dans la vingtaine me parlent du visage et des rides très prononcées de leurs parents. Les jeunes sont plus alertes », constate-t-elle.

« Pas nécessaire »

Le son de cloche est toutefois bien différent auprès de la dermatologue Suzanne Gagnon, spécialisée en laser et en dermatologie esthétique depuis 25 ans. « Oui, le Botox est un médicament extraordinaire qui diminue les rides d'expression déjà présentes. Et c'est une très belle prévention de l'accentuation future des rides », convient-elle. Mais elle affirme n'avoir aucune demande de patientes dans la vingtaine. Tout comme, selon elle, la moyenne de ses confrères.

« La demande est plutôt à partir de 40 ans. Dans la vingtaine, c'est trop tôt. On a encore une peau très élastique, le collagène est encore très fort. »

- Suzanne Gagnon, dermatologue

« La vraie prévention importante à faire à cet âge-là, c'est la protection solaire », clame-t-elle. « C'est sûr que le Botox est tentant pour les jeunes femmes : c'est un traitement non invasif, bien toléré, rapide d'exécution et qu'on peut arrêter quand on veut », rappelle-t-elle.

Est-ce dangereux de faire du Botox vers 20 ans ? « Non. À cet âge-là, ce sont de faibles doses qui sont utilisées. Ce n'est pas dangereux, mais ce n'est pas nécessaire », répond la dermatologue. Elle souligne que cela va simplement nuire... au portefeuille. « Mais dans la vingtaine, il n'y a aucun problème à faire du Botox pour une occasion spéciale, comme un mariage. Par contre, il peut y avoir un risque de dépendance », prévient-elle.

La Dre Gagnon commence toutefois à avoir des patientes qui sont dans la trentaine. « Si, dans la trentaine, une personne commence à avoir des rides visibles, que ses parents ont des rides prononcées, la prévention a alors sa place », nuance-t-elle. On peut alors bénéficier de l'effet préventif du Botox sans avoir à commencer dans la vingtaine, ajoute-t-elle.

Quant aux résultats naturels tant recherchés, « cela ne dépend pas du Botox, mais du médecin qui injecte : il faut que ce soit la bonne dose, la bonne dilution, à la bonne place et à la bonne profondeur », souligne-t-elle.

Les personnes interrogées dans le cadre de cet article ont accepté de témoigner en donnant uniquement leur prénom, le sujet du Botox dans la vingtaine étant délicat et pouvant susciter des préjugés.

En chiffres

  • 7 millions: Nombre d'injections de médicaments de type Botox en 2016, aux États-Unis. En hausse de 797 % depuis 2000. 

  • 38 %: Pourcentage de la hausse des injections d'agents de comblement (pour remplir ou donner du volume à certaines parties du visage, comme les lèvres), depuis 2010, chez les 20-29 ans.

Source : American Society of Plastic Surgeons

Qu'est-ce que le Botox ?

  • Le Botox est une protéine purifiée d'origine bactérienne, une toxine botulinique de type A, commercialisée par la compagnie pharmaceutique Allergan. L'injection de ce médicament dans le muscle bloque la transmission nerveuse qui cause la contraction du muscle. Cela entraîne une relaxation musculaire locale qui diminue les rides du visage. Les effets sont visibles quelques jours après l'injection.

Prix

  • Un traitement au Botox peut coûter entre 85 et 475 $, en moyenne, selon les zones du visage. Le traitement du bas du visage (comme la lèvre supérieure) est moins cher que le haut du visage, alors qu'on paye en moyenne 200 $ pour le tour des yeux. Certaines cliniques demandent en plus un prix pour la consultation d'environ 95 $. 

    Sources : Clinique de dermatologie Face au temps, clinique Chloé Médico-esthétique

Moins tabou ?

  • Selon la Dre Chloé Sylvestre, aujourd'hui, les gens jugent moins les jeunes qui ont recours au Botox. La médecin a d'ailleurs elle-même eu des injections dans la vingtaine. « Les gens me jugeaient beaucoup plus qu'ils jugent les jeunes patients aujourd'hui. Je me faisais traiter de superficielle. Aujourd'hui, on pense plus que la personne veut simplement prendre soin de son image et de sa peau », estime-t-elle.

L'AVIS DE LA PSY

« Ça correspond à un mal de la société dans laquelle on se trouve : tout le monde a de la difficulté avec son image corporelle. Mais les jeunes sont plus susceptibles d'avoir ces insatisfactions-là », explique la psychologue Annie Aimé, professeure au département de psychoéducation et de psychologie à l'Université du Québec en Outaouais et copropriétaire de la clinique Imavi. Elle constate aussi une augmentation des traitements et opérations de chirurgie esthétique chez les jeunes pour contrer ces insatisfactions corporelles.

Au banc des accusés : les médias sociaux. La psychologue souligne qu'il est de plus en plus démontré que « plus on est exposé à des images sur les réseaux sociaux, plus on risque d'être insatisfait de son propre corps ». Et ce, même si les milléniaux savent très bien que les images sont retouchées, que des filtres sont ajoutés et que, pour un égoportrait publié sur Instagram, il a fallu 15 essais.

Mais dans la vingtaine, est-on réellement préoccupé par les rides et la vieillesse ?

« L'idée d'avoir des rides, un corps qui change, ce n'est facile pour personne, jeune ou moins jeune. Mais il y en a pour qui c'est vraiment plus difficile. Cette préoccupation est liée à un désir d'être accepté, aimé et reconnu. »

- Annie Aimé, psychologue

Et c'est un âge où on est très influençable, surtout par ses amis. On a un fort désir d'appartenir à un groupe et on se définit beaucoup par son image, rappelle la psychologue.

Le culte de la jeunesse, l'insatisfaction de son image corporelle et le recours à des traitements pour modifier son apparence, tout cela risque de s'amplifier. « Car avec la prédominance des médias sociaux, on n'est pas dans une tangente où ça va diminuer », croit-elle. Annie Aimé déplore que les réseaux sociaux rendent les traitements esthétiques « accessibles et acceptables » et ne divulguent pas une information complète.

Idéalement, il faudrait une psychologue dans les cliniques esthétiques pour mieux évaluer la patiente, soulève-t-elle. « Car si on a une vulnérabilité psychologique, on ne sera pas forcément satisfait après le traitement. L'insatisfaction va revenir, mais sous une autre forme. Ça sera une autre ride, par exemple. Évidemment, on peut modifier son corps indéfiniment, mais pendant ce temps, on n'apprend pas à l'apprécier, à vivre avec et à le valoriser », conclut-elle.




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