Quand les stars se tournent vers la chirurgie

La chanteuse pop Mariah Carey a eu recours... (Photo Mario Anzuoni, archives Reuters)

Agrandir

La chanteuse pop Mariah Carey a eu recours à la chirurgie bariatrique pour perdre du poids.

Photo Mario Anzuoni, archives Reuters

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Nadielle Kutlu

Collaboration spéciale

La Presse

La chanteuse américaine Mariah Carey vient de subir une opération de chirurgie bariatrique pour perdre du poids, a rapporté le site américain Page Six, il y a trois semaines. La diva aurait eu recours à une gastrectomie verticale, soit une intervention pour retirer les deux tiers de son estomac. Quel impact peut avoir cette médiatisation? Ce type d'intervention est-il une solution facile et efficace?

Miracle non garanti

La gastrectomie verticale (sleeve gastrectomy) est une des opérations de chirurgie bariatrique les plus pratiquées pour perdre du poids ou pour contrer le diabète de type 2. Et c'est un Montréalais qui l'a découverte... par hasard!

C'était en 2000. Le Dr Michel Gagner était chef laparoscopique et bariatrique à l'hôpital Mount Sinai, à New York. Il venait de commencer à opérer une patiente obèse quand elle a eu des difficultés pulmonaires. Il a dû arrêter la procédure alors qu'il faisait le premier segment de l'opération en retirant une importante partie de son estomac. «J'ai dit à la patiente qu'on allait poursuivre l'opération une autre fois. Mais on a observé que sa perte de poids était fantastique! On a alors découvert que la gastrectomie verticale toute seule avait une utilité en chirurgie bariatrique», raconte le chirurgien mondialement connu.

Aujourd'hui, cette intervention reconnue pour sa simplicité et sa sécurité est l'opération de chirurgie bariatrique la plus populaire aux États-Unis. «En 2016, 60 % des opérations bariatriques étaient des gastrectomies verticales», souligne le Dr Gagner, revenu au Québec après avoir passé 15 ans aux États-Unis. Il possède sa clinique privée de chirurgie bariatrique à Westmount.

«À la suite de l'intervention, en général, le patient perd 70-80 % de l'excédent de poids, et peut tomber à 50-60 % après 5-10 ans.»

La gastrectomie verticale est une opération réalisée sous anesthésie générale qui consiste à retirer les deux tiers de l'estomac par laparoscopie. «C'est la chirurgie bariatrique avec le plus bas taux de mortalité, de complications majeures et de complications nutritionnelles.», indique le Dr Michel Gagner.

Qui peut y avoir recours?

La chirurgie bariatrique est couverte par le régime public, mais la liste d'attente est longue. Les patients qui décident de se tourner vers le privé doivent débourser près de 15 000 $.

Environ 80 % des patients des chirurgiens interrogés par La Presse sont des femmes âgées en moyenne de 40 ans. «La chirurgie bariatrique n'est pas une chirurgie esthétique», souligne le Dr Simon Chow, chirurgien spécialisé en chirurgie bariatrique à la clinique privée Chirurgie perte de poids, dans l'arrondissement de Saint-Laurent. «C'est une solution chirurgicale pour traiter l'obésité afin d'améliorer l'état de santé du patient. Elle est seulement indiquée pour les personnes ayant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 35 (soit environ 100 lb de plus que leur poids normal) avec des comorbidités associées à l'obésité. Ou avec un IMC de 30 si elles ont le diabète. La chirurgie est généralement refusée pour les personnes ayant un IMC inférieur à 30. Nous encourageons dans ces cas une alimentation saine et l'exercice à la place de la chirurgie», précise le Dr Chow.

L'impact des opérations des vedettes

Sur le web, la chanteuse pop Mariah Carey a souvent été la cible de moqueries pour ses courbes. Mais elle ne souffrait pas d'une importante obésité. Pourtant, la diva américaine a eu recours à la chirurgie bariatrique. Les animatrices américaines Rosie O'Donnell et Star Jones ont aussi subi des interventions similaires.

«Je pense qu'une vedette ayant recours à cette chirurgie alors qu'elle ne souffre pas d'obésité morbide a des impacts négatifs, car cela donne une fausse idée des indications de cette chirurgie», estime le Dr Dominique Garrel, endocrinologue au CHUM.

D'un autre côté, la médiatisation peut encourager des personnes souffrant d'obésité à mieux se renseigner sur ce traitement et peut soulever une prise de conscience collective, nuance le Dr Chow, rappelant que «l'obésité est une épidémie mondiale».

Une solution facile?

Les chirurgiens interrogés nient que l'intervention chirurgicale soit une «solution facile» ou passive. Le Dr Simon Chow souligne que «la chirurgie bariatrique exige que les patients prennent le contrôle de leur vie, qu'ils s'investissent, qu'ils apprennent à manger plus sainement et qu'ils pratiquent des exercices régulièrement. Sans les efforts du patient, les résultats de la chirurgie bariatrique seraient un échec décevant». Le Dr Gagner ajoute «qu'on a des taux records d'obésité au Québec».

«Si on ne fait rien, ces gens-là vont mourir. Ils vont avoir des complications assez graves, et ça coûte cher au système de santé.»

«Chez les sujets obèses qui ont recours à cette procédure sans faire un programme multidisciplinaire de changements des habitudes alimentaires au moins six mois avant l'opération, on observe une reprise du poids 3-4 ans après la chirurgie», souligne le Dr Garrel. «La recherche montre que le suivi et le soutien à long terme sont déterminants pour le succès de la chirurgie à long terme», ajoute le Dr Chow.

Pourtant, un suivi et un soutien n'ont pas toujours lieu, constate Josée Guérin, nutritionniste-psychothérapeute spécialisée en troubles alimentaires et en obésité et fondatrice de la Clinique psychoalimentaire, à Montréal. Près de 20 % de sa clientèle a recours à la chirurgie bariatrique. Mais la majorité reprend une bonne partie de son poids par manque de préparation et de suivi, remarque-t-elle. «Et se retrouver avec une tasse de nourriture au maximum à chaque repas pour le reste de sa vie, c'est extrêmement difficile pour la majorité des gens», dit-elle.

Le Dr Michel Gagner observe aussi le manque de ressources. «Il y a un manque d'équipes techniques pour traiter ces patients avant et après. Dans les hôpitaux, il n'y a pas assez de nutritionnistes, de psychologues, pas assez d'infirmières et pas assez de médecins bariatriciens.»

L'importance de conserver une vie saine

La chirurgie bariatrique est réussie quand il y a une «diminution de 50 % de l'excédent de poids ou une résolution de certaines maladies», avance le Dr Michel Gagner. «Tant qu'ils suivent les règles d'une saine alimentation et d'exercices, nos patients perdent habituellement au moins 60-70 % de l'excédent de poids environ un an après la chirurgie. Les études montrent qu'il peut y avoir une petite reprise de poids après 2-3 ans, mais ils reviennent rarement à leur poids de départ», affirme pour sa part le Dr Simon Chow.

Après une gastrectomie verticale, le volume de l'estomac passe de 1000 ml à 60-100 ml. «Il faut alors manger 700 calories par jour dans les premiers mois. Normalement, on devrait en consommer environ 2400», explique le Dr Michel Gagner. Ce qui équivaut à près de trois quarts de tasse à une tasse de nourriture par repas. Quand les personnes dépassent ces quantités, elles vomissent. «Ensuite, elles réapprennent à manger de façon normale, plus lentement, avec de petites quantités», dit-il. Sans oublier que certains aliments ne seront plus tolérés.

Même réduit, l'estomac peut s'agrandir, puisque c'est un muscle. Les gens peuvent alors manger davantage, et éventuellement prendre du poids.

La chirurgie bariatrique est-elle mal vue? «Oui, les préjugés sont extrêmes, non seulement dans la population, mais aussi chez les médecins et chirurgiens des autres spécialités», réplique le Dr Gagner. Le Dr Simon Chow constate aussi que beaucoup de patients ne veulent pas parler de l'intervention chirurgicale à leur famille, leurs amis ou collègues. Parallèlement, peu de cours universitaires portent sur le traitement de l'obésité, critique le Dr Michel Gagner, «alors que 25 % de la population est affectée». Aux États-Unis, l'obésité est reconnue comme une maladie chronique par l'Association médicale américaine, ce qui n'est pas encore le cas ici, déplore-t-il.

En chiffres

> 1 sur 4: Proportion de Canadiens touchés par l'obésité

> De 8000 à 10 000: Nombre d'interventions de chirurgie bariatrique pratiquées au Canada par année

> De 13 500 $ à 18 500 $: Prix pour une gastrectomie verticale dans le système privé

Sources: Statistique Canada, Réseau canadien en obésité, Clinique Michel Gagner, clinique Chirurgie perte de poids

Reconnue pour sa simplicité et sa sécurité, la... (Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse) - image 2.0

Agrandir

Reconnue pour sa simplicité et sa sécurité, la gastrectomie verticale est la chirurgie bariatrique la plus populaire aux États-Unis.

Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse

D'autres interventions

Dérivation gastrique (Roux-en-Y ou bypass)

La dérivation gastrique est une des chirurgies bariatriques les plus efficaces pour perdre du poids et contrer le diabète. L'estomac passe d'un volume de 1000 ml à 30 ml, comparativement à 60-100 ml pour la gastrectomie verticale. La procédure redirige aussi le tube digestif.

Anneau gastrique

L'anneau gastrique qui sert l'estomac pour créer un petit orifice jouissait de popularité il y a quelques années, mais s'avère peu efficace. Des cliniques privées ne l'offrent même plus. Aux États-Unis, l'anneau gastrique représentait seulement 3 % des opérations de chirurgie bariatrique en 2016 alors que ce chiffre était de 40 % il y a une dizaine d'années. Les patients ayant un anneau gastrique doivent presque tous se faire réopérer. «Le Québec est d'ailleurs la seule province qui a accepté de couvrir l'anneau et continue de le faire», déplore le Dr Michel Gagner.

Ballon gastrique

Le ballon gastrique est un récent traitement de l'obésité qui ne nécessite pas d'opération. Il peut être utilisé pour les personnes avec un IMC de moins de 30. Le ballon, qui sera injecté d'eau salée, est placé dans l'estomac avec un tube, par endoscopie, et occupera la moitié de l'estomac pour augmenter la sensation de satiété du patient. Une autre procédure sera effectuée après 6 ou 12 mois pour le retirer. «Les résultats ne sont pas rassurants», prévient le Dr Chow, qui signale une reprise de poids assez facile une fois le ballon retiré. Dans de rares cas, le ballon peut se percer ou bloquer l'intestin. Aux États-Unis, il existe des ballons qu'on peut avaler, sans endoscopie. Ce ballon finit par se dissoudre.

Médicaments

Des médicaments avec une diète sont aussi utilisés dans certaines indications pour des personnes avec un IMC de moins de 30, souligne le Dr Michel Gagner. «Il y a le Saxenda qui se donne par injection et permet une perte de poids de 10 %. Et un nouveau médicament, le Contrave, sera disponible au Canada en février et permettra entre 9 et 12 % de perte de poids.»

Chantal Laferrière avant sa chirurgie... (photo fournie par Chantal Laferrière) - image 3.0

Agrandir

Chantal Laferrière avant sa chirurgie

photo fournie par Chantal Laferrière

«Je suis devenue une nouvelle personne»

Chantal Laferrière, 45 ans, directrice des dons majeurs et planifiés à la fondation Accueil Bonneau, a subi une gastrectomie verticale l'an dernier. «Ça a tellement bien changé ma vie! s'exclame-t-elle. J'ai toujours été obèse. J'ai eu ma fille à 38 ans et après ma grossesse, ça a dégénéré.» Elle a alors engagé un entraîneur privé, en vain. «On dirait que mon corps ne répondait plus. J'avais trop abusé de régimes yoyo.»

L'an dernier, elle a atteint les 267 lb, souffrait d'une double hernie discale et peinait à marcher. Aujourd'hui, elle pèse 100 lb de moins et n'a plus mal au dos, même si les hernies sont encore là. Elle a choisi de se faire opérer dans une clinique privée, pour ne pas attendre indéfiniment sur une liste d'attente d'hôpital. Elle a reçu l'appel d'une annulation et passait sous le bistouri 13 jours plus tard.

«J'ai dû vendre ma voiture pour me payer la chirurgie, qui m'a coûté 17 000 $. Comme j'habite au centre-ville, je marche tout le temps maintenant et c'est parfait!», lance-t-elle.

L'opération lui a donné un regain d'énergie, lui a permis de découvrir un nouveau corps et l'a transformée. Pour le mieux. «C'est plate à dire, mais je suis normale maintenant. Je sens moins le regard de gens qui me dévisagent. Même si moi, je me vois encore avec du surpoids et que j'achète encore des vêtements trop grands!»

Chantal Laferrière a subi une gastrectomie verticale l'an... (Photo Robert Skinner, La Presse) - image 4.0

Agrandir

Chantal Laferrière a subi une gastrectomie verticale l'an dernier. Elle a perdu une centaine de livres depuis.

Photo Robert Skinner, La Presse

La joie de croiser Les jambes

Ce qu'elle aime le plus? Porter des jupes courtes et, surtout, croiser les jambes! «Je sais que c'est ridicule, mais tu ne peux pas te croiser les jambes quand tu es obèse! Et c'est tellement féminin, j'adore ça. Je découvre un corps que je n'ai jamais eu.» Elle peut aussi se mettre au yoga. «Avant, j'avais l'air d'un gros bagel qui essayait de se plier en deux, ça ne marchait pas!», s'esclaffe-t-elle. Elle a même commencé à faire de la moto et a complètement changé son look, en se coupant les cheveux très court, et s'est fait faire des tatouages. «Je suis devenue une autre personne!»

Chantal Laferrière a entendu bien des gens dire qu'elle avait choisi la voie facile. Ce qu'elle réfute catégoriquement. «Je m'excuse, mais ces gens-là ne sont pas dans mes souliers. C'est facile de dire ça quand tu n'es pas obèse. Je ne marchais presque plus et j'avais un surpoids. Oui, c'est de notre faute si on est dans cette situation.»

«Oui, on s'est nous-mêmes rendus malades. Mais si on choisit de faire la chirurgie, ça veut dire qu'on décide de se prendre en main. Je continue de faire beaucoup d'exercice, je marche partout, tous les jours, et je fais attention à ce que je mange, j'écoute mon corps.»

Les moins bons côtés

Conséquence moins reluisante: elle ne peut plus digérer de nombreux aliments qu'elle appréciait. Le poulet, qu'il soit en sauce ou en morceaux, le saumon cuit, les légumes crus, le riz, tous les plats sucrés ou épicés ne passent plus. «Ça me rend malade, mon corps réagit et je vomis.» Que peut-elle manger? Du couscous, du tartare de saumon, des légumes racines, entre autres, «mais pas de patates». Aucun problème par contre pour le café, le thé ou le vin. Il faut aussi qu'elle mange lentement, autrement, ça la rend malade aussi.

Mais elle vit bien avec ces nouvelles intolérances. «Tout le reste est tellement incroyable que ça vaut la peine. J'ai une peur bleue de revenir comme avant et de reprendre du poids, alors ça ne me dérange pas de supprimer ces aliments et de manger autrement», répète-t-elle. Et elle continue d'aller au resto, pour se sentir normale. «Mais je ne peux pas prendre de plats principaux, je commande juste des entrées.»

Avec toute cette perte de poids, sa peau est toutefois devenue flasque. «Je commence à ressembler à une crème glacée qui a fondu, caricature-t-elle, avec un rire bien franc. «Ça ne se voit pas quand on est habillé, mais ça me traumatise un peu. Je vais probablement passer sous le bistouri encore. Mais je ne sais pas comment je vais faire, ça va me coûter une autre auto que je n'ai pas!»

Elle aurait aussi aimé être suivie plus longtemps par des professionnels. «Parce que la transformation est physique, mais c'est surtout, aussi, mental. Mais je ne pouvais pas dépenser 3000 $ ou 4000 $ en plus», dit-elle.

Une chose est sûre: Chantal Laferrière ne regrette aucunement son opération et rayonne de bonheur.




publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer