Industrie de l'esthétique: quand la beauté dérape

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La beauté a un prix. On le sait en réglant la facture chez le coiffeur, l'esthéticienne ou le chirurgien. Il arrive que ce soit trop cher payé, pour un résultat douteux. Des clients insatisfaits déposent des poursuites devant la Cour des petites créances, où ils se représentent eux-mêmes, sans avocat, réclamant une somme ne dépassant pas 15 000 $.

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Les traitements de détatouage peuvent parfois mal tourner. 

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TROIS SOINS ESTHÉTIQUES DÉCEVANTS

La Presse a recensé les décisions contenant les mots clés «esthétique», «coiffure» et «beauté», rendues depuis le 1er janvier 2013. Récit d'histoires où il a fallu souffrir pour être belle et beau.

CUISSE INFECTÉE

Un traitement de détatouage peut mal tourner. Valérie Lévesque, de Saint-Jean-Port-Joli, l'a appris après être allée à l'Institut de beauté Lise Trottier, de Québec, pour faire effacer un tatouage sur une cuisse, en février 2012. D'une durée de quatre à cinq heures, le traitement lui a coûté 1300 $.

Souffrante, Mme Lévesque a dû se rendre aux urgences de l'hôpital de Montmagny dans les jours suivants. Les rapports médicaux confirment qu'elle « a reçu différents traitements médicaux de débridement, désinfection et que des antibiotiques lui ont été prescrits », rapporte le jugement rendu le 3 janvier 2014. Des photos, déposées en preuve, ont montré « l'état de la plaie » à la cuisse juste après le traitement, puis le « membre infecté ». D'autres photos, prises en septembre 2013, « démontrent clairement des cicatrices permanentes sur la cuisse gauche de Mme Lévesque ».

Le juge Daniel Bourgeois a condamné l'esthéticienne à payer 3250 $, plus intérêts, à Mme Lévesque. Cela couvre la moitié des frais de médicaments, ceux encourus chez un dermatologue pour faire corriger les cicatrices au laser, et une somme à titre de dommages physiques et esthétiques, de perte de jouissance, de dommages moraux et stress.

Pourquoi la moitié seulement ? Parce que le juge considère que Mme Lévesque, technicienne en radiologie, a fait preuve de négligence en acceptant une intervention qui n'était pas faite « par un médecin spécialiste, dans des conditions médicales optimales ».

LIFTING SANS RÉSULTAT

Jean-Pierre Turgeon et la Clinique d'esthétique de la Capitale ont été, quant à eux, condamnés à payer 500 $ à Diane Ouellet, de Québec. Voulant « se gâter un peu » après la mort tragique de sa fille survenue trois mois plus tôt, la femme a été attirée par une publicité de « lifting électronique sans chirurgie », appuyée de photos indiquant « Résultat apparent dès le 1er soin » et « Résultats cliniques sur les rides ».

Mme Ouellet a payé 1000 $ pour cinq séances, fin août 2010. Elle a ensuite estimé « avoir été victime de fausses représentations car elle n'a obtenu aucun résultat », selon le jugement daté du 1er mars 2013. La publicité et les « photos comparatives avantageuses, avant et après le traitement, engagent le commerçant à fournir au consommateur une amélioration certaine de sa peau », a souligné la juge Lina Bond. Le tribunal a tranché : le prix payé était trop élevé, « car il n'est pas contesté que le résultat publicisé par les défenseurs n'a pas été obtenu ».

FESSES ASYMÉTRIQUES

Brenda Lessard, de Lévis, réclamait pour sa part 7000 $ au salon d'esthétique Paré Picard. En vain. En février 2012, la femme a entrepris des traitements contre la cellulite prodigués avec l'appareil TechniSPA. Après trois traitements, « son copain lui fait remarquer que le fessier gauche est plus plat que le droit », selon le jugement rendu le 7 mai 2013. Mme Lessard cesse aussitôt les séances. Elle consulte un médecin, Dr Vachon, qui rend son diagnostic : « asymétrie des fesses ».

Seulement voilà : la cliente « n'a pas prouvé de faute ni le lien de causalité entre l'anomalie du fessier gauche et les traitements reçus », selon le tribunal. Le salon d'esthétique s'est d'ailleurs défendu en disant que les traitements n'étaient « ni invasifs ni médicaux ». La juge Dominique Langis a rejeté la demande de Mme Lessard, qui a dû payer les frais judiciaires fixés à 140 $.

L'épilation au laser peut parfois engendrer des brûlures. ... (PHOTO FOURNIE PAR THINKSTOCK) - image 3.0

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L'épilation au laser peut parfois engendrer des brûlures. 

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DOULOUREUSES ÉPILATIONS

Anthony Plante, un mécanicien de Sherbrooke, a subi des brûlures au cou lors d'une épilation au laser, en janvier 2013. L'homme avait pris soin d'aviser l'employée de l'Institut d'épilation par laser de l'Estrie qu'il avait mal. Celle-ci lui avait répondu que la sensation ressentie était normale...

Constatant «des rougeurs importantes à la nuque», M. Plante s'est ensuite rendu aux urgences. Le rapport médical «indique des brûlures au premier degré», selon le jugement rendu le 8 décembre dernier. Le Tribunal conclut que l'employée «n'a pas agi avec prudence, dans le meilleur intérêt du demandeur». Le mécanicien avait signé un «consentement à l'épilation au laser diode», qui précisait «que le traitement peut engendrer des complications, généralement passagères, dont des brûlures». Mais cela «ne suffit pas à dégager la compagnie», selon la juge Madeleine Aubé, qui a condamné l'Institut à payer 1099,20 $ à M. Plante.

Un contrat entre un client et un salon de beauté est un « contrat de service » régi par le Code civil du Québec et la Loi sur la protection du consommateur. Avant même la signature de l'entente, le prestataire de service doit « fournir toute l'information utile eu égard à la nature des services à être rendus », indique la juge Annie Breault, dans une décision rendue le 10 juin 2014.

Le prestataire a ensuite des obligations, «soit plus particulièrement d'agir au mieux des intérêts des clients, avec prudence et diligence et suivant les règles de l'art, de façon à fournir un service conforme au contrat», précise la juge.

CONDAMNÉS À PAYER 1000 $, 1275 $, 3500 $ ET 4000 $

Voici quatre salons d'esthétique fautifs : 

1. Liette Limoges a touché 1000 $ à la suite d'un traitement d'électrolyse trop fort à la Clinique Christiane Parent et fille Beauté de Calla. La dame «a subi des dommages et des douleurs inhabituels, écrit le juge Gilson Lachance, de la Cour des petites créances de Saint-Jérôme, dans un jugement rendu le 2 septembre 2014. Elle a donc droit à une compensation.»

2. À la Cour des petites créances de Laval, le Centre de beauté Royal a été condamné à payer 1275 $ à Chantal Neveu, qui a subi des brûlures aux jambes lors d'une épilation au laser. Cette somme la dédommage « pour tous les inconvénients subis » et « la présence de marques toujours présentes deux ans après les traitements », selon le jugement d'Annie Breault.

3. Geneviève Bergeron, de Québec, a eu droit à 3500 $ «pour le préjudice esthétique, la douleur qu'elle a dû supporter» et les frais déboursés pour un traitement à la lumière pulsée qui a mal viré. C'est le Centre Beauté totale, de la Grande Allée à Québec, qui a été condamné à lui verser cette somme après que la cliente ait subi des brûlures aux deux jambes. Le Tribunal a conclu, le 25 avril 2013, «que Centre Beauté totale est responsable du non-respect des règles de l'art par son employé», une «faute qui est directement la cause des dommages subis» par Mme Bergeron.

4. L'Institut de beauté Lorraine Termetz, de Montréal, a enfin été condamné à verser encore plus : 4000 $ à Myriam Fortin, le 8 février 2013. Cette cliente a subi des brûlures au deuxième degré aux jambes, lors d'une épilation au laser. Une dermatologue a ensuite conclu à une «hypopigmentation post-brûlure». L'Institut avait fait signer un consentement à Mme Fortin. «Or, il n'y a aucune mention de la possibilité de brûlures graves, tel le cas présent», souligne la juge Suzanne Handman.

PRATIQUE COMMERCIALE INTERDITE

Cause différente : Concept laser et esthétique Martine Sarah, de Laval, a été condamné à payer 700 $ à Stephany Deveau, le 25 septembre 2014. Une promotion de ce salon d'esthétique proposait « un traitement complet des jambes pour 349,95 $ ». Or, cette somme a été réclamée à Mme Deveau après un premier traitement, et de nouveau après un second traitement, alors que la promotion laissait croire qu'il s'agissait d'un prix global. Le tribunal a conclu « que Concept laser s'est livré à une pratique de commerce interdite ».

PAS DE RÉSULTATS GARANTIS

Lucie Favreau Plante a eu moins de succès en réclamant le remboursement d'une partie du coût des traitements d'épilation permanente prodigués au Centre d'esthétique Magog. Après un an de séances, la femme estimait que ses poils étaient toujours abondants. « Les services d'esthéticienne, et d'épilation en particulier, ne comportent qu'une obligation de moyens, sans garantie de résultat », a tranché Gabriel de Pokomandy, dans un jugement daté du 14 janvier dernier.

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Mélanie Hébert, qui avait la chevelure longue et fournie, a réclamé 3657$ alléguant que la coiffeuse lui avait coupé les cheveux trop courts. 

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Deux cheveux sur la soupe

POURSUIVIE POUR AVOIR COUPÉ LES CHEVEUX TROP COURTS

Plusieurs en ont rêvé après une coupe désastreuse. Mélanie Hébert l'a fait. Cette infirmière, qui avait la chevelure longue et fournie, a réclamé 3657 $ à titre de dommages et intérêts à la coiffeuse Sylvie Morais, alléguant qu'elle lui avait coupé les cheveux trop courts. Ce n'est pas la peine de l'envier: sa requête a été rejetée.

La coiffeuse a nié «avoir coupé les cheveux sur une longueur de six pouces, mais plutôt de deux pouces à l'avant et un demi-pouce à l'arrière», selon l'audience qui s'est déroulée à la Cour des petites créances du palais de justice de Saint-Hyacinthe, le 27 mai 2014. Elle a fait valoir que sa cliente était devant un miroir et voyait donc «chacune des opérations effectuées».

«Toute personne qui réclame un montant d'argent devant les tribunaux a le fardeau de faire une preuve prépondérante de la faute occasionnée, des dommages engendrés et du lien de causalité entre les deux », a rappelé le juge Gilles Charpentier. Placé devant « deux versions contradictoires et aucune autre preuve externe», il a rejeté la poursuite de Mme Hébert.

AVOIR MAL AUX CHEVEUX, POUR VRAI

Cet autre cas est à faire dresser les cheveux sur la tête. Céline Lafrenière s'est rendue chez Mood coiffure & bien être inc., de Montréal, pour des mèches, une coupe et une mise en plis, en 2010. « Après l'application de cinq papiers de mèches, la demanderesse s'est plainte de brûlures », lit-on dans le jugement daté du 29 avril 2013.

La coiffeuse Kayla D'Amico lui a lavé la tête, puis a appliqué un produit moins fort. À la fin du traitement, elle a conseillé à Mme Lafrenière d'aller voir un médecin dans les 48 heures, ce que la cliente a un peu tardé à faire.

Un dermatologue lui a finalement diagnostiqué une brûlure chimique « d'une grandeur d'un 0,25 $ », sans cheveux. Tenu responsable de cette brûlure, Mood coiffure & bien être a été condamné par le juge Gilson Lachance à verser 850 $ à Mme Lafrenière. Il s'agit de la moitié de la somme nécessaire pour opérer la femme et la compenser pour les douleurs et inconvénients. La moitié seulement, parce qu'elle n'a pas immédiatement consulté un médecin. « Cette attitude a sûrement contribué à ce résultat », écrit le juge.

Poursuivre un chirurgien à la Cour des petites... (PHOTO FOURNIE PAR THINKSTOCK) - image 5.0

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Poursuivre un chirurgien à la Cour des petites créances peut s'avérer difficile. La Presse a recencé huit demandes récentes qui ont toutes été rejetées. 

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CHIRURGIE ESTHÉTIQUE : TROIS POURSUITES PERDUES

Vous voulez poursuivre un chirurgien esthétique à la Cour des petites créances ? Bonne chance. La Presse a recensé huit demandes récentes, qui ont toutes été rejetées.

«L'obligation du médecin envers sa patiente en est une de moyens et non de résultat», précise la juge Julie Veilleux, dans une décision rendue le 8 février 2013. Même si le résultat espéré n'est pas atteint, cela ne veut pas dire que le médecin doit être tenu responsable. Encore moins, qu'il doit rembourser une quelconque somme... comme le prouvent ces trois cas.

INSATISFAITE DE SON LIFTING

Préoccupée par son «vieillissement facial», Louise Coiteux a payé 13 595$ pour un lifting du visage et du cou et une chirurgie des paupières. Faite par Dr Charles-Robert Taché, l'opération s'est déroulée le 15 mars 2011.

Mme Coiteux s'est ensuite plainte que son double menton n'était pas complètement disparu, que la peau de son cou n'était pas suffisamment tirée et que ses joues lui semblaient pendantes. Le chirurgien lui a injecté du Restylane «pour atténuer les plis nasogéniens qui donnent l'impression de pommettes s'affaissant», contre 600$ supplémentaires.

Le 20 juin, comme Mme Coiteux était toujours insatisfaite, le Dr Taché a proposé de faire une retouche sans frais. Après l'avoir acceptée, la patiente a annulé la chirurgie, disant avoir perdu confiance.

Or, «celui qui veut faire valoir un droit doit prouver les faits qui soutiennent sa prétention», énonce le Code civil du Québec. «La seule preuve de son insatisfaction et le fait que d'autres chirurgiens-plasticiens étaient prêts à la réopérer ne permettent pas de conclure que le défendeur a commis une faute, ni que sa conduite n'était pas conforme à celle qu'aurait adoptée un médecin raisonnablement prudent, diligent et compétent dans les circonstances et face à sa situation», a tranché le juge Gabriel de Pokomandy à Montréal, le 2 mars dernier. La demande de Mme Coiteux a été rejetée.

AUGMENTATION MAMMAIRE DOULOUREUSE

Nicole Tremblay a payé 8198$ pour une augmentation mammaire faite par le Dr Vasilios Papanastasiou à Montréal, le 27 novembre 2006. Dès le 13 juin suivant, la dame se plaint «de douleur au sein gauche», selon son dossier médical. En la réexaminant le 24 novembre, le Dr Papanastasiou «palpe une masse à son sein gauche», rapporte le jugement. Une mammographie et une échographie sont demandées: les résultats sont normaux.

Un autre chirurgien rencontre Mme Tremblay en mars 2009 «et conclut, après l'avoir examinée, que la douleur dont elle se plaint est liée à l'implant». Le mois suivant, les implants sont finalement enlevés par le Dr Papanastasiou, sans frais. Le médecin note que «deux rainures sont visibles sur la surface antérieure» de l'implant gauche, alors qu'un sillon est visible sur le droit. Les implants sont transmis au fabricant Allergan, qui reconnaît dans une lettre une déformation de l'implant gauche, la présence de bulles d'air et des «écarts», dont l'un mesure 1,5 cm.

Le Dr Éric Bensimon, président de l'Association des spécialistes en chirurgie plastique et esthétique du Québec, a témoigné comme expert à l'audience. Il a expliqué «que la douleur subie par la patiente n'est aucunement reliée à une faute technique ou une erreur de traitement». Verdict : la juge Julie Veilleux a rejeté la réclamation de Mme Tremblay, le 8 février 2013.

ECCHYMOSES ET NODULES

Voulant «corriger certains aspects de son visage», Murielle Lapointe a eu un traitement de remplissage par injection, le 18 avril 2011. Il lui a été prodigué par la Dre Isabelle Delorme.

Mécontente, la patiente lui a réclamé 4490$ pour rembourser le coût des injections, des dommages-intérêts et une perte de revenus. Motif: les injections lui ont laissé des ecchymoses aux yeux et la présence de nodules, si bien qu'elle a dû s'absenter pendant 13 jours de son travail.

Le Dr Denis Hébert, expert en dermatologie, chirurgie mineure et esthétique, a témoigné à l'audience. Il a conclu que la méthode et les traitements utilisés par la Dre Delorme «sont conformes aux règles de l'art et que les inconvénients subis par Mme Lapointe sont des risques inhérents aux traitements esthétiques qu'elle a requis», selon le jugement rendu à Saint-Hyacinthe le 18 septembre 2013. Le juge Marc-Nicolas Foucault a rejeté la demande de Mme Lapointe.

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