Le défilé de mode menacé?

Le créateur américain Zac Posen n'avait jamais connu... (PHOTO AFP)

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Le créateur américain Zac Posen n'avait jamais connu autre chose que les podiums. Cette année, il a opté pour un format exposition, avec de grandes photos de mannequins portant les vêtements de sa collection, dévoilé dans un espace nu, pour un événement qui ressemblait diablement à un vernissage.

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
New York

Le sacro-saint défilé de mode brille-t-il de ses derniers feux? De plus en plus de créateurs lui cherchent en tout cas des alternatives, comme l'a montré ces derniers jours la Semaine de la mode de New York.

Depuis quinze ans qu'existe sa marque, le créateur américain Zac Posen n'avait jamais connu autre chose que les podiums, avec un succès continu, des célébrités et beaucoup d'attention médiatique.

Mais cette année, il a opté pour un format exposition, avec de grandes photos de mannequins portant les vêtements de sa collection, dévoilé dans un espace nu, pour un événement qui ressemblait diablement à un vernissage.

«J'aime l'idée qu'on puisse se tenir devant une image et discuter de ce qu'on voit», a-t-il expliqué à l'AFP. «Lors d'un défilé, on ne parle pas. La mode et la beauté doivent être un dialogue».

Quelques jours plus tôt, le créateur et patron de la marque Rag and Bone, Marcus Wainwright, lui aussi habitué des défilés, avait pris le même virage et opté pour une expo photo. Mais lui liait très clairement ce choix au contexte politique.

«Franchement, je me suis réveillé après l'élection (de Donald Trump), et je me suis dit: "On ne peut pas faire de défilé". Je ne savais pas pourquoi, mais ça paraissait juste une mauvaise idée», a expliqué le designer d'origine britannique dans une brochure accompagnant l'exposition. «On en a fait pendant 10 ou 12 ans et tout d'un coup, ça ne paraît plus adapté».

Un million de dollars

Créés au début du XXe siècle par la couturière britannique Lucy Duff-Gordon, les défilés sont devenus incontournables après la Seconde Guerre mondiale.

À l'heure où la mode réfléchit plus que jamais sur elle-même, questionnant le décalage des saisons, le rapport au consommateur final, voire la légitimité de New York, l'institution qu'est le défilé ne fait pas exception.

Les créateurs qui ont renoncé disent avoir un peu perdu d'eux-mêmes dans ce format assez brutal d'une quinzaine de minutes seulement qui, avec la diffusion presque systématique en ligne, leur donne une exposition unique au monde, mais aucun recul.

«Personnellement, je préfère consacrer mon énergie à ce qui différencie ma marque», explique à l'AFP la créatrice française Sophie Theallet, qui a tout misé sur internet comme vecteur de sa campagne World Citizen, série de clichés de célébrités portant les pièces de sa nouvelle collection.

«Je travaille sur les vêtements, la construction, les ajustements et les coupes», dit la New-Yorkaise d'adoption. «Je ne veux pas réfléchir à la manière d'impressionner ou de faire du bruit avec un défilé».

Référence de la semaine de la monde new-yorkaise, Vera Wang va, elle, présenter sa collection sous la forme d'un petit film, projeté à Paris.

Très soucieux de coller à la tendance, voire de l'anticiper, le duo de la marque Opening Ceremony a carrément sauté la case Fashion Week pour habiller les danseurs du New York City Ballet, lors du ballet The Times are Racing du chorégraphe qui monte, Justin Peck.

La fin de l'hégémonie du défilé est aussi un appel d'air pour les jeunes créateurs.

«Je vois beaucoup de designers émergents qui n'auraient jamais eu la possibilité de montrer ce dont ils sont capables, car aujourd'hui, (...) un défilé à la Alexander McQueen, c'est presque un million de dollars», explique Ilaria Niccolini, fondatrice de l'italien FTL Moda, qui présente chaque saison plusieurs couturiers à New York.

Réalité virtuelle

Cette année, elle s'est associée au géant coréen Samsung pour présenter les collections en réalité virtuelle. Les invités peuvent voir, avec un casque, un film qui met en scène les modèles dans une grande villa de Brescia, en Italie.

Les pièces des collections sont ensuite visibles sur place.

«Le défilé est condamné, sauf si vous choisissez une version très artistique», estime Ilaria Niccolini, citant l'exemple de Karl Lagerfeld, l'un des rares capables, selon elle, de créer tout un univers pour chacune des collections Chanel.

D'autres sont moins catégoriques, mais laissent entendre qu'un mouvement est à l'oeuvre. Pour Zac Posen, le défilé n'est pas mort. «J'aime le côté théâtral, mais aujourd'hui, c'est un moment différent, pour moi en tout cas».

Et Vera Wang annonce qu'elle reviendra «probablement» à New York, «mais peut-être sous un autre format» que le défilé.




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