Dans un Japon ultraconservateur, la mannequin Melody Yoko Reilly, mi-Japonaise mi-Américaine, l'assure: les mentalités changent et la mode a un rôle à jouer pour ouvrir les esprits au métissage.

À 27 ans et déjà dix ans d'expérience dans l'archipel, elle a vu grandir l'engouement pour les «hafu», de l'anglais moitié.

«Le secteur du mannequinat au Japon adore les jeunes Japonaises métisses, il y a là un créneau pour nous», confie-t-elle dans un entretien à l'AFP. «La mentalité japonaise évolue et comprend que le monde est bien plus vaste».

Signe selon elle que les choses changent, une jeune Afro-Asiatique a été sacrée l'an dernier Miss Japon, Ariana Miyamoto.

«Ce n'est plus la peine d'avoir l'air Japonaise pour être Japonaise», se réjouit la pétillante brunette, jeans blancs troués et veste noire d'aviateur frappée d'étoiles en or. Sa victoire «m'a emplie de joie, n'en déplaise aux semeurs de haine - il y en aura toujours».

Ariana Miyamoto avait été abreuvée d'injures sur les réseaux sociaux, certains s'indignant que la couronne aille à une métisse plutôt qu'à une Japonaise «pure».

«Réveillez-vous: le monde change, mieux vaut monter à bord!», lance Melody Yoko, qui parle couramment japonais et anglais.

Née en Californie, elle a débarqué au Japon en 2006 sur les traces d'autres beautés mélangées comme Jun Hasegawa ou Jessica Michibata. Depuis, elle a représenté des dizaines de marques, du fabricant de cosmétiques Shiseido à la griffe de vêtements Uniqlo, et apparaît souvent sur les pages glacées des magazines de mode.

«Un défi»

Malgré des progrès et l'essor des unions mixtes, la diversité reste toute relative au Japon, un archipel ethniquement homogène, longtemps isolé, où les enfants de mariages mixtes représentent seulement 3% des naissances chaque année, selon les statistiques officielles.

La mannequin, qui défilait il y a peu aux côtés d'autres métisses sur le podium de la «Tokyo Girls Collection», un des événements phares de la mode japonaise, reconnaît que sa double identité n'est pas toujours facile à assumer.

«C'est un véritable défi, car on n'a pas de réel sentiment d'identité», avoue-t-elle. «Encore maintenant, je sens qu'une partie de moi correspond plutôt au Japon alors qu'une autre est plutôt américaine. Je n'ai pas réellement un lieu spécifique où mon identité serait complète, à 100%, ce qui m'oblige à regarder en dehors des cases pour essayer de trouver ma propre définition du "chez moi"».

Cette quête perpétuelle est peut-être plus ardue encore dans un univers éphémère.

«D'autres décident de mon apparence, choisissent mes vêtements, mon maquillage et ainsi de suite. C'est certes très glamour», dit-elle, mais dans le même temps, «tu perds en quelque sorte ta propre identité en changeant ainsi en permanence. Donc tu dois travailler dur pour être sûre de savoir qui tu es».

Après le Japon, Melody Yoko Reilly rêve pourquoi pas de conquérir Hollywood, où la question de la diversité se pose aussi: l'absence d'acteurs noirs aux Oscars a récemment suscité une virulente polémique.

«Je pense que ça a progressivement commencé à changer, ce qui est vraiment enthousiasmant: je vois plus d'opportunités qu'il y a dix ans. C'est la raison pour laquelle je suis partie (des États-Unis), parce que je n'aurais jamais pu imaginer qu'une Asiatique ferait un défilé ou passerait à la télé».

«Notre heure est peut-être venue», sourit-elle.