• Accueil > 
  • Vivre > 
  • Mode 
  • > La mode ethnique réinvente le «made in Vietnam» 

La mode ethnique réinvente le «made in Vietnam»

La fondatrice de Fashion4Freedom, LanVy Nguyen, est revenue... (PHOTO HOANG DINH NAM, AFP)

Agrandir

La fondatrice de Fashion4Freedom, LanVy Nguyen, est revenue au Vietnam après avoir fait partie des flots de boatpeople fuyant le pays après-guerre. Depuis près de vingt ans, cette ancienne analyste financière, qui a fait fortune à Wall Street, se sert de son réseau de connaissances pour le mettre au service de la sauvegarde de techniques artisanales.

PHOTO HOANG DINH NAM, AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Cat BARTON
Agence France-Presse
CAO BANG

Des créateurs de mode réinventent le « made in Vietnam » en s'inspirant des traditions des nombreuses ethnies du pays, loin de la réputation qu'a le Vietnam d'être un atelier de confection de vêtements à petit prix pour le compte de marques internationales.

« Si tu vivais ici, tu ne trouverais pas... (PHOTO HOANG DINH NAM, AFP) - image 1.0

Agrandir

« Si tu vivais ici, tu ne trouverais pas de mari », ont plaisanté les villageoises face aux premières tentatives de teinture indigo, ratées, de la créatrice de mode Thao Vu (photo). La maîtrise de cet art délicat est supposée acquise par les jeunes femmes en âge de se marier.

PHOTO HOANG DINH NAM, AFP

Dans les collines de la région reculée de Cao Bang, la créatrice de mode Thao Vu vient régulièrement teindre elle-même ses tissus, dans une décoction de feuilles d'indigo.

Si les podiums font désormais à travers le monde la part belle aux motifs et tissus ethniques, la marque de Thao Vu, Kilomet 109, est une pionnière au Vietnam, pays aux 54 minorités ethniques.

La créatrice de 38 ans intègre non seulement la « mode » rurale à ses vêtements, mais elle inclut les tisserandes des villages au processus de fabrication, ajoutant une dimension éthique à la mode ethnique.

« Ce sont elles qui m'enseignent les techniques » de tissage à la main et de teintures naturelles, explique Thao Vu, en évoquant les femmes de l'ethnie Nung du village de Phuc Sec, où cette créatrice basée à Hanoï se rend régulièrement.

Reste ensuite à la créatrice à ajouter une « touche de modernité » à ces vêtements qui finiront dans des boutiques de luxe de Berlin ou New York.

Mais pour cette créatrice de mode, l'apprentissage s'est révélé parfois ardu.

« Si tu vivais ici, tu ne trouverais pas de mari », ont plaisanté les villageoises face à ses premières tentatives de teinture indigo, ratées, alors que la maîtrise de cet art délicat est supposée acquise par les jeunes femmes en âge de se marier.

Thao Vu a persévéré, et est devenue depuis maître dans l'art d'utiliser feuilles et racines pour teindre ses soies organiques, coton et toile de chanvre dans de beaux gris pâles et orange.

Retour aux sources

Depuis plusieurs dizaines d'années, le Vietnam s'est imposé comme une plateforme de la confection de masse, pour les géants de la mode à bas prix comme H&M, Zara ou Mango. Ce secteur clef de l'économie est fondamental pour la croissance. Mais désormais, certains se rendent aussi compte des méfaits que cette forme de croissance a pu avoir sur la dégradation de l'environnement et les conditions de travail.

« Au début, je voulais juste préserver les techniques traditionnelles... mais ensuite j'ai réalisé que nous devions prendre en considération l'environnement, et le côté éthique (de la mode) maintenant, avant qu'il ne soit trop tard », explique Thao Vu.

Parmi les villageoises avec lesquelles elle travaille, Luong Thi Kim, 40 ans, voit les bénéfices de cette reconversion.

« Avant, je tissais pour moi, mais maintenant, nos produits tissés vont dans d'autres pays. Je veux gagner de l'argent pour élever mes enfants », explique-t-elle.

Dans la province de Hué, dans le centre du Vietnam, une autre marque est sur le même créneau de « mode équitable ». La fondatrice de Fashion4Freedom, LanVy Nguyen, est revenue au Vietnam après avoir fait partie des flots de boatpeople fuyant le pays après-guerre.

Depuis près de vingt ans, cette ancienne analyste financière qui a fait fortune à Wall Street se sert de son réseau de connaissances pour le mettre au service de la sauvegarde de techniques artisanales.

« Nous savions que ces gens avaient derrière eux des années de savoir-faire, nous devions juste faire sauter les verrous afin que les marchés puissent l'apprécier », explique LanVy Nguyen.

Loin de l'image de la grande manufacture fournissant les géants de l'habillement à bas prix, Thao Vu mise à l'inverse sur un approvisionnement éthique haut de gamme dans sa boutique de Hanoï.

Son entreprise a par exemple demandé à des sculpteurs sur bois d'appliquer à des talons de chaussures de luxe leurs techniques utilisées jusqu'alors dans les pagodes et autres bâtiments.

« Avant, je sculptais des maisons traditionnelles en bois, maintenant je sculpte des chaussures dans un style moderne. J'adore ce métier », assure Do Quang Thanh, sculpteur sur bois ravi de sa reconversion.

Du côté des marchés occidentaux, l'intérêt est grandissant. La marque américaine de vêtements haut de gamme Nanette Lepore étudie une collaboration avec Fashion4Freedom, séduite par l'idée de ce mélange entre tradition et modernité qui pourrait se révéler « une réelle opportunité pour le marché américain ».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer