Fous de baskets

Lorsque Nike, Jordan Brand ou Adidas lancent un modèle limité et désiré de... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Lorsque Nike, Jordan Brand ou Adidas lancent un modèle limité et désiré de tous, ils sont là, à faire la file pendant plusieurs heures, même sous la neige, dans l'espoir de l'ajouter à leur collection. Portrait d'une culture de passionnés.

JAMAIS ASSEZ

- « Combien de paires as-tu? 

- Une trentaine. Et toi? 

- Plus de 100, je ne sais pas trop. » 

Cette discussion a eu lieu le matin du 28 novembre, jour du Black Friday, mais, surtout, le jour de la sortie des chaussures Air Jordan 6 Retro noir/infrarouge.

Ce jour-là, une quinzaine de personnes attendaient patiemment en file l'ouverture du magasin Kar Nam, sur la Plaza St-Hubert. Les premiers étaient arrivés la veille. Ils avaient passé la nuit dehors, alors que le mercure était sous zéro, afin de pouvoir mettre la main sur les chaussures tant attendues. À la caisse, ils n'ont pas hésité à débourser 270 $ pour l'objet de leur convoitise. Le même scénario s'est produit au même moment dans les boutiques Exclucity, Foot Locker et Champs de la métropole ainsi que dans plusieurs autres villes du monde.

Les souliers que tant de gens s'arrachaient ce matin-là ont été portés pour la première fois par Michael Jordan en 1991. L'ancien joueur des Bulls de Chicago est en grande partie responsable de cette mode que certains qualifient de folie. En 1985, alors qu'il en était à sa première saison dans l'Association nationale de basketball (NBA), Jordan a porté une paire de chaussures rouge et noir créées par Peter Moore, de Nike. À l'époque, ces couleurs contrevenaient aux règlements de la ligue.

Chaque fois que le jeune Michael Jordan portait cette paire, il devait payer une amende de 5000 $. Cette pénalité n'a eu pour effet que d'augmenter la popularité de Jordan et de ses baskets.

Depuis, Nike et Jordan Brand lancent un nouveau modèle « signature » chaque année, et ce, même si Michael Jordan ne joue plus depuis 2003. Dans les années suivantes, Nike n'a cessé de multiplier les associations avec des athlètes, tout comme ses concurrents Adidas et Reebok. Plus récemment, des musiciens tels Kanye West et Pharrell Williams ou le designer de Givenchy Riccardo Tisci ont collaboré avec des fabricants de chaussures de sport. Toutefois, les Air Jordan portés par le légendaire joueur de basket restent les plus courus. Les modèles Retro, toujours vendus en quantité limitée, partent à une vitesse folle et sont l'objet de contrefaçon. Certains, comme le 6 noir/infrarouge, sont si populaires qu'ils sont revendus sur Kijiji ou eBay deux ou trois fois plus chers que leur prix de vente en magasin.

LA CONNAISSANCE AVANT LA QUANTITÉ

En anglais, les passionnés de chaussures de sport sont appelés sneakerheads. À partir de quand une personne peut-elle être qualifiée de la sorte? En fait, seuls les membres de la culture peuvent véritablement se prononcer.

« Es-tu un sneakerhead parce que tu as plein de souliers ou es-tu un sneakerhead parce que tu connais les chaussures? On a souvent ce débat entre nous, indique Jean-Derreck Bondoc Zapata, gérant et acheteur à la boutique Exclucity, rue Notre-Dame Ouest. Je considère un gars comme un sneakerhead s'il a la passion et la connaissance. Il peut ne pas avoir l'argent pour s'acheter tous les souliers qu'il veut, mais il peut savoir comment le soulier fonctionne, pourquoi il est limité et qui est l'artiste qui l'a créé. »

Selon Duane Watson, du blogue Sole Shift, c'est aussi une question de passion.

«Ce n'est pas la marque, le sport ou le nombre qui est important. Ce qui compte, c'est qu'il aime et respecte ce qu'il porte. Il doit absolument les porter ! Quel est l'intérêt de les garder dans leur boîte?»

Duane Watson,
blogueur de Sole Shift

Charles Lafrenière, un collectionneur qui possède environ 130 paires, croit qu'il est nécessaire d'« aimer le soulier pour ce qu'il est et non pour ce qu'il vaut. Connaître la culture et l'histoire est aussi primordial ».

UNE CULTURE EN EXPANSION

Il existe des sneakerheads depuis près de 30 ans, mais le phénomène a pris de l'ampleur dans les dernières années. « Les médias sociaux ont vraiment contribué à faire grandir la culture. Ces gens ne se connaissaient pas avant, mais aujourd'hui on trouve des groupes sur Facebook et Instagram pour ceux qui partagent une passion pour les sneakers », explique Jean-Derreck.

Une passion qui rapporte beaucoup d'argent. Matt Powell, collaborateur de Forbes, estime que les sneakerheads ont acheté pour plus de 1 milliard de dollars en chaussures de sport l'an dernier.

Charles Lafrenière a aussi remarqué que, depuis le milieu des années 2000, « des sneakersheads influents, des rappeurs et des vedettes s'affichent avec des souliers et participent à la création d'un engouement ».

Depuis son arrivée à Exclucity il y a trois ans, Jean-Derreck a remarqué une progression fulgurante de l'intérêt pour les baskets au Québec. « Quand j'ai commencé, le but était de faire grandir la culture. Au début, rares étaient les personnes qu'on pouvait qualifier de sneakerheads, mais aujourd'hui, presque tout le monde veut en être un, remarque-t-il. Pour la collaboration entre Nike et Kanye West - le Air Yeezy 2 -, il y a eu une file cinq jours avant le lancement devant notre magasin du West Island. »

Devant un tel engouement, Nike et Foot Locker ont ouvert une boutique House of Hoops rue Sainte-Catherine à la fin du mois d'octobre. « Nous avons décidé d'ouvrir le House of Hoops en réponse à la demande que nous avons reçue de la part des joueurs de basketball de Montréal pour avoir accès à de l'équipement de performance », explique Claire Rankine, directrice des communications à Nike Canada. Selon elle, « l'aspect le plus intéressant du basketball est son intersection unique entre le sport et la culture ».

Ses prouesses sur le terrain ont fait de Michael Jordan une vedette, mais son style a fait de lui une légende. Plus de 10 ans après sa retraite, il est toujours un symbole de réussite et de succès. Porter ses chaussures n'est qu'une façon de laisser une empreinte similaire à la sienne.

CINQ PAIRES D'EXCEPTION

Par leur couleur provocante, leur histoire ou leur technologie intrigante, voici quelques modèles qui font l'envie de plusieurs collectionneurs.

Air Jordan 6 noir/infrarouge (1991)

Jordan Brand a mis sur le marché ce modèle en plusieurs couleurs cette année, mais c'est cette déclinaison qui était la plus attendue. Michael Jordan les portait quand il a remporté le premier de ses six titres. 

Nike Air Jordan 1 (1985)

Ces espadrilles n'avaient rien de bien différent des autres baskets de l'époque sauf une chose : de la couleur. Nike payait d'ailleurs une amende de 5000 $ chaque fois que Michael Jordan les portait. Un bon investissement.

Air Jordan 11 Space Jam (1996)

Les premières espadrilles de basketball avec du cuir verni sont une création de Tinker Hatfield. Michael Jordan les a portées pour jouer, mais aussi dans le film Space Jam.

Reebook Pump Omni Lite (1991)

Ce n'est pas le premier modèle avec le mécanisme de « pompe » de Reebok, mais assurément le plus populaire. Dee Brown des Celtics de Boston les portait quand il a remporté le concours de dunk de 1991.

Nike LeBron 12 (2014)

Le plus récent modèle « signature » de LeBron James comprend une multitude d'avancées technologiques. Ils combinent performance et design.

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