La chaussure comme oeuvre d'art

Anastasia Radevich voit dans la chaussure un moyen... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Anastasia Radevich voit dans la chaussure un moyen d'exprimer sa réflexion sur la mode.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Anastasia Radevich est une artiste à part et ses créations, tenant davantage de l'oeuvre d'art que de la chaussure utilitaire, sont exposées aux quatre coins du monde. Futuristes et poétiques, avant-gardistes et organiques, ces écrins d'exception sont tout simplement spectaculaires.

Au coeur de l'hiver, Anastasia Radevich a accueilli l'équipe de La Presse dans son appartement douillet, où elle et son copain Nicolas ont installé leurs quartiers à Montréal. C'est autour d'un thé noir et de douceurs d'Europe de l'Est qu'elle nous a ouvert les portes de son univers fascinant, où ses créations sont de véritables oeuvres d'art qui transcendent le simple style pour proposer un regard sur notre monde.

Née à Minsk, en Biélorussie, au sein d'une famille de designers de chaussures depuis deux générations, la jeune femme a appris très jeune les rudiments de leur fabrication. « À l'époque, dans les années 50, au temps du communisme, on ne pouvait acheter des chaussures que dans un grand magasin et l'entrepreneuriat était très mal vu. Malgré cela, pour nourrir sa famille, mon grand-père a appris à faire des souliers et les vendait grâce au bouche-à-oreille », raconte-t-elle.

Dans les années 70, son père a perpétué ce savoir-faire : « Mes parents étaient des danseurs. Toutes les filles du club de danse voulaient que mon père leur fabrique des chaussures, car il n'y avait rien d'intéressant sur le marché. Quand j'étais plus jeune, je les aidais, mais je n'étais pas très intéressée par les souliers », avoue-t-elle.

Philosophe dans l'âme, Anastasia Radevich était plutôt fascinée par les concepts, les idées et par son envie de vivre d'une autre façon. « J'avais une personnalité plutôt " out of the box " », résume-t-elle. D'ailleurs, sa première paire de souliers, réalisée lorsqu'elle était au secondaire, elle l'a peinte en jaune. « Je voulais de la couleur, quelque chose de différent ! »

À la recherche du sens

Mais avant de se consacrer à la création de chaussures, la jeune artiste a cherché sa voie. D'abord, en étudiant la linguistique pendant cinq ans à l'université en Biélorussie ; puis, le marketing, à Montréal, où elle a atterri en 2002. « Le marketing m'a appris ce qu'est la norme dans la société, mais j'en suis venue à la conclusion que c'est un domaine vraiment archaïque. C'est tellement transparent et " fake " ! »

C'est alors qu'elle se demande ce qui la rend vraiment heureuse. La réponse : le travail manuel, artisanal, la possibilité de faire naître des concepts sur papier et un véhicule pour les exprimer. La création de chaussures, quoi, comme vecteur de sens.

Voulant s'initier au savoir-faire traditionnel, elle s'envole en 2009 pour la London Fashion School. C'est d'ailleurs à Londres qu'elle créera sa première collection, Biofuture, non sans avoir d'abord travaillé avec deux grands noms : Nicolas Kirkwood, reconnu pour ses escarpins sculpturaux, et le regretté Alexander McQueen, qui l'a engagée pour participer à la création des chaussures de son défilé printemps/été 2010.

Une expérience aussi enrichissante que démesurée, se souvient-elle. « Une fille s'était embarrée dans les toilettes. Tout le monde était vraiment occupé, personne n'avait le temps pour aller chercher les clés pour la sortir de là, alors on lui avait glissé son travail de broderie sous la porte. Elle y était restée des heures ! »

Défier les possibles

Depuis son retour à Montréal, elle a créé trois autres collections : Dreamfall (2010), Kinetik (2011) et Lost Civilizations (2012). Chacune est finement pensée et réfléchie, et part toujours d'un concept qu'elle aime développer en discutant avec son copain, Nicolas, lui aussi philosophe dans l'âme. Designer industriel de formation, ce dernier lui donne parfois son avis lorsqu'elle est à l'étape de la conception. « Les souliers, c'est son truc. Quand elle a fini ses esquisses, je peux poser un regard plus technique en lui disant ce qui est possible, ou pas. Mais parfois, elle défie les règles et réussit à créer l'impossible ! »

Ainsi, sa plus récente collection, Lost Civilizations, est en quelque sorte un pamphlet environnemental. Sur la plateforme vertigineuse et fissurée d'une paire de chaussures, est inscrit : « This will destroy you ». Une référence aux sables bitumineux de l'Alberta, dont la cartographie est reproduite sur l'empeigne. « Je cherchais une façon de matérialiser ce sentiment de quelque chose de brisé, de désintégré... est venue cette idée de fissurer le matériel. » Ou comment la matière naît de l'abstraction.

Derrière ces pièces d'exception, un immense travail technique. Après avoir créé à Montréal ses matrices, elle envoie les patrons dans son usine en Italie (où elle se rend deux fois l'an). Sur place, toutes les composantes de la chaussure - réalisées par divers artisans - sont assemblées manuellement. « Parfois, je dois convaincre mes fournisseurs de repousser les barrières, car c'est tout de même un milieu traditionnel, dominé par les hommes », constate-t-elle.

Au fil du temps, elle a expérimenté diverses techniques, comme l'impression 3D (pour créer un talon en forme de pompe à pétrole). Elle s'est même rendue dans un laboratoire biélorusse « old school » afin qu'un chimiste lui invente un matériel à base de silicate de potasse, de microsphère de verre et de CO2 pour créer la semelle hallucinante d'une de ses créations. Rien de moins.

Même si elle utilise plusieurs techniques innovatrices pour donner vie à ses chaussures, ces dernières demeurent très organiques, au point où certaines semblent créées par les forces de la nature. « Auparavant, j'avais tendance à mélanger certaines techniques avant-gardistes avec un travail plus artisanal. Mais, tranquillement, je délaisse la technologie comme le 3D pour me tourner vers le fait main, car je crois que c'est là que réside la vraie valeur », conclut-elle.

Nom : Anastasia Radevich

Lieu de naissance : Minsk, Biélorussie

Études : London Fashion School

Ma griffe, en deux mots : liberté et inspiration

Sources d'inspiration : nature, philosophie, vérité

Plaisir coupable : le thé

Leitmotiv : Wake up !

Distinction : nommée parmi 26 designers de chaussures d'avant-garde dans un ouvrage publié en 2012 par Shoegasm, où se retrouvent aussi Christian Louboutin, Alexander McQueen et Manolo Blahnik.

Boutique en ligne : Il est toujours possible de passer une commande en écrivant à info@anastasiaradevich.com.

Point de vente : 2CRAZY, une boutique spécialisée en chaussures haut de gamme à Jumierah, Dubaï !




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