Foie gras: le bien-être animal et la politique des petits pas

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Selon un sondage commandé à CSA, 95% des Français déclarent consommer du foie gras.

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Sandra LAFFONT
Agence France-Presse
PARIS

Les campagnes anti-gavage sont désastreuses pour l'image du foie gras. Les producteurs lancent donc une démarche de certification de leurs élevages, un petit pas, mais qui ne change rien sur le fond pour les défenseurs des animaux.

En plein lancement de la saison des ventes, les producteurs de foie gras ont dévoilé jeudi la démarche «PalmiG confiance», une initiative qui vise à certifier «les bonnes pratiques» des éleveurs en matière de bien-être animal.

Ce souci de transparence et de communication marque un changement de mentalité dans un secteur qui a longtemps éludé, voire nié les problèmes que pouvaient poser le gavage des animaux.

Du coup, la grande majorité des éleveurs (18 organisations de producteurs représentant 90% de la production) s'engagent à soumettre leurs exploitations à cet audit, effectué par un organisme indépendant.

«Souci profond»

Les contrôles devront déterminer si les conditions d'élevage respectent les principes de la charte européenne pour la production de palmipèdes gras.

Selon ce texte, qui n'a rien d'officiel et a été rédigé par la profession elle-même, les animaux doivent par exemple «disposer de suffisamment d'espace pour pouvoir se déplacer», «être exempts de blessures physiques» et «être manipulés avec précaution en toute situation».

«On ne va pas dire aujourd'hui que tout est parfait dans nos élevages», mais «on veut, au travers, de cette action faire la démonstration (...) que nos élevages sont en règle», explique Alain Labarthe, président de la fédération européenne des producteurs, Euro Foie Gras.

«Le gavage restera le gavage, mais à travers ça, il y a des choses qui vont s'améliorer, c'est notre souci profond», promet-il.

Cette démarche pourra être valorisée par les marques, mais aucun dispositif de labellisation n'est prévu pour l'instant. Elle devrait en outre s'étendre aux autres pays producteurs en Europe comme l'Espagne, la Hongrie ou la Bulgarie.

Coup de communications?

Interrogée par l'AFP, L214, association de défense des animaux et qui mène la plupart des campagnes anti-gavage, cette démarche est «un outil de com'».

«Ils veulent rassurer le consommateur devant à nos campagnes. Ils se disent qu'ils doivent prendre en compte la demande sociétale sur le bien-être animal, mais ils ne vont rien changer à leurs pratiques», commente Brigitte Gothière, une des porte-parole de l'association.

Et pour elle, cette charte européenne énonce des principes de base «de bien-traitance» qui «ne devraient même pas faire l'objet d'une charte».

L214 dénonce le gavage ou alimentation forcée, qui procurerait selon elle de grandes souffrances aux animaux. De nombreux pays ont d'ailleurs interdit le gavage sur leurs territoires comme Israël qui était pourtant un important producteur; et des enseignes ont également banni le foie gras de leurs rayons.

Sans compter la Californie qui a interdit depuis 2012 la production comme la vente de ce mets symbole de la gastronomie française.

Et encore cette semaine de grands noms du textile comme H&M ou The North Face ont déclaré de concert qu'ils n'utiliseraient plus pour leurs doudounes des plumes et duvets venant d'animaux gavés.

«Dommage» pour ces industriels, a simplement répondu jeudi Frédéric Oriol, directeur général de Delpeyrat, car le duvet de canard gras est de «qualité supérieure».

Face à ces débats, l'Union européenne a ajusté ses règles de production et impose aux producteurs de s'équiper pour le 1er janvier 2016 de cages collectives pour le gavage. Jusqu'à présent, les canards étaient la plupart du temps gavés dans des cages individuelles dans lesquelles ils ne pouvaient même pas se lever.

Plus de deux tiers des éleveurs se sont déjà mis aux normes, a assuré jeudi Marie-Pierre Pé, déléguée générale du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog).

Et les 30% restants devront le faire avant 2016, sinon les industriels refuseront de travailler avec eux, a-t-elle promis.

D'ailleurs, malgré toutes ces polémiques, la profession assure que ses ventes ont progressé en France depuis le début de l'année : de +13% en volume et +19% en valeur entre janvier et septembre selon le Kantar World Panel.

Et selon un sondage commandé à CSA, 95% des Français déclarent consommer du foie gras.

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