Consommation: en avoir moins, au même prix

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Option consommateurs a recensé des exemples de réduction des volumes dans plusieurs secteurs de l'industrie alimentaire.

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Les sacs de croustilles sont toujours plus gonflés d'air. Les biscuits s'amincissent. Les pots de yogourt sont plus légers. Pourtant, les emballages, eux, changent à peine de forme. En alimentation, la réduction des volumes fait en sorte que le consommateur paie le même prix pour des quantités moindres.

Illusions d'optique stratégiques

La marque Nestlé a décidé de changer le format de ses bouteilles de sirop Nesquik pour préparer le lait au chocolat. Comme l'entreprise vient à peine d'amorcer ce virage, dans les rayons des épiceries, on trouve l'ancien et le nouveau contenant côte à côte au prix de 5,19 $. En apparence, les deux pots en forme de lapin semblent identiques. Il n'y a que l'étiquette qui est légèrement différente. Sauf que si le client choisit le contenant frappé du mot «nouveau» en lettres rouges, il achète 460 ml de sirop au lieu de 510 ml. Pour le même prix, il obtient 10 % moins de liquide au chocolat.

Option consommateurs n'est aucunement surpris par cette stratégie. Depuis quelques années, l'association recueille les plaintes des consommateurs concernant les produits alimentaires qui sont réduits en taille, mais dont les prix n'ont pas baissé pour autant.

Dans un rapport sur le sous-dimensionnement qui sera rendu public dans quelques semaines, l'organisation recense des exemples de réduction des volumes, notamment dans les secteurs des croustilles, des craquelins, des condiments, des yogourts, des jus, des barres de chocolat, des produits laitiers, des biscuits et des céréales.

Geneviève Charlet, conseillère juridique et coauteure du rapport, a observé 1001 techniques employées par les fabricants pour conserver leur contenant, mais réduire leur contenu. «Les entreprises jouent avec les illusions d'optique pour ne pas que le client se rende compte qu'il en a moins pour son argent», explique-t-elle.

Pour les pots de yogourt ou de condiment, par exemple, les fabricants vont créer une forme concave dans le fond du contenant. Dans le cas des céréales, des croustilles ou des biscuits, ils vont plutôt ajouter de l'air dans l'emballage.

Dans le rayon des croustilles ou des céréales, il est hors de question de diminuer la taille de l'emballage au profit d'un concurrent, affirme François Desrosiers, président fondateur d'Interim marketing et expert du milieu de l'alimentation. «La face des boîtes de céréales demeure la même, mais c'est l'épaisseur qui diminue un peu. Dans ces secteurs concurrentiels, il n'est pas question qu'on laisse de l'espace à une autre marque. On veut garder sa visibilité sur les tablettes d'épicerie.»

Une pratique légale

Selon M. Desrosiers, le phénomène de la réduction des quantités a pris plus de temps avant d'atteindre le marché québécois, étant donné que les fabricants doivent créer des emballages bilingues qui respectent nos lois. Ils doivent également se plier à notre réglementation concernant le tableau des valeurs nutritionnelles et la liste des ingrédients. Avant de s'attaquer au Québec, les entreprises ont pénétré des marchés plus payants, comme les États-Unis ou l'Europe.

Même si la réduction des quantités choque les consommateurs, cette pratique n'est pas illégale. «Réduire un emballage de 250 g à 200 g, c'est comme une augmentation cachée de 20 %. À part en alimentation, cherchez-en, des produits qui augmentent de 20% d'un seul coup ! Une hausse de cet ordre-là, c'est impensable, c'est immoral, mais ce n'est pas illégal, parce que tous les éléments requis par la loi, notamment le poids de la nourriture, sont présents sur les étiquettes», explique M. Desrosiers.

Immorale peut-être. Mais avec la stagnation des revenus et le taux d'endettement, ce spécialiste du secteur de l'alimentation comprend que les entreprises préfèrent réduire leur format plutôt qu'augmenter leur prix.

Louis Papineau, professeur à l'Institut de technologie des emballages et du génie alimentaire, affirme pour sa part que la plupart des entreprises ne réduisent pas leur format dans le but de faire plus d'argent. «Les entreprises ont tout intérêt à ne pas duper les clients. Mais dans le contexte, elles n'ont pas nécessairement le choix de jouer avec leur format. Le prix des matières premières ne cesse d'augmenter. Le prix du sucre a explosé. Les prix du papier et du plastique pour l'emballage augmentent aussi. Si les entreprises suivaient la tendance, les consommateurs paieraient 10$ pour avoir la même quantité de yogourt qu'il y a 10 ans», dit-il.

Pour éviter de se faire duper, il n'existe pas de nombreuses solutions. La meilleure demeure de regarder le prix par unité de mesure (en millilitre ou en gramme) que le commerçant est obligé d'afficher. Ainsi, devant un étalage de dizaines de sortes de yogourt ou de biscuits, le consommateur pourra toujours trouver le meilleur rapport quantité/prix.

En apparence, ces deux pots de sirop Nesquik... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE) - image 2.0

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En apparence, ces deux pots de sirop Nesquik pour préparer le lait au chocolat semblent identiques. Sauf que si le client choisit le contenant frappé du mot «nouveau» en lettres rouges, il achète 460 ml de sirop au lieu de 510 ml.

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Aliments à surveiller

La réduction des quantités touche à peu près tous les aliments de l'épicerie. La Presse a parcouru les allées de supermarchés et épluché des cahiers publicitaires datant de quelques années pour repérer plusieurs cas de diminution des volumes.

Oh Henry! (-7 %) 

La barre de chocolat Oh Henry! est passée de 62,5 g à 58 g.

Ruffles (-15%) 

Les emballages de croustilles contiennent peu de chips et beaucoup d'air. Par exemple, la quantité de chips a diminué de 275 g à 235 g dans un emballage quasi identique de croustilles Ruffles.

Crispers (-13%) 

Cette entreprise suit la tendance. Dans certaines épiceries, on trouve encore l'ancien (200 g) et le nouvel emballage l'un à côté de l'autre (175 g).

Ritz (-11%) 

Ritz change en douce ses boîtes de craquelins. Les boîtes qui sont sur le point de disparaître contiennent 225 g de biscuits tandis que celles qui arrivent sur le marché n'en comptent que 200 g.

Biscuits aux morceaux de chocolat (-14%)

Les boîtes de biscuits Morceaux de chocolat de M. Christie sont passées de 350 g à 300 g.

Minces aux légumes (-11%)

Avant, on achetait 225 g de craquelins Minces aux légumes. Aujourd'hui, la boîte du même format ne contient que 200 g.

Nutella (-6%) 

Le gros pot de Nutella est passé de 800 g à 725 g tandis que le pot de taille moyenne est passé de 400 g à 375 g.

Whippet (-14%) 

En 2011, une boîte de Whippet contenait 350 g de biscuits. Aujourd'hui, elle en contient 300 g.

Tropicana (-13%) 

Option consommateurs a remarqué que les contenants de jus d'orange Tropicana ont subi deux diminutions de quantité, passant de 2 L à 1,89 L à 1,75 L.

Café Tim Horton's (-7%)

Le grand contenant de café Tim Horton's a diminué de 7% passant de 1 kg à 930 g.

Sauce Classico (-7%) 

Des clients d'épicerie se sont plaints auprès d'Option consommateurs concernant les pots de sauce Classico, qui sont passés de 700 ml à 650 ml.




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