Craquer pour le coco

Les produits dérivés de la noix de coco... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Les produits dérivés de la noix de coco sont impossibles à manquer sur les étalages.

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En lait, en eau, en huile, en chips ou en sucre, impossible de la manquer: la noix de coco est dans tous les étalages des épiceries et magasins de produits naturels. Pourquoi est-elle si populaire? Et est-elle aussi bonne pour la santé qu'on le prétend?

Le nouvel aliment à la mode

La production de la noix de coco ne date pas d'hier, mais depuis une dizaine d'années, ses produits dérivés connaissent une popularité fulgurante. Un succès qui s'explique par plusieurs facteurs. Tour du coco pour comprendre le phénomène.

«Depuis 2008, c'est la folie. La consommation de la noix de coco s'est carrément occidentalisée», remarque Sylvain Charlebois, doyen de la faculté en management à l'Université Dalhousie, à Halifax, et expert en économie alimentaire. Selon ce dernier, depuis 10 ans au Canada, le secteur alimentaire a introduit plus de 2000 produits alimentaires différents contenant de la noix de coco - un marché qui dépasse le milliard de dollars!

Pourquoi la noix de coco a-t-elle tout à coup inondé le marché? «C'est une convergence de plusieurs éléments», analyse M. Charlebois. Dans un monde où les allergies au gluten, au lactose et aux noix sont de plus en plus omniprésentes, la noix de coco est une véritable oasis pour les allergiques et s'est imposée comme option de rechange auprès des manufacturiers.

«Les multinationales du secteur alimentaire ont adopté la noix de coco comme substitut, ni plus ni moins.»

À cela s'ajoute la «magie de branding». En effet, nous explique l'expert, il faut comprendre le processus qui explique comment certains aliments deviennent tout à coup tendance. Tout commence dans les foires alimentaires internationales, où toutes les multinationales de ce monde - Nestlé, Kellogg's, Heinz - vont à la rencontre des grands transformateurs alimentaires, à la recherche du prochain ingrédient à la mode.

Quand une entreprise décide d'adopter un ingrédient (comme l'huile, le lait ou l'eau de coco, par exemple), de le commercialiser ou de l'intégrer à ses produits, cela lui demande un investissement massif, qu'il faut ensuite rentabiliser. Par exemple, en s'associant avec des vedettes comme Rihanna ou Madonna (pour l'eau de coco Vita Coco), on propulse l'ingrédient au premier plan et on crée un effet d'entraînement.

De nouveaux produits

La variété de produits dérivés de la noix de coco vient aussi du fait que l'industrie cherche à réduire les pertes et à utiliser toutes les composantes de l'aliment. Après le lait de coco et son huile, c'est l'eau de coco qui a connu une poussée fulgurante ces dernières années.

C'est d'ailleurs en voyant l'énorme potentiel de l'eau de coco que Chris Magnone, président et PDG de l'entreprise montréalaise Temple Lifestyle, spécialisée en distribution de produits santé et naturels, a décidé de lancer sa propre marque maison, Buddha Brand Compagny, en 2012.

Le premier produit que ses partenaires et lui décident de commercialiser? L'eau de noix de coco Thirsty Buddha. «Nos clients - des magasins indépendants, des épiceries de produits naturels - nous demandaient de l'eau de coco. On a fait nos recherches et vu l'opportunité. Je me suis rendu en Thaïlande pour me faire des contacts et, après un an de recherche, on a lancé notre Thirsty Buddha», raconte Chris Magnone.

Toujours à l'affût des dernières tendances, l'entreprise a innové avec des eaux de coco aromatisées avec de la purée de fruits (melon d'eau, ananas) et, depuis cette année, de l'eau de coco pétillante, un des premiers produits du genre en Amérique du Nord.

L'an dernier, l'entreprise a lancé également Hungry Buddha, des chips de noix de coco déclinées en différentes saveurs, un autre produit transformé qu'on a vu apparaître sur les tablettes récemment (l'entreprise québécoise Prana en offre également).

«Il y a une tendance dans l'industrie; les gens cherchent des petites collations à manger au bureau ou à donner à leurs enfants, qui sont sans arachides, sans gluten, etc», explique Chris Magnone, président de Temple Lifestyle.

Le prochain produit? Des croustilles de coco... probiotiques, qui seront lancées en juin. Parce que les produits axés sur la santé des intestins sont une autre des tendances santé du moment, assure M. Magnone.

Sirop d'érable, le prochain «super» aliment?

Si les produits dérivés de la noix de coco sont en vogue, la hausse des ventes «commence à ralentir et on va bientôt atteindre un plateau cette année ou l'année prochaine, comme pour les produits sans gluten en 2015», prédit Sylvain Charlebois. Résultat? L'industrie se mettra bientôt à la recherche de la prochaine grande tendance alimentaire.

Selon l'expert alimentaire, l'industrie acéricole du Québec a une «occasion en or» de faire du sirop d'érable le prochain ingrédient que les grandes multinationales s'arracheront. Avec les recherches récentes menées sur le sirop d'érable par les universités québécoises et qui indiquent que ce dernier pourrait notamment protéger contre l'alzheimer ou encore aider à combattre l'arthrite, les fabricants sont bien placés pour positionner le sirop d'érable sur le grand échiquier des prochains ingrédients tendance.

Depuis une dizaine d'années, les produits dérivés de... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE) - image 2.0

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Depuis une dizaine d'années, les produits dérivés de la noix de coco connaissent une popularité fulgurante.

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Des vertus bien réelles?

On lui donne maintes vertus: haute teneur en magnésium et en potassium, sans compter sa concentration en électrolytes qui a fait de l'eau de coco une boisson si populaire auprès des sportifs, entre autres. Mais qu'en est-il réellement? Nous avons demandé à Jef L'Écuyer, nutritionniste pour SOS Cuisine, d'analyser pour nous les produits dérivés de la noix de coco les plus populaires.

Lait

Le lait de coco contient «plusieurs minéraux intéressants» et a un goût unique, donc il n'est pas mauvais de l'intégrer de temps à autre à ses repas, suggère Mme L'Écuyer. Cependant, il contient des gras saturés, donc on évite de trop en consommer dans une journée. En ajouter aux smoothies? Encore là, c'est une question de goût, mais il est plus intéressant d'utiliser du lait de vache ou de soya, qui contiennent des protéines.

Huile

C'est une bonne huile à avoir dans son «arsenal de cuisine», croit la nutritionniste, mais pas au point de remplacer systématiquement son huile d'olive ou de canola par une huile de noix de coco. Encore là, c'est sa haute teneur en gras saturés qui pose problème, quoiqu'il ait été démontré que l'huile de coco entre dans la catégorie des «bons» gras saturés, car ils font augmenter à la fois les taux de mauvais et de bon cholestérol. Son intérêt réside encore une fois dans son goût particulier, qui se prête bien à certains types de cuisines exotiques.

Eau de coco

Comme l'eau de coco contient en grande partie de l'eau, elle va effectivement bien hydrater (mais on peut aussi tout simplement boire de... l'eau). Et pour les sportifs qui veulent s'hydrater après l'effort? S'il est vrai que l'eau de coco contient des électrolytes, «elle n'offre pas un bon équilibre pour une hydratation efficace, car elle contient plutôt du potassium que du sodium», explique Mme L'Écuyer. Donc, encore une fois, on peut la consommer surtout si on en aime le goût!

Sucre

Le sucre de coco est obtenu à partir de la sève des fleurs de cocotier. Certains blogues et entreprises le vantent, car il contient des minéraux et aurait un indice glycémique faible selon l'index glycémique (IG). S'il est vrai que, tout comme le sirop d'érable, le sucre de coco a un faible indice glycémique, plusieurs experts avancent que l'IG s'applique mal aux sucres, puisque le fructose qu'ils contiennent n'influe pas la glycémie du sang directement. Et le sucre de coco contient beaucoup de fructose. Quant aux minéraux, «il est vrai qu'il en contient en plus grande quantité que le sucre blanc ordinaire, comme du fer, du zinc, du calcium et du potassium, mais pas assez pour le recommander, car il faudrait en manger de grandes quantités pour en tirer avantage!», détaille la nutritionniste.

Croustilles

Faites à partir de chair de noix de coco, les croustilles sont, comme l'huile ou le lait, riches en gras et assez caloriques. «Le point positif, c'est qu'il y a des fibres dans les chips de noix de coco, contrairement à celles de pommes de terre!», ajoute Mme L'Écuyer. Bref, pour une petite collation ici et là, rien de mal, mais les croustilles de noix de coco restent tout de même un aliment transformé, auquel on ajoute bien souvent du sel et du sucre!




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