Folie autour d'un gâteau

La pâtisserie a établi une limite d'un gâteau... (Photo Andrew Francis Wallace, Toronto Star)

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La pâtisserie a établi une limite d'un gâteau et de quatre madeleines par client, tout le monde repart avec exactement la même commande.

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Oubliez les cupcakes, oubliez les cronuts ! Ce qui fait maintenant courir les foules, c'est un gâteau japonais au fromage. En plus d'avoir fait la queue pendant deux heures pour tester cette pâtisserie, notre journaliste se penche sur d'autres restaurants qui attirent des files d'attente démesurément longues.

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Une employée applique un fer chaud sur chacun d'entre eux et l'estampille du visage d'Uncle Tetsu

Photo Andrew Francis Wallace, Toronto Star

Deux grosses heures et dix longues minutes, c'est exactement le temps qu'a attendu La Presse, à Toronto, pour goûter au gâteau au fromage d'Uncle Tetsu, le premier commerce de la chaine établi en dehors de l'Asie. Cela nous a laissé amplement de temps pour discuter avec certains clients dotés d'une patience infinie!

Vincent Chan est l'un des chanceux qui ont déjà goûté au gâteau au fromage. La première fois qu'il s'est présenté au comptoir-pâtisserie, quelques jours après l'ouverture à la mi-mars, il a attendu trois heures dans la file d'attente.

En ce jeudi matin ensoleillé, il n'a couru aucun risque. Il est arrivé une heure et quart avant l'ouverture de la succursale pour être l'un des premiers à mettre la main sur un gâteau. Vincent Chan est le quatrième en file... pas trop mal !

«C'est un peu différent des gâteaux au fromage américains. C'est moins sucré et la texture est moins dense. En tout cas, ils sont vraiment très bons», dit le jeune homme.

À 11 h 10, soit dix minutes après l'ouverture du restaurant, La Presse décide de se placer dans la file qui s'étend sur une quinzaine de mètres. Devant nous, Diane Waling affirme ne pas être une adepte des gâteaux au fromage. Elle fait la file pour partager le dessert avec ses collègues, des employés dans une agence de sécurité.

«Je suis venue une première fois et j'ai fait la file pendant 50 minutes avant de partir les mains vides. C'était trop long. Le pire, c'est que la file d'attente était plus courte qu'aujourd'hui. Ce matin, je peux me permettre d'attendre environ une heure, sinon je vais devoir travailler plus tard ce soir», explique-t-elle.

70 SUCCURSALES ET PLUS

En Asie, la renommée d'Uncle Tetsu est bien établie. Le premier restaurant a ouvert ses portes il y a 40 ans, au Japon, et on compte désormais plus de 70 succursales en Chine, au Cambodge, en Thaïlande, à Taiwan, en Malaisie, aux Philippines...

Peu importe où il se trouve dans le monde, Uncle Tetsu - Tetsushi Mizokami de son vrai nom - a la réputation de toujours porter un chandail blanc en coton ouaté orné d'un dessin caricatural de son visage et de se balader en sandales de plage.

Après une heure et demie dans la file d'attente à discuter voyages, restaurants et loi 101 avec Diane Waling, un petit homme au visage rond, portant un pull blanc et des gougounes, pénètre dans l'édifice adjacent à celui d'Uncle Tetsu.

En moins de deux, La Presse se lance à ses trousses pendant que Diane assure la surveillance de notre précieuse place dans la file de personnes qui ne cesse de s'étirer. En entendant les mots «journaliste» et «Montréal», il pose ses sacs d'emplettes au sol, réceptif et souriant.

Alors, est-ce vrai que les oeufs, importés du Japon, sont les ingrédients secrets de la recette, comme le suggèrent certains blogueurs? Uncle Tetsu s'esclaffe d'un rire attachant qui ressemble davantage à celui d'un gamin de 8 ans en train de se faire chatouiller qu'à celui d'un homme d'affaires prospère !

«Non, non, non !, assure-t-il. Le Canada a de très bons ingrédients. Les oeufs, le lait, la crème, le fromage et le beurre sont très bons ici.»

«Dans les restaurants du Japon, on importe le fromage d'Australie, mais ce n'est pas le cas ici. L'Amérique a de très bons produits.»

Tetsushi Mizokami

Tetsushi Mizokami affirme être très surpris de la popularité des gâteaux au fromage dans cette première succursale en dehors du continent asiatique. Pour répondre à la demande et pour offrir les mêmes parfums de gâteaux (chocolat miel, thé vert...) qu'en Asie, il souhaite acquérir le local juste à côté de celui d'Uncle Tetsu.

Pour le moment, le restaurant doit se contenter d'un four à trois portes, explique Tetsu. Comme les gâteaux prennent 45 minutes à cuire, une simple règle de trois permet de conclure que seulement 12 gâteaux sont prêts toutes les 15 minutes.

UN GÂTEAU PAR PERSONNE

Nous voilà maintenant sur le seuil de la porte, notre tour approche. Comme la pâtisserie a établi une limite d'un gâteau et de quatre madeleines par client, tout le monde repart avec exactement la même commande. Le restaurant ne prend d'ailleurs que l'argent comptant.

Aussitôt que les gâteaux sortent du four, une employée applique un fer chaud sur chacun d'entre eux et l'estampille du visage d'Uncle Tetsu (le même dessin que celui sur le chandail de Tetsushi Mizokami). Les desserts sont ensuite enveloppés dans un mince tissu puis déposés dans une boîte de carton.

Contrairement au gâteau au fromage à la new-yorkaise, la version japonaise n'a pas de croûte. Le gâteau est effectivement moins sucré et goûte autant le fromage que les oeufs. La texture du gâteau est beaucoup plus aérienne que la version américaine, elle s'apparente à un soufflé. Les madeleines? Elles n'ont franchement rien d'impressionnant.

À notre sortie du petit établissement, un passant nous arrête pour jeter un coup d'oeil au gâteau dont tout le monde parle à Toronto.

- Quoi? Vous avez payé 10 $ pour ça?, s'exclame-t-il.

- Ouais, et nous avons attendu deux heures dans la file.

Stupéfait, le piéton reprend son chemin, l'air de se dire que le monde est en train de virer fou.

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Impossible de trouver un sushi plus frais que le Sushi Dai. 

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LES PLUS LONGUES FILES DU MONDE

Combien de temps seriez-vous prêt à faire la queue pour goûter au meilleur barbecue du monde ? Certains foodies invétérés ne craignent pas les longues files. C'est le moins qu'on puisse dire.

SUSHI DAI 

Il ne faut pas se fier aux apparences. C'est d'autant plus vrai avec ce restaurant du marché de poisson de Tsukij, à Tokyo, au Japon. Une trentaine de personnes à la queue leu leu peut signifier une attente de cinq heures ! C'est que le restaurant, ouvert depuis 20 ans, ne peut asseoir que 12 personnes à la fois. Les clients qui osent attendre aussi longtemps prennent place à un comptoir. Derrière, le chef prépare des sushis avec des poissons qui peuvent difficilement être plus frais.

PASTÉIS DE BELÉM

Les natas, c'est le dessert le plus connu et le plus répandu au Portugal. À l'origine, la recette de ces tartelettes aux oeufs a été élaborée par des religieuses dans les années 1800, à Belém (aujourd'hui un quartier de Lisbonne). Deux siècles plus tard, une horde de touristes se massent toujours devant la succursale de Pastéis de Belém qui propose la recette authentique du monastère des Jerónimos. Les clients peuvent attendre de quelques minutes... à trois heures !

FRANKLIN BARBECUE

Pour goûter à ce barbecue considéré comme le meilleur du monde, certains clients patientent plus de quatre heures. Le restaurant, situé à Austin au Texas, est ouvert seulement à l'heure du dîner. Les clients s'y présentent très tôt avec leur chaise pliante, leur parasol et leur glacière. Des vendeurs se promènent aussi dans la foule pour proposer des boissons rafraîchissantes. Certaines personnes attendent même en file sans savoir s'il restera assez de viande une fois leur tour venu.

La popularité des cronuts s'essoufle. ... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse) - image 5.0

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La popularité des cronuts s'essoufle. 

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

LES FILES QUI S'ESSOUFLENT

Il y a de ces périodes où tout le monde écoute la même musique et porte les mêmes vêtements. Et la bouffe ? Elle n'échappe pas à la mode, loin de là !

CRONUTS 

Dominique Ansel lance une création mi-croissant, mi-beigne qui provoque un déferlement devant sa boutique, à New York. Encore aujourd'hui, le pâtissier prépare un nombre limité de cronuts, ce qui a pour effet la formation de files d'attente dès 6 heures du matin devant sa pâtisserie. En milieu d'avant-midi, les cronuts sont tous vendus et la file d'attente disparaît complètement. Ailleurs dans le monde, plusieurs pâtisseries se lancent dans la création de cronuts. Après un certain engouement, la mode passe. À preuve, vous ne risquez aucunement de faire la file pour acheter un cronut à la Cornetteria du boulevard Saint-Laurent, à Montréal !

KRISPY KREME

Partout où la chaîne de restaurants ouvre une succursale, les voitures font la queue au service à l'auto pour obtenir des beignets frits, trempés dans le miel. Le Canada ne fait pas exception lorsque Krispy Kreme ouvre un premier restaurant en Ontario, en 2001, et au Québec, en 2003. Or, la frénésie s'estompe rapidement. En juin 2005, la filiale canadienne de Krispy Kreme se place sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Aujourd'hui, il ne reste que cinq restaurants au Canada, où il n'y a plus du tout de file d'attente.

CUPCAKES

L'émission Sex and the City propulse la mode du cupcake au milieu des années 90. Pour imiter Carrie, Charlotte, Samantha et Miranda, certains adeptes peuvent attendre plus d'une heure pour se procurer un petit gâteau. Les restaurants Crumbs Bake Shop embarquent dans la vague en 2003 et s'inscrivent même en Bourse. Au plus fort de leur succès, l'action s'élève à 13 $. Mais catastrophe ! Dix ans plus tard, l'action vaut seulement 1,70 $, rapporte le Wall Street Journal. En 2014, Crumbs Bake Shop annonce la fermeture de tous ses restaurants à travers les États-Unis. Finies les files pour les cupcakes !

Le restaurant Schwartz's est toujours aussi populaire. ... (Photo David Boily, archives La Presse) - image 6.0

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Le restaurant Schwartz's est toujours aussi populaire. 

Photo David Boily, archives La Presse

FILES D'ATTENTE QUÉBÉCOISES

Le Québec a aussi des restaurants où il faut souvent attendre avant de réussir à obtenir une table. Certaines institutions existent depuis plusieurs années et leur popularité ne faiblit pourtant pas.

SCHWARTZ'S

Si on désire manger un sandwich à la viande fumée de Schwartz's, il faut éviter l'heure de pointe du dîner ou du souper, sans quoi on risque d'attendre avant d'avoir une table ou une place au comptoir. Ouvert en 1928, le restaurant suscite toujours des files d'attente de plus ou moins 15 minutes. Comme le restaurant a été acheté par René Angélil en 2012, il risque de constituer un détour pour les touristes admirateurs de Céline Dion. Rien pour améliorer le temps d'attente !

BILBOQUET

Pendant longtemps, le Bilboquet de l'avenue Bernard a été l'un des rares endroits où l'on préparait de la glace artisanale. L'utilisation de vraie crème, de vrai lait et de vrais fruits a permis au Bilboquet de se bâtir une belle réputation... ce qui provoque des files d'attente aussitôt que le printemps arrive. Mais attention ! Le Bilboquet n'est plus seul. Pour goûter aux glaces de Kem Coba, la file débute souvent sur l'avenue Fairmount et se poursuit rue Clark.

L'AVENUE 

Qu'il fasse - 30 °C ou 30 °C, les files d'attente pour le brunch du samedi et du dimanche s'étirent sur plusieurs mètres. Il faut parfois attendre plus d'une heure pour obtenir une table dans le spacieux restaurant toujours bondé. Les adeptes de la succursale craquent pour le grand choix de plats et pour les généreuses portions.

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