Comment parler de fusillade aux enfants?

À la suite d'événements tragiques comme une fusillade, comment faut-il aborder... (Photothèque Le Soleil)

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Nadielle Kutlu

Collaboration spéciale

La Presse

À la suite d'événements tragiques comme une fusillade, comment faut-il aborder et expliquer un tel drame à nos enfants, jeunes et moins jeunes? Comment les rassurer? Et que faire de nos propres inquiétudes? Nancy Doyon est éducatrice spécialisée, coach familial et auteure du livre Parent gros bon sens. Elle répond à nos questions pour mieux outiller les parents.

CHEZ LES PETITS

Comment doit-on réagir avec les tout-petits?

Avec les enfants d'âge préscolaire, on essaie de les tenir le plus loin possible de ces images. On évite de regarder les nouvelles avec eux. Car ce type d'événements risque de créer des inquiétudes chez eux. À cet âge, ils ont de la difficulté à intégrer l'information et à comprendre ce qui se passe.

Si l'enfant a été exposé à ces images, pose des questions ou semble inquiet, comment doit réagir le parent?

Chez un enfant d'âge préscolaire ou scolaire, il faut d'abord être attentif à son état émotif avant de répondre directement à ses questions pour lui permettre d'exprimer ses inquiétudes et ses questionnements. On peut lui demander : « Est-ce que ça t'inquiète? Qu'est-ce que tu en penses? » On valide ensuite son émotion en disant : « Oui, c'est vrai, ce n'est pas le fun de voir ça à la télé. Moi aussi, ça m'inquiète un peu. Je trouve ça triste. » Sans amplifier la situation ou mentir. Ensuite, on peut expliquer et rassurer. Mais quand on rassure trop vite, comme beaucoup de parents ont tendance à faire, c'est comme si on ne leur donne pas le droit d'avoir des émotions négatives.

Lorsqu'un enfant de 3-4 ans demande à ses parents : « Mais pourquoi il a fait ça? », que doit-on répondre?

Vers 3 ans, l'enfant ne comprend pas le concept de la permanence de la mort. Alors, on peut répondre : « Je ne sais pas. C'est bizarre, parfois il y a des gens qui font des drôles de choses dans la vie qu'on ne comprend pas. » Si ensuite, l'enfant continue de jouer, on n'a pas à aller plus loin. Mieux vaut éviter de dire que « c'est un méchant » afin de ne pas développer la peur « des méchants ».

Comme l'imagination des enfants est très fertile, cela peut-il nuire à leur compréhension des événements?

Ça peut à la fois nuire et aider. Quand l'enfant ne comprend pas quelque chose, il a tendance à combler ce vide avec son imagination et ça peut le rendre plus anxieux. Si on sent son enfant tendu, on n'hésite pas à revenir sur le sujet à différents moments pour clarifier la situation en lui demandant s'il y a des choses qu'il ne comprend pas ou qui l'inquiètent. Souvent, c'est aussi à travers son monde imaginaire que l'enfant exprime et évacue ses inquiétudes, comme par des jeux de rôles avec des poupées, des bonshommes ou des dessins. On peut l'encourager à dessiner ce qui l'inquiète, discuter du dessin puis le jeter.

Comment gérer ses propres inquiétudes devant les enfants?

Les enfants vont beaucoup se fier à la réaction des adultes pour évaluer la dangerosité d'une situation. Si on en parle sans arrêt devant eux, qu'on se dit inquiet, ils risquent de développer des craintes démesurées. Attention aussi au ton que vous employez. Et il faut savoir que c'est quand on ne s'adresse pas directement à eux que les enfants nous écoutent le plus ! Dès 2 ans, ils sentent d'instinct que ce qu'on leur dit directement peut sonner faux et n'est pas toujours le reflet de ce qu'on pense.

CHEZ LES PRÉADOS ET LES ADOS

Avec les enfants plus âgés, est-il préférable d'amorcer la conversation?

Oui, dès que l'enfant a environ 9 ans, il faut vraiment aborder la discussion avec lui, même s'il n'en parle pas. Ne serait-ce que pour avoir une discussion sur nos valeurs familiales, sociales, sur l'actualité internationale et vérifier la compréhension de l'enfant. Malheureusement, comme beaucoup d'adultes, les enfants mélangent un peu tout. Les ados et préados ont aussi tendance à déformer la vérité et généraliser les choses. Alors, ces discussions peuvent aider à nuancer leur jugement, à différencier dans ce cas un islamiste intégriste d'un musulman au sens large, et éviter l'intimidation à l'école auprès d'enfants musulmans.

Comme ils passent beaucoup de temps sur le web, certains adolescents qui se remettent en question peuvent être une proie facile pour les intégristes. Comment les parents peuvent-ils s'assurer que leurs enfants ne tombent pas dans les idées des extrémistes?

Comme parent, initier la discussion peut nous donner une idée de la pensée de l'adolescent. Avec nos plus vieux, il est donc important de parler de la violence en général. Et d'en discuter à différents moments. Jaser avec nos jeunes, ça ne se fait pas en 20 minutes la seule journée où il se passe une tragédie. Ce sont des petites discussions ici et là, au quotidien. Beaucoup de parents oublient de le faire et ne s'adressent à leurs jeunes que lorsqu'il est question de leur dire quel comportement adopter. Ils n'ont pas vraiment de discussions philosophiques, éthiques ou psychologiques de façon régulière.

Si l'ado ne veut pas nous parler, comment doit-on réagir?

Si on sent notre ado inquiet, perturbé et qu'il refuse d'aborder le sujet, on peut réagir de deux façons. D'abord, on peut lui exprimer nos propres inquiétudes par rapport à la fusillade. Si elles reflètent les siennes, il aura peut-être envie d'en parler un peu. Attention de ne pas trop le questionner ! S'il se sauve quand on veut lui parler, on peut aussi communiquer par écrit, par courriel ou même en laissant une note dans sa chambre. Même s'il ne répond pas, il saura qu'on se préoccupe de son état émotif et que la porte est toujours ouverte s'il veut discuter. La deuxième option : on peut demander à une autre personne en qui il a confiance de lui parler, une tante, l'éducateur spécialisé de l'école, un enseignant. Les parents ne doivent pas laisser tomber juste parce qu'il s'enferme dans sa chambre et refuse de nous parler.

Quand demander de l'aide?

Mieux vaut consulter un psychologue si on se rend compte que notre jeune commence à avoir des symptômes d'anxiété ou de stress élevé durant plusieurs jours, des troubles de l'appétit ou des difficultés de sommeil. Aussi, si l'enfant parle de ces événements sans arrêt, pose trop de questions, se plaint de maux de tête, de ventre ou s'empêche de faire des choses qu'il aime normalement, car il manifeste ses craintes, il est préférable d'aller chercher de l'aide d'un professionnel.

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