Mon enfant est gai, je fais quoi?

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Vous pensiez que tout, oui, tout avait été écrit pour les parents? Détrompez-vous. Car il manque encore cruellement de ressources pour un public tout particulier: les parents d'enfants gais.

Kristin Russo et Dannielle Owens-Reid... (IMAGE TIRÉE D'UNE VIDÉO) - image 2.0

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Kristin Russo et Dannielle Owens-Reid

IMAGE TIRÉE D'UNE VIDÉO

Guide pour les parents

Je le dis à qui? Comment savoir si un ami est un ami, ou plus qu'un ami? Comment je gère les soirées pyjama? Y aviez-vous pensé, vous? En fait, peu de gens se sont attardés à la question.

Est-ce parce qu'on est chatouilleux quand vient le temps de parler de la sexualité de nos enfants? Peut-être. Quoi qu'il en soit, visiblement, la question demeure taboue.

La preuve: bien sûr, il existe quelques regroupements pour jeunes gais, lesbiennes, bi ou trans. Plusieurs sites web aussi. Mais des livres pour leurs parents? Des références, sérieuses, et surtout récentes? Fouillez.

« Il en existe peut-être une ou deux, mais elles ont plus de 20 ans, ou alors sont hyper cliniques. Il n'y a rien de léger, sympathique, et surtout pratique », lance Dannielle Owens-Reid. C'est en arrivant à ce constat que la jeune femme a décidé de coécrire, avec une autre jeune Américaine, Kristin Russo, un guide pour les parents: This is a Book for Parents of Gay Kids. Dur d'aller plus droit au but que ça.

« À ce jour, tout le monde s'est concentré sur les groupes de soutien pour les jeunes. Mais on a oublié les parents! », fait valoir en entrevue Dannielle Owens-Reid, dont le livre a été célébré quasi unanimement depuis sa publication.

Vrai, dans les grandes métropoles, que ce soit à New York, Los Angeles ou Montréal, le climat familial autour de l'orientation sexuelle des jeunes n'est plus ce qu'il était. « Mais il y a plein d'autres endroits où les familles devraient avoir certaines conversations. »

Et malheureusement, en voulant bien faire ou tout simplement pour évacuer la question, trop de parents restent encore bouche bée quand leur enfant tente d'aborder le sujet de son orientation sexuelle.

«Souvent, les parents se croient ouverts. Et ils vont réagir vite, vite: «Heille, pas de problème, je suis avec toi.» Un point c'est tout. Mais ça ne suffit pas! Il faut avoir un dialogue!»

Dannielle Owens-Reid,
coauteure

Elle en sait quelque chose. Depuis 2010, elle anime avec sa coauteure le site Everyone is gay, où quotidiennement, des jeunes envoient leurs questions, que ce soit en termes de relation familiale, de relation de couple, ou de vie, en général. Les deux jeunes femmes sont du coup devenues les expertes en matière de « courrier du coeur » gai, le tout avec un ton et une approche toujours directs, terre à terre, et surtout humoristiques. Elles ont en prime fait la tournée des écoles secondaires et de plusieurs campus pour promouvoir leur site. Disons que de jeunes gais, elles en ont rencontré.

Des réponses aux questions

D'où l'idée du format de leur livre, sous forme de questions et réponses. « Parce que c'est ce qu'on fait de mieux! dit Dannielle Owens-Reid. De 24 à 28 ans, on a fait ça. On a écouté les jeunes, fait des vidéos, eu les mêmes conversations. On a fini par reconnaître des patterns, dans les relations parents/enfants. Et on a fini par voir ce qui marche, et ce qui ne marche pas. »

Le livre, qui se lit comme un manuel pratique, propose des réponses très précises, à des questions tout aussi précises (Est-ce un choix? Est-ce ma faute? Est-ce une phase?). Mais surtout, il propose une philosophie parentale axée sur la confiance, l'honnêteté et la discussion. Une philosophie valable pour tous les parents, quelle que soit l'orientation sexuelle de leurs enfants, finalement.

« Ayez confiance en votre enfant, et surtout, continuez toujours de lui parler. »

Le coming out de Dannielle

Dannielle avait 19 ans. Elle se voit encore, assise par terre, à faire des bijoux avec sa mère. Elle enfilait des perles vertes sur du fil à pêche. Puis elle a laissé tomber: « Maman, j'ai rencontré quelqu'un. Et c'est une fille. » Et sa mère de répondre: « Ok, pas de problème. Ellen est gaie, et j'adore Ellen! » Si ça a fini là? Ça a pris des années avant qu'elle arrête de lui demander : mais pourquoi tu ne veux pas te marier? Avoir des enfants? Une vie normale? C'est en partie à cause de cette expérience que Dannielle dit avoir écrit son livre. Pour faciliter la conversation parents/enfant...

Le coming out de Krinstin

Elle avait 17 ans. La veille du Thanksgiving américain. Depuis des années, sa mère l'interrogeait: es-tu gaie? « Mais non maman, calme-toi, arrête ça! » Puis en 1997, elle a rencontré une fille. Et elle est tombée amoureuse. Pour de vrai. « J'étais horrifiée: OMG je suis gaie. OMG ma mère avait raison. » Ce soir-là, elle a finalement déclaré: « Oui, je suis gaie ». Sa mère, croyante, a eu beaucoup de mal à digérer. Les crises, les larmes et les chicanes ont mis du temps avant de céder la place aux questions et aux discussions. « Sortir du placard, ce n'est pas un moment inscrit dans le temps. C'est un processus qui prend du temps... »

____________________________

Propos tirés du livre This is a Book for Parents of Gay Kids, Dannielle Owens-Reid & Kristin Russo, Chronicle books, 240 p.

Coming out: quatre faux pas à éviter pour les parents

Vous vous doutez que votre enfant est gai? Vous vous interrogez? Votre enfant essaie lui-même de vous en parler? Un conseil? Évitez ces quatre faux pas.

1- Éviter la question

Si votre enfant prend son courage à deux mains et ouvre la porte à la discussion, surtout, surtout ne fermez pas le dossier (en voulant certes bien faire) d'un simple: « C'est correct, pas de problème! Bon... Qu'est-ce qu'on mange? » Car en voulant faire comme si de rien n'était, comme si ça ne changeait rien, vous risquez d'envoyer un bien mauvais message à votre enfant. « Si on refuse d'en parler, c'est comme si on disait: ce n'est pas OK », signale Dannielle Owens-Reid, coauteure du livre This Is a Book for Parents of Gay Kids. « Sortir du placard auprès de sa famille est l'un des éléments les plus importants dans la formation de son identité gaie », écrit d'ailleurs la thérapeute familiale Linda Stone Fish, dans sa préface. En un mot, donc, quoi qu'il arrive, un mot d'ordre, chers parents: « Parlez-en! »

2- « Ça m'est égal »

« Ça ne me dérange pas. » « Ça ne me fait rien. » « Ça m'est égal. » Même si vous l'entendez dans le sens le plus positif du terme (sous-entendu: « Que tu aimes les hommes, les femmes, les deux ou ni l'un ni l'autre, je t'aimerai toujours et tu seras toujours mon enfant, mon amour »), ne le formulez pas ainsi. Gare aux malentendus. Car textuellement, « ça m'est égal » veut aussi dire que vous vous en balancez et que vous avez des choses plus importantes à gérer en ce moment. Ce qui est faux. « Les enfants passent énormément de temps à préparer leur coming out... » Prenez-en bonne note. Et dites tout de go ce que vous sous-entendez: « Je t'aimerai toujours, mon enfant, mon amour. »

3- « As-tu un chum ou une blonde? »

Non, les questions ne sont jamais innocentes. Et leur formulation est aussi souvent lourde de sens. Si vous vous doutez que votre enfant est gai, surveillez vos mots. Au lieu de dire à votre fille, par exemple: « Alors, as-tu rencontré un garçon? », posez-lui plutôt la question suivante: « Est-ce qu'il y a quelqu'un qui te plaît » « Subtilement, vous sous-entendez que le sexe de la personne en question n'est pas ce qui compte », suggère l'auteure Dannielle Owens-Reid. Une nuance qui dénote ici une grande ouverture d'esprit. Et du coup une ouverture au dialogue, ce qui, faut-il le rappeler, est ici le but ultime de l'opération.

4- « Bon, mon enfant, il faut qu'on parle »

Surtout pas. Ce n'est pas à vous de décider quand cette discussion aura lieu, ni comment, mais bien à votre enfant. Laissez-le y aller à son rythme. À vous, de votre côté, de lui garantir une oreille, un environnement familial ouvert et accueillant. Mais cela, évidemment, ne se construit pas en une nuit... C'est plutôt le travail d'une vie.

Du côté de Gai écoute

Chaque semaine, Gai écoute reçoit des coups de fil récurrents de parents. « Mais qu'est-ce que j'ai fait? » Parce que, oui, même si on a fait du chemin depuis le temps où l'on associait l'homosexualité au mal et à la maladie, encore aujourd'hui, réaliser qu'un enfant, son enfant, est gai demeure un gros choc pour un parent.

« Oh oui », témoigne une intervenante qui a requis l'anonymat, question de préserver la confidentialité de ses interlocuteurs. « Aujourd'hui, ce que j'entends beaucoup, c'est la peur pour l'enfant. Peur qu'il ne soit pas heureux. »

La peur pour l'enfant, et la peur du qu'en-dira-t-on, évidemment. « Que vont penser les gens? »

La grande question qui revient le plus souvent: « Mais qu'est-ce que j'ai fait, moi, pour que mon enfant soit comme ça? Qu'est-ce que je n'ai pas fait? »

«Oui, en 2014, on a une plus grande ouverture, mais il y a encore beaucoup de stigmatisation. Il y a encore beaucoup de chemin à faire.»

Une intervenante de Gai écoute

L'intervenante constate que les parents qui découvrent que leur enfant est gai vivent souvent une grande peine, une sorte de deuil de l'idéal de vie qu'ils avaient en tête. « Mon enfant n'aura pas la vie que j'avais imaginée », disent-ils souvent. Or, l'organisme s'efforce de les convaincre du contraire. « La seule différence, c'est qu'ils vont aimer une personne du même sexe! La vie va rester la même. Bien sûr, il y aura des obstacles, mais la vie reste quand même la même! »

Chaque semaine, au moins un parent appelle ainsi pour « ventiler ». « Il y a des parents qui se sentent très mal d'avoir de la peine... » Or, quoi de plus normal que de se poser des questions? « Est-ce que c'est normal que je me sente comme ça? », demande-t-on d'ailleurs souvent.

À la grande question: « Comment dois-je réagir? », il n'y a évidemment pas de bonne ou de mauvaise réponse. « Quoique le respect soit toujours la clé, glisse l'intervenante. Il n'y a rien qu'on puisse faire ou ne pas faire pour changer une orientation sexuelle. »

Car, faut-il le rappeler, l'homosexualité n'est pas un choix. « Le choix, c'est de le dire et de le vivre. Non de le sentir... »

Des idées reçues qui ont la vie dure

Un choix?

21 % des Canadiens affirment qu'une personne peut « choisir » son orientation sexuelle.

26 % des Canadiens affirment qu'une personne peut « changer d'orientation » si elle le souhaite.

L'éducation sexuelle des jeunes

18 % des Canadiens pensent qu'il est mieux de ne pas aborder « la question de l'orientation sexuelle ».

Orientation sexuelle des enfants

14 % des Canadiens ne considèrent pas comme important de connaître l'orientation homosexuelle de leur enfant.

Source: Sondage Léger Marketing, 2007

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