Encore trop de bébés à la tête plate

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Au cours de la dernière année, les orthèses crâniennes (casques) couvertes par la RAMQ ont coûté plus de 1,3 million, a appris La Presse.

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Nadielle Kutlu

Collaboration spéciale

La Presse

Depuis que les bébés doivent dormir sur le dos, ceux qui sont atteints de plagiocéphalie (tête plate) sont très nombreux. Au cours de la dernière année, les orthèses crâniennes (casques) couvertes par la RAMQ ont coûté plus de 1,3 million, a appris La Presse. Un record quand on regarde les cinq dernières années. Pour éviter le port de l'orthèse, le dépistage de la plagiocéphalie doit se faire très tôt. Et les parents doivent être mieux informés.

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Comme les nouveau-nés passent plus de 15 heures à dormir sur le dos sur une surface dure, que leur crâne est mou et très malléable, la tête s'aplatit facilement, surtout d'un côté, ce qui peut entraîner la plagiocéphalie.

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L'orthèse crânienne (casque) est créée sur mesure pour la tête de chaque bébé afin d'en corriger la forme.

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L'importance d'agir rapidement

Quand Kaouther Mestiri a donné naissance à son fils Yacine, il y a près de deux ans, à l'hôpital Royal Victoria, elle n'avait jamais entendu parler de plagiocéphalie ou de torticolis du nouveau-né.

« Mon fils a eu un torticolis à la naissance et la tête aplatie. On m'a dit que c'était à cause de sa position dans mon utérus. Mais ensuite, on m'a dit que c'était lors de la poussée à l'accouchement, qui a fini en césarienne d'urgence. J'ai eu l'impression que c'était de ma faute. C'était un gros bébé et moi, je suis petite », raconte-t-elle. Son fils a commencé des traitements en physiothérapie à un mois et demi et les a suivis durant un an. Parallèlement, il a porté le casque de l'âge de 3 à 9 mois. « Aujourd'hui, je suis satisfaite d'avoir fait tout cela rapidement », dit-elle.

Les experts interrogés sont unanimes : il n'y a pas assez de prévention et les parents sont peu ou pas informés sur la plagiocéphalie et les torticolis qui y sont associés. « Lorsque j'en parle aux parents, c'est souvent la première fois qu'ils en entendent parler », note le pédiatre Denis Leduc, directeur des services pédiatriques de la pouponnière à l'hôpital Royal Victoria.

C'est pourtant bien avant la naissance que les parents devraient être informés, notamment lors des cours prénataux, estime la pédiatre Marie-Danielle Boucher, du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale, à Québec.

POURQUOI AUTANT DE BÉBÉS SONT-ILS TOUCHÉS ?

Comme les nouveau-nés passent plus de 15 heures à dormir sur le dos sur une surface dure, que leur crâne est mou et très malléable, la tête s'aplatit facilement, surtout d'un côté. Le bébé développe alors une préférence pour un côté. Ce qui entraîne une plagiocéphalie positionnelle, le syndrome le plus commun de la tête plate.

« La grande majorité des parents me disent que c'est entre 4 et 8 semaines qu'ils se sont aperçus que la tête de leur bébé s'était aplatie. Mais il y a une prévention à faire justement pour empêcher que ça se développe entre 4 et 8 semaines. »

- Marie-Danielle Boucher, pédiatre

La plagiocéphalie peut aussi être causée par un torticolis à la naissance.

LES SIGNES D'UNE PLAGIOCÉPHALIE

Le premier élément à observer est l'alignement des oreilles. Une asymétrie est généralement signe d'une plagiocéphalie. Les professionnels encouragent les parents à faire cette vérification. « Quand on regarde la tête du bébé de haut, on peut voir qu'une oreille sera plus avancée », explique Jean-Pierre Farmer, neurochirurgien, chef du département de chirurgie pédiatrique à l'Université McGill et chirurgien en chef à l'Hôpital de Montréal pour enfants. 

Quand c'est plus prononcé, « du côté aplati, on verra que le profil de la joue sera plus avancé et le front, plus bombé », ajoute-t-il. Un oeil peut aussi être plus petit que l'autre. Mais la déformation est seulement esthétique. « On n'a pas d'évidence scientifique probante que la plagiocéphalie puisse causer des problèmes neurologiques », soutient le pédiatre Denis Leduc.

AGIR AVANT 4 MOIS

« Si on voit les bébés avant 4 mois, la plupart du temps, on est capable d'éviter le casque. Car c'est entre 0 et 6 mois que le crâne va le plus bouger. L'enfant passe tellement de temps sur le dos entre 0 et 4 mois que c'est à ce moment qu'il y a le plus de déformation », explique Christine Montminy, physiothérapeute au CHU Sainte-Justine. « Après l'âge de 6 à 9 mois, la manipulation est plus difficile, car les sutures du crâne se ferment », ajoute le DJean-Pierre Farmer.

D'ailleurs, depuis quelques années, les pédiatres envoient ces enfants de plus en plus tôt en physiothérapie et disent de moins en moins que « ça passera tout seul ». « Avant, on les voyait vers 8, 10 mois, maintenant, on les reçoit en moyenne autour de 2, 3 mois. Ça aide beaucoup », précise Isabelle Gagnon, physiothérapeute et chercheuse à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

LES TORTICOLIS

Le torticolis, soit une inégalité des muscles du cou, est souvent associé à une plagiocéphalie. Il peut en être la cause ou la conséquence. Tant que le torticolis n'est pas traité par un physiothérapeute, la tête plate ne pourra pas être corrigée. « Notre problème, c'est qu'il y en a de plus en plus. Si le torticolis n'est pas diagnostiqué, c'est sûr que l'enfant aura toujours la même position », explique la pédiatre Marie-Danielle Boucher. 

Un bébé avec un torticolis n'arrivera pas à tourner complètement son cou d'un côté comme de l'autre. « Même si on fait une rotation avec sa tête, elle reviendra toujours vers le même côté, car le muscle n'est pas assez étiré. Il faut aider à étirer le muscle », explique la pédiatre, précisant que ce type de torticolis n'est pas douloureux pour le bébé.

NÉCESSAIRE, L'ORTHÈSE CRÂNIENNE ?

L'orthèse crânienne (casque) est créée sur mesure pour la tête de chaque bébé afin d'en corriger la forme. Par rapport aux cinq dernières années, c'est en 2016-2017 qu'il y a eu le plus grand nombre de casques confectionnés couverts par la RAMQ. Pourtant, « les preuves scientifiques montrent que les exercices de positionnement sont équivalents au casque pour la plupart des bébés. Sauf quand on les voit tard, que c'est plus grave ou que les parents, à cause de leur situation, ne peuvent pas ou n'ont pas le temps de faire les exercices de positionnement », explique Isabelle Gagnon.

Idéalement, le bébé devrait porter le casque entre les âges de 5 et 7 mois, soit quand il est capable de s'asseoir et que sa tête grossit rapidement. « Le casque est généralement porté durant trois mois, 23 h sur 24 h, auxquels on ajoute un mois supplémentaire juste la nuit, précise la pédiatre Marie-Danielle Boucher. Mais la majorité des parents font un effort fou pour l'éviter. Ils écoutent la physio et l'ostéo. Il y en a qui se réveillent la nuit pour changer la position de leur bébé », dit-elle.

En chiffres

De 50 % à 70 % 

Estimation du pourcentage de diminution des cas de mort subite du nourrisson depuis la campagne « Dodo sur le dos », lancée par Santé Canada en 1999.

2211

Nombre d'orthèses crâniennes conçues dans le système public en 2016-2017. C'est le chiffre le plus élevé des cinq dernières années (d'avril 2016 à avril 2017).

594,63 $

Coût moyen de l'orthèse crânienne dans le système public, couvert par la RAMQ (d'avril 2016 à avril 2017)

Source : RAMQ, Société canadienne de pédiatrie

Prévenir et corriger

« On voit des tonnes de bébés [qui ont des problèmes de plagiocéphalie], il y a donc encore un travail à faire au niveau du positionnement dès la naissance et du travail de détection », soutient Isabelle Gagnon, physiothérapeute et chercheuse à l'Hôpital de Montréal pour enfants. Voici cinq astuces pour prévenir et corriger une plagiocéphalie.

SUR LE VENTRE

« Dès que le cordon ombilical est tombé, on recommande de mettre bébé sur le ventre autant que possible durant les périodes d'éveil, sous supervision, pour étirer les muscles du cou et prévenir la plagiocéphalie », explique le pédiatre Denis Leduc. Même si ce n'est pas la position préférée des bébés, au début, quelques secondes, plusieurs fois par jour, suffisent. L'enfant finira par s'habituer, assure Christine Montminy, physiothérapeute au CHU Sainte-Justine, et on pourra graduellement le laisser plus longtemps sur le ventre. Pour les siestes, on peut aussi faire dormir le bébé sur nous, sur le ventre, suggère Isabelle Gagnon.

VARIER LES POSITIONS

Pour prévenir la plagiocéphalie, il est recommandé de changer régulièrement la position du bébé. Entre le siège d'auto et la poussette, le bébé passe beaucoup de temps dans la même position. « On conseille de les laisser le moins longtemps possible dans ces sièges », dit Christine Montminy. Elle recommande entre autres l'utilisation du porte-bébé ventral. Au moment de coucher bébé, on peut le déposer la tête au pied du lit, puis alterner le lendemain en plaçant la tête du côté opposé, pour éviter qu'il regarde toujours du même côté. Même chose lors du changement de couche. On peut accrocher des jouets ou coller des images vers le côté où il regarde le moins.

ATTENTION AUX BRAS !

Quand nous berçons notre bébé, sa tête placée dans le pli de notre coude, son crâne mou se retrouve alors contre une surface dure, ce qui peut favoriser un aplatissement de la tête. Durant les premiers mois, mieux vaut placer un petit coussin ou une couverture légère pliée en quatre au creux de nos bras, sous le bébé, conseille l'ostéopathe et physiothérapeute Sylvie Lessard.

LA POSITION DE CÔTÉ

Lorsque le bébé est éveillé et sur le dos, sous supervision, on peut mettre un petit coussin sous son dos pour qu'il soit légèrement de côté. Si le bébé a moins de 4 mois et la tête légèrement aplatie, on peut le placer de côté (sur le côté non aplati), dans un angle de 45 degrés, entre deux rouleaux ou coussins qui l'empêchent de tourner sur le dos ou sur le ventre. Toujours sous supervision. Après l'âge de 4 mois, c'est plus difficile, car l'enfant commence à bouger, explique Sylvie Lessard.

COUSSIN ERGONOMIQUE 

Quand le nourrisson est éveillé et sur le dos, sur son tapis d'éveil, par exemple, on peut utiliser un coussin ergonomique avec un creux au milieu ou encore un bonnet de repositionnement de la tête, pour éviter que la tête repose toujours sur une surface dure, suggère Christine Montminy, qui utilise ce type de coussin en physiothérapie au CHU Sainte-Justine.




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