La télé pour apprendre l'anglais

Noah Sidel et sa femme Johanna, deux Anglo-Montréalais,... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Noah Sidel et sa femme Johanna, deux Anglo-Montréalais, sont les parents de Jacqueline, 5 ans, Elijah, 3 ans et Rachel, six mois. «Je sais que plusieurs parents sont gênés de dire que leurs enfants regardent la télévision de peur d'être jugés, mais on vit dans une société où les écrans sont omniprésents, dit le père. Nous pensons que tout est OK de façon modérée. De bonnes émissions peuvent vraiment aider à renforcer certains messages qu'on veut transmettre aux enfants.»

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Bien des parents francophones constatent que leurs enfants sont nuls en anglais, malgré les cours donnés dès le début du primaire. Que faire si on habite un quartier où les potentiels amis anglophones sont rares? Regarder des émissions en anglais sur CBC, YouTube ou Netflix - le choix est vaste - peut aider à progresser. La Presse a recueilli des suggestions pour les enfants et les adolescents.

Des progrès sans chamboulement

Élevée en Belgique, Aline Deckers a étudié l'anglais au secondaire. «Mais c'est en regardant des documentaires comme The Nature of Things que j'ai vraiment appris à comprendre l'anglais et à pouvoir le parler», estime-t-elle.

Ella et Henri, ses jumeaux de 5 ans, ont la chance de grandir dans un foyer bilingue à Montréal. Un de leurs parents parle français, l'autre anglais. Les enfants regardent des émissions de télévision dans les deux langues. En anglais, c'est surtout par le site Kids' CBC. «Le contenu offert est varié et souvent canadien, indique Mme Deckers. Mes jumeaux adorent Pirates, Daniel Tiger's Neighbourhood, Super Why! et plusieurs épisodes de The Cat in the Hat. Ils regardent ces émissions depuis qu'ils ont environ 3 ans.»

Pour des parents francophones qui constatent que leurs enfants saisissent à peine la signification de Spiderman et toaster, est-ce une bonne idée de proposer la télé en anglais? «Oui, bien sûr, répond Monique Mainella, présidente de la Société pour le perfectionnement de l'enseignement de l'anglais langue seconde au Québec (SPEAQ). C'est une activité que les enfants aiment, en général. Plus ils se font l'oreille, plus ils saisissent les intonations, repèrent des mots, plus leur crainte de ne rien comprendre s'atténue.»

Des progrès peuvent alors être notés rapidement, sans trop chambouler les horaires familiaux.

«L'avantage des émissions, c'est que ça dure souvent juste une vingtaine de minutes. Ça permet de garder l'attention des enfants, contrairement aux films, qui sont beaucoup plus longs.»

L'idéal est qu'un adulte visionne les émissions choisies avec l'enfant et lui pose ensuite des questions sur ce qu'il a compris.

Suggestions de parents

Reste à savoir quoi proposer quand on ne se souvient que de Sesame Street (qui, surprise, existe toujours !) et de Full House (dont Netflix diffuse incidemment la suite, 20 ans plus tard). La Presse a sondé des parents pour connaître leurs suggestions.

Anglo-Montréalais, Noah Sidel est père de trois enfants âgés de 6 mois, 3 ans et 5 ans. 

«Je recommande Daniel Tiger's, une émission qui véhicule de bonnes valeurs et qui plaît vraiment aux enfants, indique-t-il. Nous aimons Dot, qui favorise l'émancipation des filles et montre aux garçons qu'elles sont fortes. D'autres émissions sont simplement amusantes, comme Bernard. On n'y fait pas la morale, c'est stupide, mais parfois les enfants ont besoin d'un peu de niaiseries. Il y a aussi les classiques, comme Thomas & Friends. Je n'aime pas particulièrement cette émission, mais qu'est-ce qui peut attirer davantage un garçon de 3 ans que des trains qui parlent ? Mon fils adore Thomas.»

D'autres émissions sont à oublier. «Évitez Jake and the Never Land Pirates, il y a trop d'action, tranche Renee Gan, mère de jumeaux de 3 ans et d'une fille de 7 ans. The Mickey Mouse Club est aussi un mauvais choix. On y entend "we gotta" au lieu de "we have got to". Je n'ai rien contre le mot "gotta" pour raccourcir "got to", mais il faudrait au moins dire "we've gotta"...»

Une fois en français, une fois en anglais

Plusieurs de ces émissions - notamment Thomas et ses amis (Thomas & Friends) et Le village de Dany (Daniel Tiger's) - sont aussi diffusées en français. «Il peut être intéressant de voir un épisode d'abord en français, puis une deuxième fois en anglais, propose Mme Mainella. Ça permet aux enfants de découvrir l'histoire dans leur langue maternelle, puis de faire une connexion entre les mots français et anglais.»

Sophie Bernard se sert de l'engouement de son fils pour La Pat'Patrouille pour lui faire carrément regarder la version anglaise, Paw Patrol. «Ce que j'aime, c'est que beaucoup de phrases-clés sont répétées à chaque épisode, indique-t-elle. Mon fils commence à les connaître. C'est un début. J'ai appris l'anglais entre autres en regardant Friends, à 25 ans. J'aurais aimé pouvoir le faire à 3 ans...»

Quatre conseils de Monique Mainella, enseignante d'anglais langue seconde et présidente de la SPEAQ

> Regardez l'émission avec votre enfant.

> Intégrez le visionnement dans une routine, par exemple tous les samedis matin ou mardis soir.

> Choisissez des émissions à la portée de votre enfant (thèmes appropriés et variés, niveau à sa mesure).

> Basez votre choix sur les émissions qu'il aime en français.

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The Adventures of Napkin Man

Des suggestions pour les tout-petits

Voici des suggestions d'émissions en anglais pour jeunes enfants, testées et approuvées par des parents. À noter: la Société canadienne de pédiatrie recommande de ne pas exposer les bambins de moins de 2 ans aux écrans. Le maximum est d'une heure par jour devant un écran (téléphone, tablette, télévision, jeux vidéo) pour les enfants de 2 à 4 ans et de deux heures par jour pour les 5 ans et plus.

> The Adventures of Napkin Man

Diffusée sur CBC, Kids' CBC et YouTube

C'est quoi? M. Anthony, un professeur de maternelle, dessine sur des serviettes de table un superhéros, Napkin Man, qui se met ensuite à bouger. Napkin Man aide les enfants à mieux gérer leurs émotions négatives. Émission canadienne mettant en vedette l'acteur québécois Yannick Bisson.

Recommandée par: Cynthia Saini, Sandrine Campeau-Simeone et Vivienne Suen. Prix d'excellence 2015 pour la meilleure série télévisée, catégorie 3 à 5 ans, d'Alliance médias jeunesse.

> Ben and Holly's Little Kingdom

Diffusée sur Treehouse, Netflix et YouTube

C'est quoi? Les aventures de la princesse Holly, une petite fée qui ne maîtrise pas encore vraiment la magie, et de son ami Ben, un elfe qui fabrique des jouets. Série d'animation britannique.

Recommandée par: Irma Treska, mère d'un garçon de trois ans et demi. «Mon fils rit beaucoup et moi aussi, indique-t-elle. Il a appris les dialogues par coeur et adopte souvent l'accent british quand il parle. C'est une série très intelligente, drôle et simple.»

> Daniel Tiger's Neighbourhood

Diffusée sur CBC, Kids' CBC et YouTube

C'est quoi? Daniel est un charmant petit tigre de 4 ans. Il se sert de son imagination et de chansons pour enseigner différentes habiletés aux enfants. Série d'animation canado-américaine.

Recommandée par: Lisa Black, Aline Deckers, Renee Gan, Noah Sidel et Valerie Windsor. «Daniel Tiger apprend aux enfants à mieux comprendre leurs émotions et sentiments, puis à les vivre et les exprimer», résume Lisa Black, mère de deux garçons de 2 et 3 ans.

> Super Why!

Diffusée sur CBC, Kids' CBC, Netflix et YouTube

C'est quoi? Pour résoudre les problèmes au pays des Contes, quatre amis se transforment en Super Lecteurs. Ils trouvent des solutions dans les livres. Série animée canado-américaine.

Recommandée par: Lisa Black, Dominique Boudreau, Aline Deckers et Annick Robinson. Super Why ! plaît particulièrement au fils de 3 ans d'Annick Robinson. «J'ai vu de vrais bonds non seulement dans son vocabulaire, mais aussi dans sa compréhension de certaines idées complexes», témoigne-t-elle.

Dot... - image 3.0

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Dot

Des suggestions pour les enfants et les ados

Voici maintenant des suggestions d'émissions en anglais pour les enfants plus âgés et les adolescents.

> Planet Earth

Diffusée sur Netflix et YouTube

C'est quoi? Série animalière britannique de grande qualité, diffusée originalement en 2006 sur BBC One (la version française a été présentée à Découverte en 2012). Captivante, même si l'enfant a une compréhension limitée de la narration en anglais. À noter: Planet Earth II sera diffusée à compter de février sur BBC America.

> Dot

Diffusée sur CBC et YouTube

C'est quoi? Dot est une attachante fillette de 8 ans qui aime la technologie, son meilleur ami Hal et son chien Scratch. Fait amusant, son grand-père a un accent francophone (voix de René Lemieux). Série d'animation canado-américaine inspirée d'un livre de Randi Zuckerberg, la soeur d'un certain Mark, cofondateur de Facebook.

> Chopped Canada Junior

Diffusée sur Food Network Canada

C'est quoi ? Compétition culinaire mettant en vedette des enfants de partout au Canada (dont une fille de Laval), diffusée l'automne dernier. Animateur : Brad Smith, un ancien joueur de football, originaire de Hudson. Tous les épisodes sont en ligne sur le site internet de Food Network Canada. À noter: Chopped Canada Teen, qui présente 20 chefs ados, est diffusée cet hiver.

> Once Upon a Time

Diffusée sur ABC, CTV et Netflix

C'est quoi? Série fantastique américaine basée sur des personnages de contes de fées transposés dans la vie moderne. Pour les ados, pas pour les jeunes enfants. La sixième saison est en cours de diffusion.

Phaedra Royle, professeure à l'École d'orthophonie et d'audiologie de... (Photo fournie par Phaedra Royle) - image 4.0

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Phaedra Royle, professeure à l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal.

Photo fournie par Phaedra Royle

«Il faut une motivation»

L'acquisition du langage est l'un des sujets de recherche de Phaedra Royle, professeure à l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal. La Presse l'a jointe pour parler de l'apprentissage de l'anglais par les enfants au Québec.

Un enfant peut-il apprendre l'anglais en regardant la télévision dans cette langue?

Pour apprendre une langue, il faut avoir un but pertinent qui nous pousse à le faire. Souvent, les enfants apprennent mieux une langue seconde dans un contexte où ils doivent la parler pour communiquer. S'il n'y a aucune raison pour eux d'apprendre l'anglais, si personne dans leur famille ou leurs amis ne le parle, ça peut être difficile.

Je suis anglophone, mais mon fils ne voulait pas apprendre l'anglais. Il avait décidé que c'était trop difficile. Un jour, un enfant d'Angleterre est arrivé à sa garderie francophone. Cet enfant n'avait aucun moyen de communiquer avec les autres. Mon fils est devenu son interprète. Il avait une valeur sociale, parce qu'il était le seul qui pouvait parler anglais.

Il faut vraiment une motivation pour apprendre une langue. La télévision peut être un outil, mais ce n'est pas la meilleure façon de le faire.

Que proposer de mieux?

L'interaction humaine est toujours meilleure. On peut faire participer l'enfant à une équipe de hockey ou de soccer où il y a des gens qui parlent anglais. C'est plus facile à faire à certains endroits qu'à d'autres, c'est vrai.

On peut envoyer l'enfant en camp de vacances dans une autre langue. J'ai une amie originaire de Montréal qui vit à New York avec sa famille. Elle a envoyé ses filles en camp de vacances au Québec, pour renforcer leur français.

Il y a aussi des jeux sur ordinateur conçus pour apprendre des langues, qui sont relativement ludiques. Ils ont l'avantage d'être plus interactifs que la télévision.

Peut-on espérer qu'un enfant devienne bilingue en suivant les cours d'anglais donnés à l'école?

Les études démontrent qu'il faut que les enfants soient exposés au moins 25 % du temps à une langue seconde pour qu'ils puissent l'apprendre correctement ou normalement. Ce n'est certainement pas ce qui est offert dans les écoles, sauf dans les programmes d'immersion en 5e ou 6e année du primaire.

En ce moment, l'anglais donné dans les écoles permet aux enfants d'avoir des connaissances assez passives et basiques de la langue. Je serais très étonnée que quelqu'un devienne fluent dans une langue seconde avec aussi peu d'enseignement et de pratique.

Mon père a eu le même problème. C'est un anglophone qui est allé à l'école anglaise au Québec, où on lui a enseigné le français. Dans sa vingtaine, il s'est fait une blonde francophone et il s'est rendu compte qu'il n'était pas capable de communiquer en français. Aujourd'hui, il est parfaitement bilingue, mais c'est à 25 ans qu'il a commencé à parler français. Il a fallu qu'il se fasse des amis francophones. Je pense que ça peut être la même chose pour les enfants francophones...




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