Enfants difficiles: «je veux des pâtes!»

Certains enfants refusent systématiquement certains aliments (souvent des... (Photo Digital/Thinkstock)

Agrandir

Certains enfants refusent systématiquement certains aliments (souvent des légumes, allez savoir pourquoi), les boudent, quand ils ne les démonisent pas carrément (non, pas des champignons!).

Photo Digital/Thinkstock

Ils ne veulent rien avaler. Ou presque. Leurs caprices, récurrents, font pousser des boutons à leurs parents. Non, les enfants difficiles ne sont pas rares à table. Au contraire!  Du coup, des experts d'un tout nouveau genre sont nés: les coachs alimentaires.

Lu sur un site de coaching parental: «Oui, je l'avoue, mon enfant est un peu difficile. Il ne mange que du macaroni au fromage en guise de légumes [sic], des croquettes ou hot-dogs en termes de protéines, et à boire, il n'avale que du lait.»

On connaissait le coaching amoureux, d'affaires, même familial. Voilà qu'on apprend que bien des parents ont en prime recours à un service très pointu, qui semble ici drôlement salvateur: le coaching alimentaire. Avis aux parents d'enfants (très) capricieux.

Un cas? Isolé? Exagéré, surtout? Malheureusement, non. Tous les experts interrogés le confirment: des enfants qui ne mangent rien, mais vraiment rien de rien, il y en a. Beaucoup plus qu'on ne le croit.

Parfois, c'est passager. Mais parfois, pas. D'où la crise, limite existentielle, que traversent plusieurs familles. Parce qu'il faut bien le dire: en plus de faire vivre un enfer à leurs parents (qui se trouvent à «cuisiner» sempiternellement les mêmes macaronis en se tapant quotidiennement deux, voire trois menus, et ce, matin, midi et soir), ces enfants sont aussi la source de bien des frustrations.

Tara Roscioli a mis sur pied un groupe de remise en forme pour les mères au New Jersey et, très vite, s'est mise à rencontrer des femmes qui non seulement avaient des problèmes à manger santé, mais en prime en arrachaient à faire avaler quoi que ce soit de sain à leurs enfants.

«Cela revient très souvent à une question de contrôle. Les enfants veulent avoir leur mot à dire», analyse-t-elle.

Quelques centaines de dollars

Que ce soit par courriel, par téléphone ou en personne, pour une centaine de dollars de l'heure, et ce, pendant environ six séances, elle accompagne donc ces mères dans la diversification des menus familiaux, insistant sur l'importance d'inclure les enfants dans la préparation des repas et de discuter de ces questions de santé en famille. Surtout, il faut persévérer, dit-elle, varier les présentations (après les frites, essayez les pommes de terre au four), user de créativité (une trempette pour faire avaler les légumes) et, enfin, insister sur le plaisir (et non l'agonie) de manger coloré.

La fondatrice de Nanny Secours, Hélène Fagnan, qui offre ici même, au Québec, un service de coaching à domicile (pour 60 à 110 $ de l'heure), insiste en prime sur l'importance de combiner les aliments que l'enfant aime avec les nouveautés, de laisser l'enfant choisir un repas dans la semaine et, surtout, de rester un modèle positif. «Il faut que le repas reste agréable. Les parents mettent parfois énormément de pression pour que leur enfant mange, et cela rend le repas plate pour tout le monde.»

Question d'autorité

Mais le problème se limite-t-il vraiment aux repas? Susan Eppley, fondatrice de Parent Coaches, à Atlanta, ne le pense pas. La conférencière, qui offre en prime du service à domicile, par téléphone ou par Skype (toujours pour une centaine de dollars de l'heure), croit au contraire que les parents ont ici besoin d'apprendre à discipliner leurs enfants, tout simplement. «Ces parents qui viennent me voir sont en crise parce que chez eux, ce sont leurs enfants qui mènent le bateau, dit-elle. Mais quand il est question d'alimentation et de bonnes manières, c'est nous, les parents, et les enfants doivent nous obéir.» Celle qui ne cache pas avoir une approche plutôt autoritaire de l'éducation souhaite recentrer la vie de famille non plus autour de l'enfant, mais bien du parent. «Pour moins de 1000$, les parents acquièrent avec moi des outils qui vont leur servir dans toutes les sphères de l'éducation de leurs enfants.»

Des questions

Un article publié récemment dans le Wall Street Journal sur ces nouveaux experts que sont les coachs alimentaires a fait bondir bien des mères blogueuses, notamment sur les populaires sites Good Enough Mother et The Stir, qui n'en revenaient tout simplement pas que des familles dépensent de telles sommes pour se faire dire «du gros bon sens». Bienvenue dans le vrai monde: «Oui, élever des enfants, c'est difficile!», ironisaient les lectrices.

La nutritionniste Stéphanie Côté, que l'on peut lire sur le site Nos petits mangeurs d'Extenso, est un peu moins sévère. En fait, elle voit plutôt d'un bon oeil le fait que des parents cherchent à régler de telles «situations préoccupantes». «Mais je m'interroge sur l'approche que ces coachs utilisent», nuance-t-elle. Si les parents veulent être épaulés et suivis, c'est tant mieux, croit-elle.

La question: par qui? Ces coachs sont-ils formés pour le faire? Ont-ils les qualifications requises en matière de nutrition? «Je vais prêcher pour ma paroisse, mais je favoriserais quelqu'un qui a une formation en nutrition. Tant qu'à y mettre ce prix, autant que ce soit avec quelqu'un de compétent...»

Cinq remèdes aux caprices alimentaires

La nutritionniste Stéphanie Côté, une référence en matière d'alimentation, que l'on peut lire entre autres sur Extenso et Naître et grandir, suggère cinq remèdes aux caprices alimentaires les plus communs.

1. «Pas ça! Je veux des pâtes!»

«Quand un enfant refuse un repas et en demande un autre, il ne faut surtout pas flancher, car cela créerait un précédent. En plus, on l'empêche de découvrir de nouvelles saveurs, tout en le confortant dans son refus.»

N'oubliez pas, soit dit en passant, qu'un enfant qui ne mange que deux ou trois aliments ne le fait que parce qu'une fois, son parent a cédé. «Un jour, le parent a acheté la paix, signale la nutritionniste. Mais il faut que le vent tourne et que le parent persévère.» C'est dit. C'est clair.

Le truc?

Non, on ne force pas l'enfant à manger toute son assiette de chou chinois ou de tilapia. On use de gros bon sens. En gros, on s'arrange pour toujours présenter un nouvel aliment accompagné d'un second qu'il aime bien.

Et on propose, point barre. À lui de décider de la quantité qu'il mangera, s'il en mange. N'oubliez pas que cela peut d'ailleurs prendre du temps. Beaucoup de temps. «On a tendance à penser qu'il est anormal qu'un enfant aime peu de choses. Pourtant, cela demande parfois 5, 10, 15, voire 20 expositions à un même aliment avant qu'un enfant aime ça! Il n'y a pas un seul enfant qui aime tout du premier coup. Les petits aiment ce qu'ils connaissent.» D'où l'importance de persévérer.

2. « Moi, j'aime pas le brocoli.»

Un grand classique. Certains enfants refusent systématiquement certains aliments (souvent des légumes, allez savoir pourquoi), les boudent, quand ils ne les démonisent pas carrément (non, pas des champignons!).

Sachez d'abord que les enfants ont un sens du goût plus aiguisé que le nôtre, puisqu'ils ont davantage de papilles gustatives. Cela explique que leurs expériences gustatives peuvent parfois sembler, disons, intenses.

Sachez en prime qu'à partir de 2 ans, il est relativement fréquent qu'un enfant souffre de «néophobie alimentaire», bref, qu'il éprouve une vraie de vraie crainte des nouveaux aliments. «Les trois quarts des enfants en rencontrent entre 2 et 10 ans», fait valoir Stéphanie Côté.

Le truc?

Tout simple. À nouveau, on persévère. Mais pas n'importe comment. D'abord, on n'en fait pas tout un plat. Ni au propre ni au figuré. Primo, on ne propose pas toute une assiette de champignons, mais plutôt un plat varié, composé d'un ou deux champignons, disons, accompagnés d'autres légumes (que notre enfant aime, évidemment), ou de tout autre aliment qu'il accepte d'avaler (du riz, des pâtes, des patates). Ensuite, on n'insiste pas. On garde son calme, on montre le bon exemple, sans insister. L'idée, c'est de faire en sorte que le repas, autant que faire se peut, soit agréable. Ne l'oublions pas.

3. «Du St-Hubert!» 

Autre classique. Votre enfant ne veut avaler que des croquettes? Si c'est le cas, là encore, c'est probablement parce qu'un jour, vous lui en avez donné le droit. D'où l'importance de bien gérer la situation. Parce que c'est vous, le boss. Qu'on se le dise.

Le truc?

«On l'inclut de temps en temps au menu, disons une fois par semaine», suggère la nutritionniste. Ce faisant, on ne démonise pas un aliment, mais on encourage surtout la variété, essentielle à une alimentation équilibrée.

Et, toujours, on persévère. «Il faut varier l'offre, même si l'enfant n'aime pas. C'est la seule façon d'élargir sa palette.»

4. Vous avez dîné il y a à peine une demi-heure, que déjà survient le sempiternel: «j'ai faim!»

On le vit tous. Parfois plus souvent qu'à son tour. L'enfant n'a touché à rien dans son assiette, or, à peine sorti de table, il réclame une barre tendre, une compote, ou carrément un sandwich. Oui, c'est exaspérant. Personne ne vous contredira là-dessus.

Le truc?

«Il faut établir un horaire des repas, un horaire connu, donc rassurant.» Et que penser des collations? «Oui aux collations, répond la nutritionniste, mais quelques heures après le repas. Pas quelques minutes.»

Et surtout, précise-t-elle, il faut s'en tenir aux horaires prévus. À nouveau, c'est vous, et non l'enfant, qui décidez ici.

«Les enfants ont besoin de collations, parce qu'ils ont de petits estomacs, mais de grands besoins, surtout en période de croissance.»

5. « Une bouchée pour papa, une bouchée pour maman... »

On a tous joué à l'avion pour faire avaler une énième bouchée de purée à notre bébé. Parfois ça marche, parfois pas. Chose certaine, ce n'est pas une stratégie recommandée.

Le truc?

«On arrête ça! C'est le parent qui décide de l'horaire, du menu, et de l'ambiance du repas. Mais c'est l'enfant qui décide des quantités qu'il avalera.»

Faut-il le rappeler? C'est l'enfant, et lui seul, qui sait s'il a faim ou non. Pas son parent. Aussi compétent soit-il.

À ce sujet, si l'enfant ne touche pas à son repas, on ne le prive pas non plus de dessert pour autant, précise Stéphanie Côté. Le dessert n'est pas un levier de négociation. Encore moins une récompense. C'est un aliment comme un autre, qu'on offre à tout le monde s'il est au menu. Ou pas, s'il n'y en a pas. «Le parent doit être un modèle. Il doit rester enthousiaste et manifester son plaisir à manger», conclut-elle.




Les plus populaires : Vivre

Tous les plus populaires de la section Vivre
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer