Le côté sombre de la maternité

Quand le baby blues se transforme en dépression... (Photo iStock)

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Quand le baby blues se transforme en dépression post-partum, l'anxiété, le sentiment d'impuissance, les maux de tête et la fatigue deviennent plus intenses.

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C'est le plus beau jour de votre vie, vous venez de donner naissance à une jolie petite fille. Vous devez être sur un petit nuage d'émerveillement. Sauf que vous ne vous sentez pas bien et ne comprenez pas pourquoi. Serait-ce le baby blues? Une dépression post-partum? Vous êtes devenue mère de famille et désormais plus rien ne sera pareil. Parce que oui, avoir un enfant est difficile et la vie à ses côtés n'est pas toujours rose.

Il est important de faire la différence entre le baby blues et la dépression post-partum. Plus d'une mère sur deux se sentira déprimée quelques jours après l'accouchement. Elle sera triste, fragile, irritable, aura des sautes d'humeur et sera troublée par plein de petites choses qui ne la dérangeaient pas auparavant. Pas de panique, c'est le baby blues ou encore le syndrome du troisième jour. Il peut durer quelques jours et se poursuivre pendant deux semaines.

Quels sont les facteurs physiques et psychologiques du baby blues ? « Évidemment, les facteurs hormonaux liés à la fin de la grossesse et à tous les changements provoqués par un accouchement. Le tempérament du bébé peut aussi être en cause (le fait qu'il pleure beaucoup ou qu'il dorme très peu), ou encore un accouchement long et difficile qui a mené à une plus grande fatigue de la mère. Des mères dont ce n'est pas le premier enfant peuvent aussi se sentir coupables de délaisser l'aîné parce que le bébé les accapare », estime Isabelle Tremblay, psychologue au CHU Sainte-Justine.

Si tous ces symptômes se maintiennent pendant plus de deux semaines, c'est la dépression post-partum qui s'installera. Elle touche environ 15 % des femmes. « Les symptômes seront plus intenses et plus persistants. Les mamans vont avoir l'impression d'être de moins bonnes mères, de ne pas répondre adéquatement aux besoins de leur bébé, vont se sentir impuissantes, anxieuses, auront des maux de tête, des maux de ventre et une fatigue qui va prendre de l'ampleur. Ce sera suivi par des symptômes typiques d'une dépression. On ne veut plus rien faire, on note un découragement général devant la vie, on va se discréditer dans tous les rôles. On se dira : je ne suis pas une bonne mère, pas une bonne conjointe. Il faut consulter pour prévenir les conséquences, notamment sur les liens d'attachement avec le bébé », rappelle la psychologue.

Marie-Pierre pleurait beaucoup après son accouchement. Elle ne se sentait pas à la hauteur. Elle s'estimait heureuse avec son bébé dans les bras, mais ce sentiment était étrangement mêlé à un brin de nostalgie et de tristesse. Elle se disait que cette petite déprime était passagère et qu'elle devait dorénavant s'habituer à manquer de sommeil. « Un vrai choc de ne pas dormir au début. J'avais tellement de mal à me lever, j'étais dans un état de léthargie totale » explique celle qui a un petit garçon âgé de 2 ans. « Le problème, c'est que je suis restée dans cet état pendant près de deux mois sans consulter qui que ce soit, peut-être parce que j'avais honte ou alors était-ce un refus de reconnaître que je traversais une dépression post-partum ».

« J'en ai eu assez ! »

Du jour au lendemain, elle a pris conscience qu'elle devait changer. « D'un seul coup, j'en ai eu assez. Je me suis dit, ça suffit, il faut que je sorte, que je voie d'autres gens, que je me promène en poussette, que je prenne l'air. » Marie-Pierre a eu suffisamment de force pour se prendre en main, mais ce n'est peut-être pas le cas de toutes les femmes. « Il faut en parler autour de soi et de ne pas avoir peur de demander de l'aide », conclut-elle.

Il est difficile pour une nouvelle mère de reconnaître qu'elle vit une dépression. « C'est très confrontant. Avouer que c'est à cause de la naissance de son enfant qu'une femme est dans cet état-là, c'est dur pour une mère. Il y a aussi la peur d'être jugée par les autres », estime Isabelle Tremblay.

Une des meilleures façons de se soigner est de partager avec d'autres mères les joies et les soucis que comporte la venue d'un enfant. « Ce qui va aider, c'est de créer un réseau de soutien. On peut aussi prescrire des antidépresseurs. C'est du cas par cas, alors que d'autres mères auront carrément besoin de faire une psychothérapie. »

Le retour à la maison avec son bébé est une étape à franchir. La mère n'est plus entourée médicalement, elle est livrée à elle-même et c'est là que tout peut basculer. Elle ressent un mélange de bonheur et d'inquiétude. « Une femme enceinte est en plein état de grâce, elle idéalise la suite des choses et c'est normal, on ne veut pas gâcher son plaisir. Peut-être que dans les cours prénataux, il faudrait aborder la question du baby blues et de la dépression post-partum. Bien s'entourer après la naissance est essentiel aussi, il faut le signaler. »

Ressources

Le service Info-Santé 8-1-1 est un service de consultation téléphonique gratuit et confidentiel. En composant ce numéro, vous accédez au service Info-Santé de votre région. Une infirmière vous répondra et vous dirigera vers une ressource appropriée où vous pourrez recevoir des soins ou obtenir les services requis.

À savoir : une infirmière vous rend visite quelques jours après avoir accouché. Elle est reliée au CLSC de votre quartier. En cas de déprime passagère, n'hésitez pas à contacter votre CLSC (www.sante.qc.ca). Vous pouvez également consulter votre médecin ou gynécologue.

Si vous ou l'un de vos proches pensez au suicide, contactez le 1-866-APPELLE (277-3553)




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