La pression sociale de fonder une famille

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On dit souvent que devenir mère de famille est le rôle d'une vie. Dans notre société où la natalité est encouragée, les femmes qui ont fait le choix de ne pas avoir d'enfant se sentent souvent isolées et incomprises. Sont-elles jugées trop sévèrement?

Être une femme, avoir 35 ans et dire haut et fort: «Je ne veux pas d'enfant.» Ça choque? C'est suspect? Ce n'est que temporaire, elle va changer d'avis, se dit-on. Les femmes qui ne veulent pas d'enfant sont encore mal vues dans notre société où être mère de famille est glorifié.

Existe-t-il encore une pression sociale de fonder une famille? Oui, sans aucun doute, confie Magenta Baribeau, 35 ans, qui n'a jamais ressenti le désir d'enfant. Agacée par le jugement que la société porte sur ces femmes et par le conformisme ambiant, elle a décidé de réaliser un documentaire qui a pour titre Maman, non merci (sortie prévue à l'automne). «On ne parle pas assez de ces femmes qui, peu importe l'âge ou l'origine, souffrent d'exclusion et d'isolement parce qu'elles sont jugées sévèrement par leur entourage.» 

Ces femmes revendiquent leur choix et ont envie de passer un message: elles ne veulent plus être stigmatisées et montrées du doigt. «Notre vie sans enfant est-elle moins réussie? Serions-nous moins épanouies? Absolument pas.» Pour sa part, le choix de ne pas être mère s'est inscrit de manière naturelle et ses proches ont été très compréhensifs.

Élise Desaulniers, auteure et féministe de 38 ans... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE) - image 2.0

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Élise Desaulniers, auteure et féministe de 38 ans

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

En couple depuis 12 ans, Élise Desaulniers, auteure (Vache à lait, Stanké) et féministe de 38 ans, a abordé la question au début de sa relation avec son conjoint. Il était en accord avec ce choix de ne pas avoir d'enfant. Elle souhaite que sa décision soit davantage respectée, car elle ne compte plus le nombre de fois où on lui a dit: «Tu vas le regretter.» 

Selon elle, la maternité est perçue comme un impératif biologique. «Le fait de vouloir des enfants est normal alors que ça devrait être tout autant questionné que le fait de ne pas en désirer.» 

Il y a aussi l'argument écologique. «Mettre au monde un enfant dans le contexte actuel, c'est laisser une empreinte écologique encore plus considérable. Il faut prêcher par l'exemple», estime Élise Desaulniers, spécialiste de l'éthique alimentaire.

Des tabous persistants

Serait-ce un tabou pour une femme de ne pas vouloir mettre au monde un enfant? «Oui, les tabous existent encore», estime Marie Hazan, professeure de psychologie à l'UQAM et psychanalyste. Elle explique que dans le monde dans lequel nous vivons, pour être une vraie femme, on doit être une mère de famille. «On disait à l'époque des femmes sans enfant qu'elles voulaient jouir sans entrave.» 

Elle ajoute qu'il est naturel de projeter sur les autres ce qui convient pour la majorité, d'où la grande incompréhension. De plus, les motivations sont difficiles à expliquer. «Les femmes n'en veulent pas, mais elles ne savent pas vraiment pourquoi, c'est pour cette raison qu'on s'interroge. Vous savez, si une femme entrait dans mon cabinet en me disant qu'elle souhaite se faire ligaturer les trompes, je lui dirais qu'elle pourrait changer d'avis. Car en psychanalyse, le désir d'enfant est une notion extrêmement complexe, ce n'est pas juste une question d'envie ou pas», précise Marie Hazan qui est mère de deux enfants.

«Que l'enfant soit la fin suprême de la femme, c'est là une affirmation qui a tout juste la valeur d'un slogan publicitaire»,  a écrit Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe. De nombreuses idées reçues circulent  encore sur les non-mères. Leur choix relèverait-il de l'égoïsme? D'une volonté extrême d'indépendance?

La documentariste Magenta Baribeau est agacée par la... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE) - image 3.0

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La documentariste Magenta Baribeau est agacée par la stigmatisation des femmes qui, comme elle, ne veulent pas d'enfant.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

«J'ai vraiment tout entendu» confie Lucie Joubert, auteure de L'envers du landau (Triptyque, 2010). Carriériste, paresseuse, dénuée d'instinct maternel et elle en passe. Elle est habituée à toutes ces remarques. À 55 ans, cette professeure à l'Université d'Ottawa, aime désormais répondre à la question si anodine: Et vous, vous avez des enfants? Non. Silence de l'interlocutrice. Elle se sent toujours obligée d'ajouter, pour ne pas faire pitié: «Ne vous en faites pas, c'est par choix.» La maternité ne l'a jamais intéressée depuis son tout jeune âge.

Selon elle, ce serait un sacrilège d'énumérer tous les avantages dont on profite lorsqu'on n'a pas d'enfant et d'en faire même un livre. «Ce serait trop triomphaliste, mais je vais vous les confier quand même: j'ai une vie sociale extrêmement riche, une immense liberté, une grande mobilité et je suis la tante préférée de mes neveux et nièces parce que j'ai du temps à leur consacrer.»

Justement, est-ce qu'une plus grande disponibilité rime avec attente professionnelle plus importante? Est-ce qu'il y aurait aussi des inconvénients à ne pas avoir d'enfant? «En effet, on s'attend inconsciemment à ce qu'on travaille plus, car rien ne nous retient à la maison», confie Lucie Joubert. 

Magenta Baribeau a vécu une expérience professionnelle qui lui a déplu. «On m'a demandé de travailler le week-end parce que je n'avais pas d'enfant et que ça ne devait pas me poser de problème. Ça allait de soi! Ma vie a-t-elle moins de valeur et d'importance parce que je ne suis pas mère de famille?» 

Magenta, qui met ces jours-ci la touche finale à son documentaire, s'interroge sur la non-représentation de ces femmes dans les médias: «C'est simple, elles n'existent pas! Que ce soit au cinéma, à la télévision, dans les téléséries ou même dans les publicités, on ne voit que de jeunes couples et des familles comme si c'était un idéal. Les femmes sans enfant sont toujours des caricatures. Regardez Samantha dans Sex and the City... c'est pitoyable. »




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