Le désir d'enfant sous la loupe

Jusqu'où le désir d'enfants peut-il mener? La journaliste Dominique Forget a... (Illustration La Presse)

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Illustration La Presse

Sophie Allard
La Presse

Jusqu'où le désir d'enfants peut-il mener? La journaliste Dominique Forget a tenté d'élucider la question dans Bébés illimités - La procréation assistée... et ses petits, un essai qui sera en librairie demain. Le livre prend la forme d'une enquête fouillée sur la procréation assistée et les limites que certains parents n'hésitent pas à franchir. Vous croyez tout savoir de la fécondation in vitro (FIV)? Détrompez-vous.

Il y a 34 ans, en 1978, naissait le premier bébé-éprouvette, Louise Brown. Depuis, des millions d'enfants sont nés grâce aux avancées de la procréation assistée. Avec la gratuité des services au Québec, qualifiée de «bar ouvert» par certains commentateurs, on s'attend à ce que les cliniques québécoises réalisent 7000 cycles de FIV en 2015. On en faisait environ 2800 par année avant la loi du 5 août 2010.

Sans prendre position, la journaliste profite du contexte pour dresser un portrait de la situation au Québec, à travers des témoignages de parents et des avis d'experts, tout en exposant des situations extrêmes, vécues ici comme ailleurs. Le «supermarché du devenir parent» peut mener à tout.

«Ce qui m'a surpris, c'est jusqu'où les parents sont prêts à aller pour satisfaire leur désir d'enfant et jusqu'où les cliniques sont prêtes à aller pour les accommoder, dit Dominique Forget. Tout est ouvert, tout est possible. J'ai été touchée par l'histoire des couples que j'ai rencontrés. C'est difficile de les juger, ce sont des projets tellement personnels. Le désir d'enfant est humain. Mais, en même temps, il y a des risques de dérives.»

En aucun moment elle ne dit avoir été réellement choquée. Étonnée? Ça oui, et plus d'une fois. Pendant ses recherches commencées il y a deux ans, elle a appris que des couples américains donnaient «en adoption» des embryons en trop qu'ils avaient fait congeler. «Je ne savais pas non plus qu'aux États-Unis, il était aussi facile de faire la sélection du sexe.» D'autres histoires troublantes? Une grand-mère, mère porteuse pour sa fille et son gendre, a accouché de son petit-fils. Un couple homosexuel, qui a eu recours à une mère porteuse californienne, a demandé à ce qu'elle accouche par césarienne avant terme pour s'assurer d'être là au moment de l'accouchement. Une femme dans la cinquantaine a donné son utérus à sa fille (née sans l'organe). Ses futurs petits-enfants y croîtront. Des enfants «bébés-médicaments» naissent pour guérir un frère ou une soeur malade.

«La population ne soupçonne pas jusqu'où ça peut aller. La plupart des gens se contentent d'un essai ou deux et ne vont pas plus loin. Le recours à des mères porteuses et à des donneuses d'ovules reste marginal», indique Dominique Forget.

Au Québec, on a réglementé en août 2010. Depuis, on ne peut implanter plus d'un embryon chez les femmes de moins de 36 ans. «En prévenant la prématurité, on prévient les troubles d'apprentissage et les maladies graves qui y sont liés. Il était essentiel de réglementer pour protéger les familles et les enfants», souligne le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre à l'hôpital Sainte-Justine, qui a dirigé l'ouvrage.

Il reste encore à faire. Les stimulateurs ovariens (gonadotropines), qui peuvent être prescrits par n'importe quel médecin, continuent d'être la cause de nombreuses grossesses multiples et, du coup, de réductions de grossesse (avortements sélectifs). Puisque les donneurs d'ici ne peuvent être rémunérés, il y a pénurie, et on doit importer la semence des États-Unis et... la payer. Certains ont recours à des mères porteuses à l'extérieur du Québec, aussi loin qu'en Inde. Et comment se portent les bébés dans tout ça? Au pays, il n'existe aucun registre qui permettrait de suivre l'état de santé des enfants nés de la FIV.

«La procréation assistée est un sujet très complexe. Ce livre nous apporte des connaissances qui nous permettent de mieux comprendre le débat public, dit le Dr Chicoine. Ça ouvre la porte à des débats éthiques importants. Les enjeux sociaux permettent à la science de se remettre en question.»

Les questions éthiques et morales sont d'ailleurs nombreuses dans un univers qui s'approche drôlement de la science-fiction. À quand la procréation dans des utérus artificiels? À quand l'apparition d'une classe d'humains génétiquement améliorés? À quand la transformation de cellules souches d'un homme en ovule qui pourrait être fécondé par le sperme de son conjoint?

«Jusqu'où nous mèneront les technologies de la procréation assistée? Aussi loin, semble-t-il, que le désir d'enfant saura les pousser, conclut l'auteure. Et le désir d'enfant, ai-je découvert, du moins chez certaines personnes, ne semble pratiquement pas avoir de limites. Les technologies de procréation assistée ont déjà transformé nos familles, souvent pour le mieux, quelques fois pour le pire. À plus ou moins long terme, elles pourraient bien transformer l'humanité.»

Bébés illimités - La procréation assistée... et ses petits. Éditions Québec Amérique, 256 pages, 22,95$. En librairie le 9 mai.




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