La déscolarisation: est-ce pour vous?

Idzie Desmarais, 19 ans... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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Idzie Desmarais, 19 ans

Photo: Robert Skinner, La Presse

En théorie, la philosophie peut vous plaire. Mais en pratique ? Dans ce troisième et dernier volet de cette série, Vivre vous présente deux témoignages radicalement opposés, illustrant d'abord le meilleur, mais aussi le moins bon de la déscolarisation.

LE MEILLEUR

Idzie Desmarais, 19 ans. Déscolarisée et loin d'être illettrée.

À vue de nez, Idzie a l'air d'une jeune femme comme une autre. Précision: d'une jeune femme engagée comme une autre. Le look: jean-baskets. Genre: je ne me préoccupe pas trop de mon look. Un brin grano, elle nous a donc donné rendez-vous avec sa mère dans une coop écolo de Sainte-Anne-de-Bellevue, un coin qu'elle aime bien.

Entre autres passions, elle aime voyager, lire de la poésie, de la littérature fantastique (Terry Pratchett ces jours-ci), et puis, depuis deux ans, elle a un blogue. Pas n'importe lequel: un blogue sur la déscolarisation, qui porte drôlement bien son nom: I'm Unschooled, Yes I Can Write (Je suis déscolarisée, et oui, je sais écrire), qui décrit le quotidien d'une fille «déscolarisée, végétarienne, animiste, environnementaliste, anarchiste et hippie». Engagée, vous dites?

Elle écrit, donc, et ce, même si elle n'a jamais suivi un cours de grammaire de sa vie. Il faut dire qu'Idzie n'est allée à l'école que quelques mois, à la maternelle. Puis la gamine s'est mise à recevoir des coups de fil obscènes d'un voyou en deuxième année. Et là s'est terminée sa scolarisation.

«Sa soeur, elle, n'est jamais allée à l'école», indique sa mère, Debbie Smart.

Les deux soeurs (la cadette de 17 ans ne pouvait pas être présente lors de notre rencontre, trop occupée à écrire les 150 000 mots requis dans le cadre d'un concours d'écriture de romans: National Novel Writing Month) ont été «déscolarisées» par leur mère, une femme curieuse, cultivée, quoique peu scolarisée («Je ne suis pas une femme au foyer, mais plutôt une facilitatrice. Une mère, quoi!»), sans programme ni manuel, donc, mais plutôt au gré de leurs préférences (la Deuxième Guerre mondiale pour Idzie, le roi Arthur pour sa soeur).

Idzie a appris à lire en écoutant sa mère faire la lecture d'Harry Potter («Je lui ai arraché le livre des mains et j'ai poursuivi toute seule!») et, depuis, elle n'a jamais arrêté.

Ce qu'elle apprécie le plus? «J'ai le temps de me concentrer sur mes passions, moi! Mon meilleur ami va au cégep, et il se plaint tout le temps de manquer de temps.»

Si elle craint de souffrir de lacunes? Nullement. «Ma soeur nous a tout appris de la théorie des cordes, à 9 ans, alors...»

«Je ne me suis jamais inquiétée de leurs apprentissages, enchaîne sa mère, parce que je pouvais voir à quel rythme elles apprenaient! Et moi, je n'ai jamais eu à me battre pour qu'elles fassent de la lecture, pour qu'elles écrivent! Apprendre, ça n'a jamais été un fardeau pour elles!»

Et après? Idzie aimerait écrire un jour. Ou faire quelque chose dans le développement durable. Pourquoi pas des conférences sur l'éducation alternative? «J'ai appris à penser par moi-même («outside the box»), je connais d'autres manières de faire, je suis très souple, alors oui, je me sens très bien outillée pour la vie», conclut-elle.

LE MOINS BON

«La déscolarisation, c'est un rêve de parent. Pas d'enfant!»

Nathalie*, mère seule de trois enfants (de 4, 6 et 8 ans), a été forcée d'abandonner son «rêve» l'an dernier. Après avoir passé des années à creuser la philosophie, à l'analyser, à la pratiquer, sans relâche, elle a dû se rendre à l'évidence. La déscolarisation (unschooling) avait marché pour elle («Moi, j'ai arrêté de fréquenter le système scolaire à 13 ans»), mais ce n'était pas fait pour son garçon.

Vrai, il apprenait à merveille. «À 5 ans, il a fait un exposé de huit minutes sur les hamsters», se souvient-elle. Passionné de rock, il connaissait par coeur la biographie de Bon Jovi, que sa mère lui lisait religieusement tard dans la nuit («Il n'y a pas d'horaire avec l'unschooling. Les projets peuvent finir à minuit!»). Mais au-delà de ça, la mère voyait bien que son garçon, l'aîné de ses trois enfants, n'était pas bien socialement. Il faut dire que la petite famille habitait en région à l'époque. Là où personne ne fait ne serait-ce que l'école à la maison. D'où sa marginalisation.

Au parc, fiston n'arrivait pas à se faire d'amis. Ou plutôt si, mais sans discernement. «Les enfants déscolarisés gardent une naïveté, analyse sa mère. Mais la vraie vie, ce n'est pas ça. Au parc, il était sans défense. Il se liait d'amitié avec n'importe qui. Et c'était ça, le problème. Il n'arrivait pas à voir que certains ne voulaient pas être son ami!»

D'où l'insatisfaction et la frustration grandissantes de son garçon. «Au fond, je ne l'armais pas pour la vie, lâche-t-elle. Moi, je l'ai déscolarisé pour qu'il soit épanoui et libre. Mais mon garçon n'était pas libre. Un enfant, ça rêve d'une chose: être comme tous les autres, dit-elle. Pour connaître la liberté, il faut connaître le système. Il faut le connaître pour s'en libérer.»

D'où sa décision de mettre fin à l'expérience. Pour le bien de son garçon, Nathalie a décidé de scolariser sa famille. Pour ce faire, elle n'a pas fait les choses à moitié. Du jour au lendemain, les règles à la maison ont changé: fini le «cododo», ses enfants dormiraient dans leur lit. Place aux horaires, aux repas à heure fixe et, surtout, aux sorties au parc régulières. «On allait au parc tous les jours pour apprendre à se socialiser.»

Un déménagement à Montréal plus tard, ses trois enfants sont désormais parfaitement intégrés au système. Bilan: son garçon réussit très bien et est enfin épanoui. Quant à Nathalie, elle ne voit pas son expérience comme un échec. Loin de là. «J'ai vécu à fond. J'ai eu la chance d'expérimenter une démarche différente», dit-elle fièrement.

Enfin, elle avoue qu'aujourd'hui, elle aime retrouver un peu de temps pour elle. Rien qu'à elle. «Je ne suis plus en mode d'hyperresponsabilisation, entièrement consacrée à mes enfants. Oui, j'apprécie de déposer mes enfants à l'école et de réapprendre à vivre pour moi.»

*Nom fictif, pour préserver l'anonymat de ses enfants.




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